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Octroi discrétionnaire de la citoyenneté canadienne : Évaluation du paragraphe 5(4) de la loi sur la citoyenneté

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Par Barbara Jo (BJ) Caruso, associée fondatrice du cabinet Corporate Immigration Law Firm et coprésidente de l’ACAI, et Purity Ajoko, stagiaire.

Une personne est citoyenne canadienne en vertu de l’article 3 de la loi sur la citoyenneté[1] (la “loi”) par droit (c’est-à-dire généralement par naissance ou par ascendance) ou par attribution de la citoyenneté en vertu de l’article 5 (c’est-à-dire généralement à un résident permanent lorsque certaines conditions sont remplies). Outre ces voies habituelles d’accès à la citoyenneté canadienne, le paragraphe 5(4) prévoit une attribution spéciale dans des cas exceptionnels.

Le paragraphe 5(4)[2] stipule :

“Nonobstant toute autre disposition de la présente loi, le ministre peut, à sa discrétion, accorder la citoyenneté à toute personne pour remédier à des cas d’apatridie ou de difficultés particulières et inhabituelles ou pour récompenser des services d’une valeur exceptionnelle rendus au Canada”.

Les demandeurs qui sollicitent l’attribution discrétionnaire de la citoyenneté doivent remplir une ou plusieurs des conditions énoncées dans cette section : (i) apatridie (lien du sang) ; (ii) atténuation d’une difficulté particulière et inhabituelle ; ou (iii) récompense de services d’une valeur exceptionnelle pour le Canada. Il est important de noter que si une subvention discrétionnaire est accordée, la résidence permanente et un test de connaissances ne sont pas requis. Si le demandeur est un adulte, il doit présenter une demande d’attribution de la citoyenneté à un adulte en vertu du paragraphe 5(1)[3] ou, s’il est âgé de moins de 18 ans, une demande d’attribution de la citoyenneté à un mineur en vertu du paragraphe 5(2)[4] de la Loi.

Apatridie – Connexion sanguine

Une personne sera considérée comme apatride en vertu de l’article 5(5)[5] si le demandeur est né à l’étranger, a un parent biologique qui était citoyen au moment de la naissance, est âgé de moins de 23 ans, a été physiquement présent au Canada pendant au moins 1 095 jours au cours des quatre années précédant immédiatement la date de sa demande, a toujours été apatride et n’a pas été condamné pour l’une des infractions énumérées à l’article 5(f) de la Loi.

Allégement des difficultés particulières et inhabituelles

Démontrer l’existence de difficultés particulières et inhabituelles peut s’avérer très onéreux et très subjectif. En règle générale, les décideurs principaux de la Direction générale du règlement des cas se voient déléguer, en vertu de l’article 5, paragraphe 4, de la Loi sur la citoyenneté, le pouvoir de procéder à des attributions discrétionnaires, à moins que le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada (IRCC) ne choisisse lui-même d’exercer son pouvoir discrétionnaire d’attribution de la citoyenneté.

Le pouvoir discrétionnaire du ministre ou de ses délégués est “personnel par nature et limité en ce sens qu’il ne peut être exercé de manière déraisonnable”[6]. Dans l’affaire Re Mojallal[7], la Cour a estimé que les cas de difficultés particulières et inhabituelles surviennent généralement lorsque “l’absence de citoyenneté canadienne empêche une personne d’exercer une profession, lui refuse une possibilité d’emploi ou restreint l’exercice d’une activité commerciale”[8]. Un demandeur qui n’est pas en mesure de résider au Canada plus tôt pour satisfaire à la condition de résidence en raison de troubles ou d’agitations civiles dans son pays d’origine peut constituer une difficulté particulière et inhabituelle[8]. Une difficulté inhabituelle peut également survenir dans les cas où “en raison du retard dans l’octroi de la citoyenneté, des familles seraient brisées, des emplois perdus, des qualifications professionnelles et des aptitudes particulières gaspillées, et le pays privé de citoyens désirables et hautement qualifiés”[9].

Chaque cas est décidé au cas par cas et est examiné selon ses propres mérites. Le demandeur doit être conscient de ” l’importance de l’attribution de la citoyenneté en vertu de cette disposition “[10] Le paragraphe 5(4) ne doit pas être utilisé pour contourner la procédure normale d’attribution de la citoyenneté.

