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Changement d’attitude : L’impact des messages contradictoires récents sur l’immigration canadienne et la recherche d’une meilleure voie à suivre

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Rédigé par Laura Schemitsch, avocate spécialisée dans l’immigration et le statut de réfugié au sein du cabinet Heron Law Offices à Vancouver, en Colombie-Britannique.

La prospérité économique du Canada dépend de l’immigration. La disponibilité d’une main-d’œuvre imposable forte, robuste et qualifiée contribue de manière positive au financement des services publics tels que les soins de santé et l’éducation, ainsi qu’à l’ensemble de l’économie canadienne. Selon l’Environics Institute, la population du Canada a augmenté de plus d’un million de personnes en 2022, l’immigration représentant “la quasi-totalité de la croissance nette de la population active du Canada”.

Le besoin d’immigration s’ explique en grande partie par le vieillissement de la population canadienne, 5 millions de Canadiens devant prendre leur retraite d’ici 2030. Selon les prévisions, il n’y aura plus que trois travailleurs pour chaque retraité d’ici 2030, alors qu’il y en avait six en 1980. Conscient de cette situation, le gouvernement du Canada confirme que, sans immigrants pour aider à compenser le vieillissement de la population, le pays ne sera pas en mesure de maintenir les niveaux de service actuels.

Malgré l’importance de l’immigration pour la longévité du Canada, des rapports récents révèlent que les Canadiens sont de moins en moins favorables à l’immigration. Selon un rapport d’Environics datant d’octobre 2023 :

“Cette opinion de plus en plus répandue selon laquelle le Canada accueille trop d’immigrants s’explique en grande partie par les préoccupations croissantes concernant la contribution des nouveaux arrivants à la crise du logement. Dans le même temps, le public est désormais beaucoup moins enclin à dire qu’une immigration trop importante représente une menace pour la culture et les valeurs du pays”.

Ces attitudes contrastent fortement avec un sondage réalisé en octobre 2022 par l’Environics Institute, qui a révélé que 7 Canadiens sur 10 étaient favorables aux niveaux d’immigration actuels, soit la plus forte majorité enregistrée par Environics en 45 ans.

Cette évolution récente de l’opinion publique soulève des inquiétudes quant à une incompréhension fondamentale de l’importance du bon fonctionnement du système d’immigration au Canada, peut-être exacerbée par les messages contradictoires diffusés récemment.

Messages contradictoires : Les immigrés comme boucs émissaires de la crise du logement et le plafonnement des objectifs en matière d’immigration

De récents articles de presse ont fait état d’un “recul” du soutien à l’immigration au Canada, alors que la crise du logement ne cesse de s’aggraver. Malheureusement, il n’est pas rare que les immigrés deviennent les boucs émissaires lorsque des préoccupations erronées concernant le logement sont évoquées.

Un rapport sur l’année 2023, rédigé par le directeur principal de l’économie canadienne de Desjardins, affirme que le Canada a besoin d’encore plus d’immigrants pour contrer le vieillissement de sa population et que le gouvernement fédéral doit “associer la politique d’immigration à des mesures immédiates visant à accroître l’offre de logements”. Le 31 octobre 2023, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, a publié un document intitulé Un système d’immigration pour l’avenir du Canada, qui souligne la nécessité d’intégrer le logement, les soins de santé et la planification des infrastructures dans le plan d’immigration du Canada. Malgré ce point de vue, le Canada vient d’annoncer que les objectifs d’immigration resteront inchangés en 2025 et 2026 dans le plan des niveaux d’immigration 2024-2026.

Alors qu’il est suggéré que la crise du logement au Canada signifie que l’immigration doit être ralentie, une approche plus efficace consiste pour le Canada à améliorer son système d’immigration afin de faciliter l’entrée des immigrants nécessaires pour résoudre les pénuries de main-d’œuvre et augmenter l’offre de logements. Les retards de traitement, la médiocrité du service à la clientèle et le manque de fiabilité des plates-formes techniques compromettent encore davantage ce système essentiel. L’amélioration du système d’immigration du Canada est particulièrement importante à la lumière d’un récent rapport publié par l’Institut pour la citoyenneté canadienne, qui indique que le taux de migration ascendante (lorsque les immigrants qui sont venus au Canada migrent vers un troisième pays) a augmenté dans toutes les cohortes d’immigrants qui sont arrivés entre 1982 et 2018.

