Rédigé par Lijing Cao, avocate spécialisée en droit de l’immigration canadienne, au sein du cabinet Bellissimo Law Group
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Cet article a été initialement publié par Law360 Canada, qui fait partie de LexisNexis Canada Inc.
Au Canada, le débat sur la productivité porte généralement sur la fiscalité, le capital et les autorisations, mais l’offre de services de garde constitue également une variable économique. En 2024, 59,5 % des structures d’accueil pour enfants canadiennes fonctionnaient à pleine capacité, 77,3 % avaient des listes d’attente et 86,4 % déclaraient avoir des difficultés à pourvoir les postes vacants.
La charge que représentent les soins non rémunérés est également suffisamment importante pour avoir une incidence directe sur l’offre de main-d’œuvre. En 2022, 13,4 millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus ont fourni des soins non rémunérés à des enfants ou à des adultes et des jeunes atteints de maladies chroniques ou de handicaps, et 66 % des aidants « pris en sandwich » non retraités ont déclaré que ces responsabilités avaient une incidence sur leur emploi ou leur recherche d’emploi. Plus de la moitié des femmes âgées de 15 ans et plus ont fourni une forme ou une autre de soins en 2022.
Cela est important car la Banque du Canada a décrit le taux de participation élevé à la population active, en particulier chez les femmes, comme l’un des principaux atouts économiques du Canada, tout en identifiant la productivité comme la principale faiblesse du pays. Le ralentissement de la productivité qui affecte la croissance économique du Canada ces dernières années pourrait être lié, au moins indirectement, à la baisse de l’accessibilité et de la qualité des services de garde dans notre société.
Malheureusement, le dispositif canadien actuel en matière de personnel soignant est fragmenté. Les anciens programmes pilotes « Fournisseurs de soins à domicile pour enfants » et « Aides à domicile » ont cessé d’accepter de nouvelles candidatures le 17 juin 2024. Les programmes pilotes d’immigration pour les aides à domicile, plus récents, sont désormais considérés comme clos, et l’IRCC a annoncé en décembre 2025 que les admissions seraient suspendues jusqu’à nouvel ordre et ne reprendraient pas en mars 2026.
En dehors du Québec, il n’existe actuellement aucune voie d’accès généralisée et ouverte à l’étranger, par le biais d’une EIMT, pour les aides à domicile. La page d’IRCC consacrée au permis de travail des aides à domicile précise qu’une personne se trouvant hors du Canada ne peut pas présenter de demande dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires si l’emploi est situé hors du Québec, et Emploi et Développement social Canada indique que, pour les demandes d’EIMT déposées à compter du 18 juin 2019 en vue d’embaucher un(e) aide à domicile à l’étranger pour un poste situé hors du Québec, IRCC ne délivrera pas de permis de travail au ressortissant étranger. Le Québec, en revanche, peut toujours recourir au Programme des travailleurs étrangers temporaires à cette fin.
Les options juridiques sont limitées pour un pays confronté à la fois à une pénurie de structures d’accueil pour les enfants et au vieillissement de la population. Statistique Canada prévoit que la croissance de la population âgée de 85 ans et plus sera particulièrement rapide entre 2031 et 2050, ce qui entraînera une augmentation de la demande en matière d’aide à la personne, de soins de longue durée, de soins de santé et de services d’aide à domicile.
Hong Kong propose un modèle différent. En 2024, Hong Kong comptait 368 000 aides ménagères étrangères, soit 9,6 % de la main-d’œuvre locale. Son système repose sur un contrat de travail standard, propose des canaux de candidature en ligne et indique qu’il faut généralement compter entre quatre et six semaines pour traiter une nouvelle demande d’aide ménagère une fois que tous les documents nécessaires ont été reçus.
Les répercussions sur le marché du travail sont frappantes. Le document statistique de 2025 publié par le Secrétariat du Conseil législatif de Hong Kong indique qu’en 2023, seules 45,6 % des femmes mariées ayant des enfants âgés de 14 ans et moins étaient actives sur le marché du travail lorsqu’elles ne disposaient pas d’aides ménagères étrangères à domicile, contre 82,3 % lorsqu’elles en disposaient. Des études évaluées par des pairs ont également montré que le recours à des aides ménagères étrangères augmente la participation des femmes mariées à la population active, allonge le temps consacré au travail rémunéré et réduit la part des tâches ménagères assumées par les femmes.