Récompenser les services de valeur exceptionnelle rendus au Canada

Il n’est pas nécessaire que les services de valeur exceptionnelle comprennent des services rendus au gouvernement canadien ou à une entité canadienne[11] Dans l’affaire Halepota c. Canada, l’appelant, qui travaillait pour les Nations Unies à l’extérieur du Canada, a demandé un contrôle judiciaire de la décision du ministre de ne pas exercer une subvention spéciale en vertu de l’article 2, paragraphe 1, de la loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. 5(4). Le ministre a tenté de justifier la décision de refuser la subvention spéciale par une hypothèse erronée selon laquelle le travail effectué à l’étranger ne peut avoir de valeur pour le Canada et que le travail qui a bénéficié à des personnes dans d’autres pays au lieu de personnes au Canada n’a pas de valeur pour le Canada “[12] La Cour n’a pas approuvé la décision du ministre et a estimé que l’exigence est simplement que les services aient une valeur pour le Canada.

Les subventions au titre du paragraphe 5(4) sont souvent accordées à des athlètes pour récompenser des contributions exceptionnelles et atténuer des difficultés inhabituelles. Les athlètes qui s’entraînent intensivement en vue de participer à des compétitions internationales peuvent être confrontés à de graves difficultés particulières et inhabituelles s’ils sont privés de la possibilité de participer à des compétitions internationales au nom du Canada. [13]

Dans les cas où les athlètes ont déjà obtenu des résultats importants au niveau national ou international, ils peuvent faire valoir qu’une attribution de la citoyenneté devrait leur être accordée pour les récompenser de leurs contributions significatives au Canada, et faire valoir que sans cette attribution spéciale de la citoyenneté, ils subiront des difficultés inhabituelles s’ils ne peuvent pas concourir pour le Canada. Prenez par exemple le cas de Deanna Stellato-Dudek, une patineuse artistique en couple qui a remporté la médaille d’or pour le Canada aux Championnats du monde de patinage artistique qui se sont déroulés à Montréal au début de l’année. Deanna et son partenaire né au Canada, Maxime Deschamps, espèrent représenter le Canada aux Jeux olympiques de 2026 à Milan, en Italie. Cependant, sans une subvention spéciale au titre du paragraphe 5(4), elle et Maxime manqueront cette occasion. Bien que Deanna soit citoyenne américaine (Maxime ne l’est pas), ils ont déclaré et sont qualifiés pour représenter le Canada. Ils ne peuvent pas choisir de représenter les États-Unis maintenant. De plus, Deanna est la patineuse artistique la plus âgée à remporter un titre mondial, toutes disciplines confondues, à l’âge de 41 ans, et il est donc peu probable qu’elle ait à nouveau l’occasion de participer aux prochains Jeux olympiques. Le Canada manquera également l’occasion de remporter une médaille olympique dans les épreuves de patinage en couple et par équipe, et limitera potentiellement le nombre d’équipes canadiennes de patinage en couple qui pourront participer à de futures compétitions internationales, puisque les meilleurs classements dictent le nombre d’équipes canadiennes qui pourront participer à de futures compétitions. Nous espérons que le ministre exercera son pouvoir discrétionnaire et accordera la citoyenneté à Deanna à temps pour qu’elle puisse concourir pour le Canada. Ses accomplissements en tant que championne du monde pour le Canada méritent une récompense pour service rendu et l’octroi de la citoyenneté allégerait ses difficultés, celles de son partenaire de patinage canadien et celles de l’équipe canadienne de patinage artistique. Ceux qui sont d’accord peuvent examiner la pétition de Deanna ici.

Conseils pratiques pour les demandes au titre de l’article 5(4)

En règle générale, avant de présenter une demande de citoyenneté canadienne, le demandeur doit vérifier s’il est admissible et calculer la durée de son séjour physique au Canada[14]. Toutefois, lorsqu’il présente une demande d’attribution discrétionnaire en vertu du paragraphe 5(4), le demandeur n’est pas tenu de satisfaire aux critères de résidence et peut préparer et présenter une demande d’attribution de la citoyenneté pour un adulte en vertu du paragraphe 5(1)[15] de la Loi ou une demande d’attribution de la citoyenneté pour un mineur en vertu du paragraphe 5(2)[16] de la Loi s’il est âgé de moins de dix-huit ans. Le ou les formulaires de demande (Adultes – Demande de citoyenneté canadienne – Adultes [CIT 0002] ; Mineurs – Demande de citoyenneté canadienne – Mineurs [CIT 0003]) doivent être entièrement remplis, signés et datés, et les documents nécessaires à la demande doivent être fournis. (Le paiement des droits est également requis.

