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Pourquoi le double permis d’exercice en droit de l’immigration américain et canadien revêt une importance bien plus grande que ce que la plupart des avocats ne vous diront

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Cet article a été rédigé par Emilia Coto, fondatrice et avocate principale chez Sisu Legal, et publié à l’origine sur leur site web.

Si vous êtes confronté aux formalités d’immigration entre le Canada et les États-Unis, vous avez déjà affaire à deux des systèmes juridiques les plus complexes au monde. Faire appel à un avocat qui maîtrise ces deux systèmes présente des avantages considérables et peut vous aider à éviter des imprévus. Le fait de disposer de deux équipes juridiques distinctes, travaillant chacune de son côté de la frontière sans avoir une visibilité complète sur l’autre, constitue un problème qui ne se révèle que lorsque quelque chose tourne mal.

Selon le rapport annuel 2023 de l’IRCC, le Canada a traité plus de 4,7 millions de demandes d’immigration en l’espace d’une seule année, et une part importante de ces demandeurs avaient des liens existants ou en cours avec les États-Unis. D’après l’Annuaire 2023 des statistiques sur l’immigration du Département américain de la Sécurité intérieure, les États-Unis ont traité des millions de dossiers d’immigration portant sur des visas temporaires, la résidence permanente, la naturalisation et les programmes humanitaires en l’espace d’une seule année. Un nombre important de ces demandeurs entretenaient également des liens avec le Canada, que ce soit par le biais de la famille, de l’emploi, des affaires ou d’une double résidence. Pour les personnes qui naviguent à la fois dans les systèmes d’immigration américain et canadien, la stratégie juridique adoptée d’un côté de la frontière peut avoir un impact direct sur les droits, les délais et les options de l’autre côté. Une décision qui semble avantageuse au regard du cadre d’immigration d’un pays peut entraîner des conséquences imprévues dans l’autre si l’on ne tient pas compte de la situation transfrontalière dans son ensemble. Le recours à un avocat spécialisé en droit de l’immigration titulaire d’une double licence permet aux familles, aux professionnels et aux chefs d’entreprise d’évaluer leur situation de manière globale, en comprenant comment les lois américaines et canadiennes en matière d’immigration interagissent en temps réel, plutôt que d’aborder les procédures de chaque pays de manière isolée.

En quoi le travail d’un avocat spécialisé en droit de l’immigration et titulaire d’une double licence se distingue-t-il réellement ?

La plupart des gens pensent qu’il suffit de faire appel à un avocat spécialisé en droit de l’immigration dans un pays et que, si l’autre pays entre en jeu, ils n’auront qu’à engager un deuxième avocat par la suite. Cette approche fonctionne bien tant que les deux systèmes ne traitent pas simultanément le même dossier, ce qui arrive plus souvent que ne le pensent les clients.

Un avocat spécialisé en droit de l’immigration titulaire d’une double licence est formé dès le départ aux deux cadres juridiques. Cela signifie qu’il analyse votre situation sous deux angles à la fois, non pas de manière séquentielle mais simultanée, à l’image de la façon dont les conséquences juridiques se dérouleront concrètement. Lorsqu’une action dans un pays entraîne une conséquence dans l’autre, un avocat titulaire des deux autorisations d’exercice anticipe la chaîne d’événements avant qu’elle ne se produise, plutôt qu’après coup. Il s’agit là d’une réalité structurelle du fonctionnement du droit de l’immigration transfrontalier. Il est souvent bien plus facile d’anticiper que de remédier à des conséquences imprévues ou à des erreurs dues à une méconnaissance d’un autre système juridique.

Le fossé entre les pays dans lequel la plupart des gens se retrouvent

Les résidents permanents canadiens qui passent beaucoup de temps à travailler aux États-Unis avec un visa TN ou L-1 peuvent, sans le vouloir, compromettre leur statut de résident permanent canadien en raison d’absences prolongées, même s’ils pensent respecter l’obligation de résidence. Par ailleurs, leur employeur américain peut ne pas se rendre compte que certaines catégories de visas peuvent compliquer une future demande de citoyenneté canadienne ou le parrainage d’un conjoint à l’étranger.

Ni l’avocat spécialisé en droit de l’immigration canadien, ni l’avocat spécialisé en droit de l’immigration américain, travaillant chacun de leur côté, n’ont une vue d’ensemble de la situation. L’avocat canadien connaît les règles relatives à l’obligation de résidence. L’avocat américain connaît les conditions d’octroi des visas de travail. Aucun des deux ne suit nécessairement les recoupements entre ces deux domaines.

C’est là que réside le problème. Il n’est pas dû à l’incompétence. Il résulte de la contrainte structurelle liée au fait d’exercer dans une seule juridiction.

