Écrit par Yameena Ansari, avocate principale chez Ansari Immigration Law
Introduction
Dans un monde idéal, les candidats au système d’immigration canadien n’auraient pas besoin d’un avocat spécialisé en droit de l’immigration. Nous ne vivons pas dans un monde idéal. Le site web d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) contient des inexactitudes manifestes, des conseils contradictoires et des informations sur des programmes qui n’existent plus. Confrontés à de nombreux obstacles évidents (et moins évidents), les demandeurs peuvent bénéficier de l’expertise d’un avocat spécialisé en droit de l’immigration pour naviguer dans les méandres du système d’immigration canadien.
Fausses déclarations sur le site web d’IRCC
La présence d’inexactitudes et de fausses déclarations sur le site web d’IRCC constitue un défi important dans le paysage de l’immigration canadienne. Par exemple, les exigences en matière de formation des graphistes pour l’obtention d’un permis de travail dans le cadre de l’accord Canada-États-Unis-Mexique (CUSMA) décrites sur le site web d’IRCC ne reflètent pas les exigences de l’accord CUSMA actuel. La CUSMA indique qu’un graphiste doit être titulaire d’un “baccalauréat ou d’une licence, ou d’un diplôme ou d’un certificat d’études postsecondaires, et avoir trois ans d’expérience”. Le site web de l’IRCC, quant à lui, indique qu’un graphiste doit être titulaire d’un “baccalauréat ou d’une licence, ou d’un permis de l’État ou de la province”.
Les exigences affichées de manière inexacte sur le site web d’IRCC signifient qu’un employeur pourrait décider de ne pas embaucher un candidat talentueux parce qu’il croit à tort que le candidat ne répond pas aux exigences de CUSMA. Dans ce cas, l’impact sur les candidats et les employeurs est important, car le fait de se fier à des informations incorrectes nuit aux carrières et aux entreprises. En outre, lorsque le public est mal informé sur les dispositions relatives à l’immigration des accords multilatéraux, les objectifs plus larges des traités internationaux tels que la CUSMA et l’agenda diplomatique du Canada sont compromis.
Des audits réguliers du site web devraient être effectués pour identifier et rectifier les inexactitudes, afin de garantir que des informations exactes sont mises à la disposition des demandeurs.
Informations contradictoires sur le site web d’IRCCd’IRCC
L’outil de suivi des délais de traitement d’IRCC est une ressource précieuse pour les demandeurs, car il fournit une estimation des délais de traitement des demandes de visa. Toutefois, même cet outil officiel n’est pas à l’abri des imperfections. Un exemple récent d’informations contradictoires peut être observé dans le cas des délais de traitement des visas de visiteur pakistanais. Au début du mois de mai 2023, le tracker affichait un délai de traitement alarmant de 802 jours. Un tweet du ministre de l’immigration, Sean Fraser, a précisé que le délai de 802 jours concernait les demandes en souffrance en raison de la pandémie de COVID-19 et que les nouvelles demandes seraient traitées dans un délai de 30 à 60 jours.
L’impact sur les demandeurs est profond lorsque les décisions concernant la candidature, le calendrier des visites familiales, etc. sont prises sur la base de données erronées. Sur la base des informations contenues dans le tracker, de nombreux demandeurs m’ont dit qu’ils préféraient ne pas déposer de demande du tout. Ces mêmes demandeurs ont été choqués lorsque je leur ai dit que les nouvelles demandes de visa de visiteur devraient être traitées dans un délai d’un à deux mois.
Pour éviter que les familles, les voyageurs d’affaires, etc. ne prennent des décisions mal informées en matière de visa, IRCC devrait afficher plusieurs délais de traitement sur son outil de suivi : (1) pour les demandes touchées par la pandémie ; et (2) pour les nouvelles demandes.
Informations périmées sur le programme sur le site web d’IRCCd’IRCC
Un autre problème est lié à l’obsolescence des informations relatives aux programmes sur le site web d’IRCC, notamment en ce qui concerne les programmes qui sont fermés.
Par exemple, le manuel opérationnel du programme Investor Visa, qui n’est plus utilisé depuis 2014, est actuellement disponible dans laliste des “manuels actifs” sur le site web d’IRCC. Des clients potentiels me contactent fréquemment, demandant à s’inscrire au programme de visa d’investisseur, après avoir organisé leur vie et leurs biens pour devenir éligibles à l’immigration au Canada dans le cadre de ce programme. Je dois leur briser le cœur en leur disant qu’ils ont investi du temps et de l’argent pour se préparer à un programme qui n’existe plus depuis près de dix ans.
Des manuels périmés ont également conduit 110 demandeurs à poursuivre le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration devant la Cour fédérale – et à obtenir gain de cause. Dans l’affaire Tafreshi c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2022 FC 1089, les demandeurs ont présenté leur demande d’immigration en se fondant sur les informations contenues dans le manuel Entrepreneur et travailleur autonome affiché sous la rubrique “manuels actifs” sur le site Web d’IRCC. À l’insu des demandeurs, leurs demandes ont été évaluées en fonction des critères d’un manuel plus récent. Le juge a estimé que “l’étiquetage par IRCC [des manuels] a créé et continue de créer une situation confuse, que je ne peux ignorer dans l’examen des allégations d’iniquité procédurale formulées par les demandeurs”. La Cour fédérale a statué en faveur des requérants.
Pour mettre fin à ces déchirements et à ces litiges inutiles, IRCC doit supprimer les informations obsolètes de ses sites web.
Conclusion
Lors des consultations, les clients me demandent carrément : “Pourquoi devrais-je vous engager ?” Dans l’idéal, ce n’est pas nécessaire. Mais la réalité est que les demandeurs naviguent dans un système d’immigration truffé d’inexactitudes, de données contradictoires et d’informations obsolètes. Lorsque les enjeux sont si importants et qu’une petite erreur ou un malentendu peut avoir des conséquences disproportionnées, il peut être extrêmement risqué de procéder sans l’aide d’un professionnel.
Bien entendu, les ressources d’IRCC sont déjà très limitées et les politiques changent rapidement dans ce domaine du droit. Il est naturellement difficile de continuer à informer le public de toutes les pièces mobiles du système. Le temps que l’équipe du site web soit informée d’un changement nécessaire, il se peut que ce changement soit déjà dépassé.
Mais il y a de l’espoir pour un avenir meilleur. Si la volonté est présente, des ressources supplémentaires pourraient être allouées à la maintenance et à l’audit régulier des sites web d’IRCC, en veillant à ce que les guides d’instruction soient conformes aux traités internationaux, et en mettant régulièrement à jour les trackers de traitement. En attendant, les avocats spécialisés en droit de l’immigration sont les super-héros en costume des candidats à l’immigration !