La méthode recommandée pour soumettre une demande au titre du paragraphe 5(4) est le formulaire papier, étant donné que la demande en ligne ne comporte pas de fonction spécifique permettant de demander l’examen au titre du paragraphe 5(4). Il est recommandé d’inclure en haut du formulaire de demande, en caractères gras, la mention suivante “Demande d’examen discrétionnaire au titre du paragraphe 5(4) de la loi sur la citoyenneté”, et en haut de l’enveloppe, en caractères gras “Demande d’examen discrétionnaire en vertu de l’article 5, paragraphe 4, de la loi sur la citoyenneté”. Cela permettra à IRCC de savoir que le demandeur sollicite une attribution spéciale de la citoyenneté en vertu de l’article 5, paragraphe 4, et d’éviter que la demande ne soit renvoyée à l’étape d’admission si le demandeur ne remplit pas les conditions normales d’attribution de la citoyenneté, telles que l’exigence de présence physique.

Les candidats doivent également joindre une lettre officielle adressée au ministre de l’IRCC, demandant que leur demande soit examinée au titre de la ss. 5(4). La lettre doit contenir autant de détails que possible concernant la demande d’attribution spéciale. Le demandeur doit expliquer pourquoi il estime mériter une attribution discrétionnaire de la citoyenneté et sur quelle base (c’est-à-dire (i) apatridie ; (ii) pour atténuer une difficulté particulière et inhabituelle ; (iii) pour récompenser des services d’une valeur exceptionnelle rendus au Canada). La lettre doit être accompagnée des documents justifiant ces circonstances.

Traitement

Lorsque la demande est acceptée pour traitement, elle est générée dans le Système mondial de gestion des cas (“SMGC”) et les enquêtes criminelles et de sécurité commencent. Les interdictions en matière de criminalité et de sécurité prévues à l’article 22 de la loi sur la citoyenneté[17] sont obligatoires pour les demandeurs âgés de 14 ans et plus. La citoyenneté ne sera pas accordée si l’une des interdictions énumérées dans cette section s’applique.

La demande est ensuite transmise au CMB à Ottawa.

Les délais de traitement habituels ne s’appliquent pas à ces demandes de subventions spéciales. Il faut généralement compter entre 12 et 24 mois pour obtenir une décision dans le cadre du ss. 5(4). La demande peut être accélérée si vous en faites la demande au moment de l’introduction de la demande en indiquant, en haut du formulaire de demande et dans la lettre, la raison pour laquelle une décision sur la demande doit être prise rapidement. Des documents justificatifs démontrant la nécessité d’un traitement accéléré doivent également être joints.

La citoyenneté n’est pas toujours un droit, mais elle est souvent garantie par une attribution, y compris, dans certains cas exceptionnels, par une attribution spéciale au titre de l’article 5, paragraphe 4. Toutefois, la citoyenneté est toujours un privilège et s’accompagne de responsabilités. Elle est très appréciée au Canada et constitue une mesure importante de l’appartenance et de l’intégration d’une personne dans les communautés canadiennes. La citoyenneté promeut les valeurs démocratiques et la participation aux processus démocratiques, le respect des droits, des libertés et des obligations prévus par les lois du Canada, le bénévolat, le respect de l’environnement et la protection du patrimoine naturel, culturel et architectural du Canada. Le paragraphe 5(4) permet d’atténuer les difficultés et de récompenser les contributions exceptionnelles au Canada dans certaines circonstances où une personne pourrait ne pas remplir les conditions requises pour l’obtention de la citoyenneté canadienne.

[1] Loi sur la citoyenneté, article 5

[2] Ibid, ss. 5(4)

[3] Ibid, ss. 5(1)

[4] Ibid, ss. 5 (2)

[5] Ibid, ss. 5(5)

[6] Worthington c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration) (2008), 330 F.T.R 40

[7] Re Mojallal, 1985 CarswellNat 974 (Fed. T.D.)

[8] Ibid

[9] Re Kerho (1988), 21 F.T.R. 180

[10] Gouvernement du Canada, ” Citoyenneté : Pouvoir discrétionnaire du ministre d’accorder la citoyenneté dans des cas particuliers “, 11 octobre 2017, disponible à l’adresse suivante : https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/corporate/publications-manuals/operational-bulletins-manuals/canadian-citizenship/grant/ministerial-discretion-grant-special-cases.htmljolen.

[11] Halepota c. Canada (ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2018 FC 1196

[12] Ibid

[13] Re Mady [1978] FCJ No 914 (TD)

[14] Gouvernement du Canada, “Guide : Demande de citoyenneté canadienne : Adultes – Paragraphe 5(1) CIT 0002 “, 08 mai 2024, disponible sur : https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/application/application-forms-guides/guide-0002-application-canadian-citizenship-under-subsection-5-1-adults-18-years-older.html#Step1

[15] Ibid (3)

[16] Ibid (4)

[17] Ibid (1), art. 22

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