Quand le calendrier d’un pays compromet les progrès réalisés dans l’autre

L’un des cas de figure transfrontaliers les plus courants concerne une personne dont la demande de carte verte américaine est en cours de traitement, mais qui conserve parallèlement son statut de résident permanent canadien. Le moment choisi pour voyager, le nombre de jours passés dans chaque pays et l’ordre dans lequel les demandes sont déposées s’influencent mutuellement d’une manière qui n’est pas toujours évidente.

Déposer une demande de changement de statut aux États-Unis tout en déclenchant simultanément un examen de la résidence par l’IRCC constitue le type de chevauchement qui nécessite une stratégie juridique coordonnée, et non deux stratégies distinctes menées en parallèle. Si chaque avocat optimise la procédure propre à son pays sans avoir une connaissance complète de celle de l’autre, le résultat global peut s’avérer pire que si aucune stratégie n’avait été mise en œuvre.

La coordination est le mécanisme qui permet d’éviter que les erreurs ne s’accumulent.

Le scénario que personne ne vous présente à l’avance

Prenons l’exemple d’un client qui déménage de Toronto à New York avec un visa L-1A de transfert intra-entreprise. En trois ans, il accumule suffisamment d’antécédents pour que sa demande de carte verte EB-1C aux États-Unis soit parrainée. Ce que personne n’avait prévu, c’est l’impact que l’accumulation de la présence physique aux États-Unis aurait sur le renouvellement de sa carte de résident permanent canadienne, ni comment un rejet de la demande EB-1C affecterait sa capacité à retourner au Canada et à y retrouver son statut sans interruption.

Un avocat habilité à exercer dans les deux pays aurait mis en avant le plan d’urgence dès le départ. Il aurait organisé le calendrier en intégrant des solutions de repli dans la stratégie, et non en les ajoutant après coup, à la réception d’une lettre de refus.

Un autre exemple que je rencontre fréquemment dans le cadre de mon activité concerne les familles transfrontalières qui envisagent d’obtenir à terme la double nationalité, mais pour lesquelles il faut beaucoup de planification et de coordination afin de synchroniser l’obtention de la résidence permanente initiale au Canada par le biais d’un parrainage conjugal et la demande de mariage aux États-Unis, ainsi que la coordination des demandes de naturalisation pour leurs enfants.

C’est ce genre de vision à long terme que permet le double licence. Il s’agit de savoir quelles règles sont en interaction les unes avec les autres.

Qu’advient-il des familles séparées par la frontière ?

Les familles transfrontalières présentent une complexité juridique particulière que les avocats exerçant dans une seule juridiction sous-estiment souvent. Un citoyen canadien marié à un résident permanent légal (LPR) américain, par exemple, ne représente pas simplement une famille en attente de l’aboutissement d’une procédure d’immigration. Il s’agit de deux personnes ayant deux statuts juridiques différents, dont les options se restreignent ou s’élargissent en fonction des décisions prises dans l’autre pays.

Les délais de la demande de parrainage du conjoint au Canada peuvent être affectés par une procédure d’immigration en cours aux États-Unis. L’approbation d’une demande aux États-Unis ne tient pas automatiquement compte des implications canadiennes liées au choix du lieu où le couple décide d’établir sa résidence principale. Si vous vous trouvez dans cette situation et que vous souhaitez obtenir un deuxième avis avant de déposer votre demande dans l’un ou l’autre des pays, il est préférable d’avoir cette discussion avant de soumettre les documents, et non après.

Les détails de votre situation particulière revêtent ici une importance capitale. L’immigration familiale transfrontalière est un domaine dans lequel un entretien de 30 minutes au bon moment peut vous éviter des mois de retard.

En quoi la double nationalité modifie-t-elle l’évaluation des risques liés à la naturalisation ?

Les clients qui souhaitent obtenir la nationalité américaine tout en étant titulaires d’un statut de résident permanent au Canada, ou inversement, sont confrontés à une question qui semble simple mais qui l’est rarement : la naturalisation dans un pays met-elle automatiquement fin au statut détenu dans l’autre ?

La réponse est la suivante : cela dépend parfois du pays, des circonstances et du type précis de statut détenu. Le Canada n’exige généralement pas des résidents permanents qu’ils renoncent à leurs autres nationalités, et les États-Unis ne retirent pas automatiquement leur statut de résident permanent aux citoyens canadiens ; toutefois, l’interaction entre les exigences en matière de voyage, les règles de résidence fiscale et les obligations en vigueur dans chaque pays crée un ensemble de conséquences qui varient en fonction de la situation particulière de chacun.

Un avocat titulaire d’une double licence ne vous donnera pas de réponse générique à cette question. Il vous fournira une réponse fondée à la fois sur vos documents, votre calendrier et vos intentions dans les deux pays.

Deux situations concrètes qui illustrent la différence

Scénario A : Une ingénieure en informatique titulaire d’un permis de travail canadien reçoit une offre d’emploi aux États-Unis et se voit attribuer un visa H-1B. Elle transfère sa résidence principale aux États-Unis, mais conserve un appartement à Vancouver et rend régulièrement visite à sa famille. Au bout de deux ans, elle dépose une demande de renouvellement de sa carte de résident permanent canadienne, qui lui est refusée car sa présence physique au Canada était inférieure au seuil requis. Elle n’avait pas réalisé que ses déplacements liés à son visa de travail américain n’étaient pas pris en compte dans le calcul de l’obligation de résidence canadienne, et son avocat canadien n’avait jamais été informé du calendrier américain.