Attirer et retenir les travailleurs étrangers temporaires (TET) et recommandations pour de nouvelles améliorations

Le gouvernement a récemment fait plusieurs annonces visant à attirer davantage d’immigrants au Canada et à faciliter l’embauche de TET par les employeurs. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) permet aux employeurs canadiens d’embaucher des travailleurs étrangers pour occuper temporairement des emplois s’ils peuvent démontrer que des Canadiens et des résidents permanents qualifiés ne sont pas disponibles grâce à une évaluation positive de l’impact sur le marché du travail (EIMT). La demande d’EIMT peut être complexe, longue et coûteuse (les frais de traitement non remboursables du gouvernement s’élèvent à 1 000 $ par travailleur) et le TET doit également soumettre une demande de permis de travail.

En août 2023, ESDC a annoncé une initiative temporaire de trois ans dans le cadre du PTET pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre actuelles au Canada par le biais du projet pilote d’employeur reconnu (PER). Dans le cadre du REP, les employeurs admissibles peuvent obtenir des EIMT valables pour une période maximale de 36 mois et bénéficier d’une demande d’EIMT simplifiée s’ils ont besoin d’embaucher des travailleurs supplémentaires dans la même profession au cours de la période pilote de trois ans. Pour participer au REP, les employeurs doivent avoir obtenu au moins trois (3) LMIA positifs au cours des cinq dernières années pour la même profession, figurant sur une liste de professions désignées comme étant en pénurie.

Si le projet pilote REP profitera à certains employeurs, il n’aborde pas l’un des principaux problèmes du système d’EIMT, à savoir son impact négatif disproportionné sur les petites et moyennes entreprises canadiennes confrontées à des pénuries de main-d’œuvre. Les entreprises qui ont déjà reçu au moins trois EIMT positives disposaient probablement des ressources financières nécessaires pour présenter une demande, contrairement à de nombreuses petites et moyennes entreprises qui ont constaté des pénuries de main-d’œuvre depuis la pandémie de COVID-19.

L’ESDC devrait envisager de nouveaux moyens de faciliter un accès plus équitable au traitement accéléré des LMIA pour les entreprises qui n’ont pas les antécédents requis en matière de conformité au programme, accompagné d’une structure de frais de traitement des LMIA plus abordable, basée sur des échelles de revenus.

Le Canada a également annoncé récemment des changements à la Feuille de route des solutions pour la main-d’œuvre du PTET (à partir d’avril 2022), “afin de mieux refléter les conditions actuelles du marché du travail et les perspectives économiques pour l’avenir”. Grâce à ce changement, la période de validité maximale de l’EIMT (non REP) sera réduite de 18 à 12 mois. À partir du 1er janvier 2024, les employeurs seront également tenus de revoir chaque année les salaires des travailleurs étrangers temporaires pour s’assurer qu’ils reflètent les augmentations. Il reste à voir comment ces changements renforceront le marché du travail.

Il est dans l’intérêt du Canada que le gouvernement continue à défendre les avantages cruciaux de l’immigration et les politiques qui s’alignent sur les objectifs économiques à long terme du Canada. Il est essentiel de maintenir une communication claire pour contrer l’impact négatif des messages contradictoires sur l’opinion publique et l’intégrité du système d’immigration du Canada. Un système d’immigration fonctionnant correctement est essentiel pour attirer et retenir les travailleurs étrangers, en particulier dans les secteurs de la construction et de la santé, et pour prévenir la migration vers l’étranger. Le Canada ne peut pas se permettre de perdre davantage de travailleurs et il est donc nécessaire de promouvoir un système d’immigration plus transparent et plus efficace qui permettra non seulement de réunir les familles, mais aussi d’attirer des travailleurs étrangers qualifiés pour combler les pénuries de main-d’œuvre auxquelles sont confrontés les employeurs canadiens, ce qui contribuera à la longévité économique et sociale du Canada.

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