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Déclaration de la société civile sur le projet de loi C-20

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Cette déclaration est disponible en format PDF.

 

13 juin 2023

Bien que le projet de loi C-20 soit une mesure cruciale pour assurer une plus grande responsabilité de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les organisations soussignées sont profondément troublées par le manque de consultation ou d’engagement du gouvernement fédéral avec les principaux acteurs de la société civile dans l’élaboration de cet important projet de loi, à la fois avant qu’il ne soit déposé et au fur et à mesure de son passage devant la législature.

Le projet de loi C-20 : Loi établissant la Commission des plaintes du public et des examens et modifiant certaines lois et certains textes réglementaires est un projet de loi attendu depuis longtemps qui tente de répondre à la demande de création d’une procédure indépendante d’examen et de plainte pour les activités de l’ASFC et d’apporter des changements à la procédure d’examen de la GRC – en fusionnant les deux au sein d’une Commission des plaintes du public et des examens (CPPE).

Les signataires de cette déclaration sont des groupes bien établis et reconnus. Ils sont dirigés par et représentent les personnes et les communautés les plus touchées par l’ASFC et la GRC, y compris les autochtones, les Noirs et d’autres personnes racialisées. Nous possédons des décennies d’expertise dans les domaines du droit de l’immigration et des réfugiés, du droit pénal, des droits de l’homme, du droit international, des libertés civiles et de la sécurité nationale, pour n’en citer que quelques-uns.

L’expertise collective de nos groupes peut aider le gouvernement fédéral à remplir le mandat de ce projet de loi, exprimé par le ministre de la Sécurité publique en novembre 2022, à savoir renforcer la responsabilité indépendante et combattre le racisme et la discrimination systémiques. Malgré son objectif déclaré de favoriser la responsabilisation, le gouvernement l’esquive en ne consultant pas correctement les communautés que nous représentons et en ne les incluant pas dans le processus démocratique d’élaboration des lois.

Le projet de loi C-20 présente de nombreuses lacunes. Les aspects qui devraient être abordés sont les suivants :

  • la nécessité de garantir l’indépendance des activités du CCPR ;
  • l’accès indépendant du CCPR à l’information ;
  • veiller à ce qu’il existe un mécanisme de réclamation pour les problèmes systémiques ;
  • les plaintes de tiers ; et
  • l’élargissement des pouvoirs de réparation et de recours du CCPR.

Vous trouverez ci-joint un résumé des principales recommandations de nos mémoires soumis au Comité permanent de la sécurité publique et nationale, indiquant comment le projet de loi C-20 peut être révisé afin de répondre à l’objectif et au mandat qui lui ont été assignés.

La prise en compte de nos mémoires et des questions que nous soulevons ne dépend pas de nous. Bien que nous ayons bon espoir, il est clair, au vu du manque d’engagement sur cette question, que le gouvernement risque de créer le RCMC comme une coquille vide de responsabilité qui reproduit ou même exacerbe les problèmes existants avec l’ASFC et la GRC.

Nous demandons instamment à la Commission permanente de prendre en considération les recommandations décrites dans les différentes soumissions de nos groupes et d’intégrer les amendements que nous proposons. Nous nous réjouissons de l’occasion qui nous est donnée de nous adresser aux membres de la commission permanente et de répondre à leurs questions.

Signé par :

Amnesty International Canada (anglophone)

Amnistie internationale Canada (francophone)

Libertés civiles en Colombie-Britannique

Association canadienne des libertés civiles

Association Conseil canadien pour les réfugiés

L’Association Canadienne des Avocats en Immigration

Association canadienne des juristes musulmans

Conseil canadien des affaires publiques musulmanes

Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles

 

Plus d’informations :

Tim McSorley

Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles

(613) 241-5298

 

Julia Sande

Amnesty International Canada (anglophone)

media@amnesty.ca

 

Association canadienne des libertés civiles

media@ccla.org et (514) 913-5524

 

Pantea Jafari

L’Association Canadienne des Avocats en Immigration

info@cila.co


Questions clés – Projet de loi C-20

1. La Commission doit être indépendante et disposer de ressources suffisantes.

PRINCIPE : L’efficacité de la Commission est compromise par la proposition de la faire dépendre du ministre responsable de la GRC et de l’ASFC et d’être financée par ce dernier.