Un avocat titulaire d’une double licence aurait effectué le calcul de la durée de résidence avant que le transfert de visa H-1B ne soit finalisé et aurait établi un calendrier de déplacements permettant de préserver les deux statuts simultanément.

Scénario B : Un citoyen canadien né au Québec, résidant en Floride depuis huit ans avec un visa TN, souhaite parrainer son conjoint, citoyen américain, en vue de l’obtention du statut de résident permanent au Canada, tout en transformant son propre statut en carte verte américaine. Son avocat américain dépose la demande d’ajustement de statut. Son avocat canadien entame la procédure de parrainage du conjoint. Six mois plus tard, un conflit survient entre les deux procédures concernant l’intention de résidence principale, conflit qu’aucun des deux avocats n’avait anticipé, car aucun d’eux ne savait que la procédure de l’autre était en cours.

Un avocat titulaire des deux autorisations aurait identifié ce conflit dès le premier jour.

Foire aux questions

Ai-je vraiment besoin d’un avocat spécialisé en droit de l’immigration si je ne fais que des allers-retours temporaires entre le Canada et les États-Unis ?

Une situation temporaire ne reste pas toujours temporaire, et les décisions prises au début d’un dispositif temporaire ont souvent des conséquences à long terme difficiles à inverser. Une consultation dès le départ revient nettement moins cher que des démarches juridiques correctives ultérieures. Des erreurs concernant le statut ou le non-respect des délais, même involontaires, peuvent entraîner des interdictions de retour ou la perte du statut de résident permanent dans l’un des deux pays, voire dans les deux.

Comment puis-je savoir si ma situation relève à la fois du droit canadien et du droit américain en matière d’immigration ?

Si vous bénéficiez d’un statut dans un pays tout en travaillant, en résidant ou en envisageant de vous installer dans l’autre, ces deux systèmes vous concerneront très certainement. Cela est particulièrement vrai si vous êtes titulaire d’un titre de séjour permanent dans un pays et d’un visa temporaire dans l’autre, si votre conjoint ou vos enfants ont une nationalité ou un statut d’immigration différent du vôtre, ou si vous envisagez de demander la nationalité de l’un de ces pays tout en conservant des liens avec l’autre.

Qu’est-ce qu’un « A-Number » et en ai-je besoin si je suis également concerné par les formalités d’immigration au Canada ?

Un numéro d’enregistrement d’étranger, communément appelé « A-Number », est votre identifiant unique dans le système d’immigration américain. Vous le trouverez sur votre carte verte, votre titre d’autorisation de travail ou la plupart des courriers émanant des Services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS). Si vous faites appel à un avocat pour des questions transfrontalières, le fait de disposer de ce numéro accélère considérablement la procédure. Votre dossier d’immigration canadien comporte un identifiant client distinct délivré par IRCC, appelé « numéro UCI » ; un avocat titulaire d’une double licence aura besoin de ces deux numéros.

Un avocat canadien spécialisé en droit de l’immigration peut-il me conseiller sur mon dossier de carte verte américaine ?

Non. Pour exercer le droit de l’immigration américain, il est nécessaire d’être inscrit au barreau d’un État américain ou d’être autorisé en vertu de règles fédérales spécifiques régissant l’exercice de la profession. Un avocat canadien qui n’est pas également admis aux États-Unis ne peut pas fournir de conseils juridiques sur les questions d’immigration aux États-Unis, quelle que soit sa connaissance du processus. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles la double autorisation d’exercice est importante : il ne s’agit pas simplement d’une question de connaissances, mais d’une question d’autorité légale pour conseiller et représenter.

Que dois-je apporter lors d’un premier rendez-vous avec un avocat spécialisé en droit de l’immigration transfrontalière ?

Vous devez avoir une idée précise de vos objectifs : que cherchez-vous à accomplir ? Quelles sont vos priorités ? Vous devez bien connaître votre parcours en matière d’immigration et être prêt à communiquer tous les détails pertinents afin de bénéficier des meilleurs conseils. Lorsque vous prenez rendez-vous pour une consultation avec notre cabinet, vous devrez remplir un formulaire d’admission détaillé afin de nous aider à nous préparer à l’avance. Vous pourrez toujours poser des questions supplémentaires au cours de l’entretien. Les informations pertinentes comprennent : vos antécédents de voyage, les informations figurant sur votre passeport, vos antécédents en matière d’immigration, y compris les statuts temporaires, ainsi que toute correspondance émanant de l’USCIS et de l’IRCC. Plus vos antécédents seront précis, plus les conseils que nous vous prodiguerons le seront également.

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