L’expérience de Hong Kong est également pertinente en matière de prise en charge des personnes âgées. Le même document du Conseil législatif indique qu’avec le vieillissement de la population, les tâches d’aide à la personne se sont étendues des enfants aux personnes âgées, et que la proportion de ménages composés de personnes âgées faisant appel à des aides à domicile a considérablement augmenté depuis 1997.
Le premier enseignement à tirer pour le Canada concerne l’ampleur et la prévisibilité. Hong Kong considère les services d’aide à domicile comme une infrastructure permanente du marché du travail plutôt que comme un projet pilote soumis à des interruptions. Le Canada n’a pas besoin de reproduire exactement les chiffres de Hong Kong, mais il a besoin d’une voie d’accès stable pour les aides à domicile étrangers, sur laquelle les familles et les travailleurs puissent compter, plutôt que d’un système caractérisé par des projets pilotes à durée déterminée, des suspensions de recrutement et des solutions temporaires limitées.
Le deuxième point à retenir est la simplicité administrative. Le modèle de Hong Kong est clair : un contrat obligatoire, une procédure transparente et des délais de traitement publiés, ainsi que des règles d’agrément pour les agences de placement et un plafond pour les commissions perçues auprès des demandeurs d’emploi. Le Canada pourrait s’orienter vers un contrat national pour les aides à domicile qui harmoniserait les salaires avec les normes provinciales, les horaires, les temps de repos, les normes d’hébergement lorsque le régime de logement sur le lieu de travail est véritablement choisi, l’interdiction des frais de recrutement et les procédures de réclamation.
Le troisième point à retenir est la complémentarité. Les aidants étrangers ne se substituent pas aux crèches ni aux établissements de soins de longue durée ; ils viennent les compléter. Il s’agit là d’une déduction, mais elle est solide : lorsque les structures publiques d’accueil des enfants sont déjà proches de leur capacité maximale, lorsque les listes d’attente sont généralisées et lorsque les soins non rémunérés affectent déjà l’emploi, des options supplémentaires légales de soins à domicile devraient alléger quelque peu la pression sur les places en crèche et aider davantage d’adultes à rester en activité.
Le Canada pourrait s’inspirer de l’accès dont bénéficie Hong Kong, mais pas de sa précarité. La réglementation de Hong Kong impose aux aides à domicile de résider au domicile de leur employeur, leur interdit d’exercer une autre activité professionnelle, les lie généralement à un emploi spécifique auprès d’un employeur désigné pour une durée limitée, et exclut la période passée à Hong Kong en tant qu’aide à domicile étrangère de la notion de « résidence habituelle » aux fins de l’obtention du droit de séjour.
Le Canada s’est déjà éloigné de l’ancien modèle de logement chez l’employeur. Le Programme des aides à domicile résidants est désormais fermé aux nouveaux candidats, et le Programme des travailleurs étrangers temporaires peut refuser de traiter les demandes d’EIM (évaluation de l’impact sur le marché du travail) émanant d’employeurs recherchant des aides à domicile exclusivement en régime de logement chez l’employeur. Tout élargissement du programme au Canada devrait donc conserver le travail hors domicile comme option par défaut et permettre aux travailleurs de changer d’employeur agréé dans le secteur des soins.
Concrètement, Ottawa pourrait envisager de créer un volet permanent dédié aux aides à domicile étrangers, de rétablir un quota d’admission prévisible et d’associer ce système à une surveillance plus stricte des recruteurs. Hong Kong impose déjà aux agences de placement d’être agréées et plafonne la commission légalement autorisée à 10 % du salaire du premier mois du travailleur après un placement réussi. Le Canada devrait au moins atteindre ce niveau de clarté tout en faisant respecter sa propre règle selon laquelle les employeurs et les recruteurs ne peuvent pas répercuter les frais de recrutement sur le travailleur.
L’argument économique est simple. Si le Canada facilite l’accès légal aux aides-soignants étrangers dans des conditions garantissant le respect des droits, davantage de familles, en particulier les femmes qui doivent concilier un emploi rémunéré et la garde d’enfants ou la prise en charge de personnes âgées, devraient pouvoir rester sur le marché du travail ou augmenter leur temps de travail. D’après les données observées au Canada et à Hong Kong, cela permettrait d’alléger quelque peu la pression sur le système des crèches, d’élargir l’offre effective de main-d’œuvre et de soutenir la croissance de la productivité à long terme.