SUGGESTION : la Commission devrait être créée en tant que bureau de la législature, et son budget ne devrait pas être lié à un ministère qui, directement ou indirectement, est responsable de la GRC et/ou de l’ASFC.

 

2. Les plaignants ne doivent pas être limités aux personnes touchées.

PRINCIPE : Veiller à ce que les tiers puissent déposer des plaintes et présenter des observations lors des audiences, compte tenu des nombreux obstacles auxquels se heurtent les personnes vulnérables marginalisées, en particulier les personnes sans statut, y compris celles qui sont en cours d’expulsion.

SUGGESTION : les articles 33(1) et 33(2) devraient être modifiés pour reconnaître spécifiquement le droit des tiers à déposer une plainte : “Tout individu ou tiers peut …

SUGGESTION : supprimer les articles 38(1)(b) et 52(1)(b).

 

3. Les plaintes ne doivent pas être limitées à des circonstances individuelles

PRINCIPE : Prévoir des plaintes systémiques et politiques, sans que les personnes concernées soient nommément désignées, afin de traiter les modèles de comportement ou les politiques et opérations problématiques.

SUGGESTION : ajouter les articles 33.1(1) et 33.1(2) pour refléter le langage de l’article 33(1) et 33(2) mais en autorisant spécifiquement tout individu ou tiers à déposer une plainte systémique.

SUGGESTION : supprimer la référence au terme “insignifiant” dans les articles 38(1)(a) et 52(1)(a).

 

4. Le manque de clarté quant à la personne chargée d’évaluer la pertinence et la nécessité des informations à divulguer dans le cadre d’une enquête, ainsi que l’absence de mécanismes de recours en cas de litige.

PRINCIPE : Veiller à ce que les informations pertinentes soient enregistrées et stockées, et à ce que la Commission puisse y accéder de manière indépendante, afin que les plaintes puissent faire l’objet d’une enquête sérieuse.

SUGGESTION : prévoir un mécanisme pour trancher les litiges concernant les informations “pertinentes et nécessaires”.

 

5. La Commission devrait enquêter sur les plaintes à la place de la GRC et de l’ASFC.

PRINCIPE : Compte tenu du racisme systémique dont il a été reconnu que la GRC et l’ASFC sont victimes, le fait de les laisser enquêter elles-mêmes fait craindre une partialité délibérée et risque d’exacerber les problèmes existants.

SUGGESTION : la Commission devrait avoir la compétence unique/exclusive pour enquêter sur les plaintes.

 

6. À titre subsidiaire, la nécessité d’assurer une instruction efficace des plaintes dans les délais impartis

PRINCIPE : Le contrôle exercé par la Commission ne doit pas être vidé de son sens par des retards importants dans l’instruction initiale des plaintes par l’ASFC et la GRC.

SUGGESTION : fixer des délais stricts pour l’accusé de réception, l’enquête et le rapport de l’ASFC/GRC sur les plaintes.

 

7. Le besoin de coordination, de recours pendant une enquête et de réparation en cas de succès

PRINCIPE : Assurer la coordination entre la Commission et les autres organes de plainte et d’examen, en particulier dans le traitement des préoccupations liées à la sécurité nationale, afin que les plaintes soient effectivement résolues et ne soient pas rejetées en raison de la simple existence d’un autre mécanisme/procédure de contrôle, en particulier lorsque l’autre organe refuse d’enquêter.

PRINCIPE : La Commission doit être dotée des pouvoirs nécessaires pour répondre aux besoins provisoires au cours d’une enquête et pour obtenir réparation lorsqu’une plainte a abouti.

SUGGESTION : La Commission devrait se voir accorder les pouvoirs suivants :

  • Formuler des recommandations contraignantes sur les mesures provisoires telles que le sursis à l’expulsion ;
  • Formuler des recommandations contraignantes en vue d’engager ou d’imposer des mesures disciplinaires ou de porter des accusations en cas de non-respect de sa loi d’habilitation.

 

8. Réduire l’accès à la Cour fédérale

PRINCIPE : Le travail de tout organe administratif doit être soumis à un contrôle juridictionnel afin de garantir la conformité avec sa loi d’habilitation.

SUGGESTION : modifier l’article 65 afin de permettre un contrôle juridictionnel des rapports finaux de la Commission.

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