L’Ontario veut renforcer son pouvoir de sélection des immigrants.
Cette demande peut sembler étrange à première vue, étant donné que l’Ontario accueille quelque 45 % des immigrants du Canada.
Pourtant, c’est tout à fait logique.
Comme l’a rapporté le National Post en novembre, le ministre ontarien de l’immigration, Monte McNaughton, a demandé au ministre fédéral de l’immigration, Sean Fraser, de doubler l’allocation du Programme des candidats à l’immigration de l’Ontario (OINP), qui passe de 9 000 à 18 000 places par an.
Les allocations du Programme des candidats des provinces (PCP) sont fixées chaque année par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). IRCC consulte diverses parties prenantes, y compris les provinces elles-mêmes, et détermine ensuite ce qu’il estime être une allocation appropriée pour chaque province dans le contexte de son plan des niveaux d’immigration. Le ministre fédéral communique ensuite cette allocation dans des lettres adressées à chacun de ses homologues provinciaux.
L’Ontario est ce que l’on appelle une province “riche” en matière d’immigration. En fait, le PCP a été lancé en 1998 en grande partie pour réduire la part nationale de l’Ontario en matière d’immigration. Tout au long de l’histoire du Canada, l’Ontario a dominé l’accueil des nouveaux arrivants, et c’est encore le cas aujourd’hui. En 2019, avant la pandémie, 153 000 des 341 000 immigrants accueillis par le Canada ont été admis en Ontario.
Néanmoins, la demande de l’Ontario est raisonnable pour les raisons suivantes.
De toutes les provinces et territoires, l’Ontario est celui qui exerce le moins de contrôle sur la sélection de ses immigrants. Attirés par l’importance de l’économie de la province et des communautés de la diaspora, la plupart des immigrants qui arrivent dans le cadre des programmes fédéraux (économiques, familiaux et humanitaires) choisissent l’Ontario.
Cela signifie que l’OINP ne représentait que 8 % de tous les nouveaux immigrants en Ontario en 2019.
À titre de comparaison, le PNP représentait près de 70 % des nouveaux arrivants en Saskatchewan, plus de 65 % des nouveaux arrivants au Manitoba, près de 50 % des nouveaux immigrants en Alberta et 25 % des nouveaux arrivants en Colombie-Britannique.
Même si la demande de l’Ontario est acceptée, l’OINP représenterait ce que nous estimons être 15 pour cent de ses nouveaux immigrants. Mais ce serait un début, car cela donnerait à la province plus de contrôle, ce qui est essentiel pour la raison suivante.
L’Ontario a besoin de plus de contrôle pour faire face à ses pénuries de main-d’œuvre. Ce problème risque de s’aggraver avec le départ à la retraite des baby-boomers au cours de la prochaine décennie.
Selon Statistique Canada, l’Ontario comptait plus de 315 000 postes vacants en octobre, ce qui se répercute sur l’ensemble de l’économie de la province. Les secteurs de la santé, de la restauration et de l’industrie manufacturière figurent parmi les secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre.
Sans une augmentation significative de son allocation au titre du PINO, la province aura du mal à faire face aux pénuries de main-d’œuvre à court et à long terme, ce qui nuira à sa croissance économique et au potentiel de création d’emplois pour l’ensemble de la province.
En outre, l’arrivée d’un plus grand nombre d’immigrants dans la province par l’intermédiaire du PDRN sera bénéfique du point de vue de l’intégration des nouveaux arrivants, puisque les personnes sélectionnées par l’Ontario le seront en fonction de leur capacité à répondre à un besoin immédiat du marché du travail. Ainsi, une allocation plus élevée au titre du PDNO soutiendra à la fois l’objectif d’IRCC et celui de l’Ontario de promouvoir une meilleure intégration économique des nouveaux arrivants.
En outre, une telle expansion peut permettre à l’Ontario d’atteindre d’autres objectifs importants tels que la promotion de l’immigration dans les villes et les communautés au-delà de la région du Grand Toronto, ainsi que de pourvoir davantage de postes vacants dans les catégories C et D de la CNP.
On peut faire valoir que l’augmentation de l’allocation de l’OINP se ferait au détriment de l’objectif visant à promouvoir une répartition plus large des immigrants à travers le Canada (un objectif politique appelé “régionalisation”). En outre, on pourrait faire remarquer que la plupart des personnes qui immigrent par le biais d’Entrée express atterrissent en Ontario.
Cependant, il est important de se rappeler que les provinces et les territoires du pays ont vu le nombre d’arrivées de nouveaux arrivants diminuer au cours des dernières décennies, alors même que l’allocation du programme d’intégration des immigrants de l’Ontario augmentait. En 2009, l’allocation de l’Ontario était de 1 000 places. Les faits montrent que l’augmentation à près de 9 000 places aujourd’hui ne s’est pas faite au détriment des autres provinces. Cela s’explique notamment par le fait que bon nombre des personnes qui obtiennent la résidence permanente dans le cadre du programme vivent déjà en Ontario et n’allaient donc pas immigrer dans une autre province de toute façon.
En outre, nous soutenons que l’IRCC devrait également augmenter les allocations pour les autres provinces. Le PNP a été un succès sans équivoque et est régulièrement célébré par toutes les parties prenantes, y compris l’IRCC lui-même. Les conséquences de la pandémie, y compris le départ à la retraite des baby-boomers, obligeront les provinces à devenir encore plus dépendantes du PCP pour répondre aux besoins de leur marché du travail.
Il est également important de promouvoir la formation professionnelle au sein de notre population existante, mais cela prend des années à se concrétiser, alors qu’avant la pandémie, il pouvait s’écouler moins d’un an entre le moment où une personne était désignée par une province et le moment où elle obtenait le statut de résident permanent. Une approche multidimensionnelle de la formation professionnelle et une augmentation des allocations du PNP constitueraient un moyen efficace de remédier aux pénuries de main-d’œuvre à court et à long terme.
Les provinces demandent souvent à IRCC des dotations plus élevées et elles ont mérité ce droit en raison des succès qu’elles ont remportés. N’oublions pas que la Constitution définit l’immigration comme une question de compétence partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces. À l’heure actuelle, si l’on ajoute le Québec, les provinces détiennent toujours une part minoritaire des pouvoirs de sélection des immigrants.
Alors, pourquoi ne pas avoir une répartition fédérale-provinciale plus équilibrée lorsqu’il s’agit de sélectionner les immigrants de la classe économique ?


