Cet article d’opinion a été rédigé par Laura Schemitsch, avocate spécialisée dans l’immigration et les réfugiés au Canada, Race and Co LLP.
En février 2022, le gouvernement du Canada s’est engagé à soutenir les personnes touchées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en réponse rapide à une crise humanitaire alarmante. Ces mesures d’immigration bienvenues comprenaient la priorité accordée aux demandes de résidence temporaire et permanente des Ukrainiens à l’intérieur et à l’extérieur du Canada et, en particulier, la mise en œuvre de l’autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (CUAET).
Pourquoi cette situation est-elle unique
Parmi les options d’immigration actuellement disponibles au Canada, le CUAET est unique et avantageux pour les demandeurs admissibles, et ce pour plusieurs raisons. Par exemple, les ressortissants étrangers admissibles qui visitent le Canada sont généralement autorisés à y séjourner pendant six mois à la fois. Cependant, la CUAET permet à un nombre illimité de demandeurs ukrainiens et aux membres de leur famille à charge (de toute nationalité) de séjourner temporairement au Canada pendant une période pouvant aller jusqu’à trois ans. En outre, les demandeurs peuvent solliciter gratuitement des permis de travail ouverts, qui sont généralement réservés aux personnes se trouvant dans des circonstances très particulières. En outre, malgré un arriéré croissant, les demandeurs bénéficieront également d’un traitement prioritaire. Si les mesures parviennent à atteindre les objectifs du gouvernement, il ne fait aucun doute que ces mesures spéciales auront un impact positif sur une grave crise humanitaire en sauvant des vies et en réunissant des familles au Canada.
Les leçons du passé
Ces dernières semaines, un débat important a pris de l’ampleur, car certains défenseurs des droits de l’homme ont fait remarquer à juste titre que les mesures actuelles dont bénéficient les Ukrainiens n’ont pas été mises à la disposition des autres demandeurs d’asile et migrants, y compris des non-Européens en Ukraine. Les mesures spéciales ont généralement des limites. Par exemple, le Canada a réinstallé 25 000 réfugiés syriens entre novembre 2015 et le 29 février 2016, alors que la guerre civile syrienne continue de faire rage à ce jour.
En outre, au 23 mars 2022, le Canada avait accueilli 9 560 réfugiés afghans depuis qu’il avait promis de réinstaller au moins 40 000 ressortissants afghans en août 2021, à la suite de la prise de pouvoir par les talibans. Ce nombre limité de ressortissants afghans doit répondre à des critères d’éligibilité particuliers pour pouvoir demander à se réinstaller au Canada et des rapports récents indiquent que nombre d’entre eux continuent d’être confrontés à des conditions dangereuses alors qu’ils attendent des demandes qui ont été soumises il y a plusieurs mois. L’état actuel de la réponse afghane du Canada est particulièrement préoccupant à la lumière des rapports récents qui indiquent que les droits humains des femmes afghanes sont de plus en plus restreints. Par exemple, depuis la prise du pouvoir par les talibans, les femmes sont interdites d’accès à la plupart des emplois et ne peuvent quitter leur ville sans une escorte masculine, y compris pour prendre des vols intérieurs ou internationaux. En mars 2022, il a également été annoncé que les écoles étaient désormais fermées aux filles à partir de la sixième année.
Outre ces crises liées à des conflits, il est temps de reconnaître que le monde est confronté à une urgence climatique et que le Canada est bien placé pour identifier et mettre en œuvre des politiques uniques afin de faire face à une crise imminente des réfugiés climatiques. Le Canada n’a pas encore reconnu les réfugiés climatiques, ce qui est particulièrement préoccupant à la lumière du nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat publié au début du mois de mars 2022. Al Jazeera a également rapporté que la guerre en Ukraine accélère les urgences climatiques dans la Corne de l’Afrique, car la région est devenue de plus en plus dépendante des importations de céréales en provenance de Russie et d’Ukraine en raison de la sécheresse et de la famine.
L’avenir offre des possibilités d’amélioration
Le Canada est largement reconnu comme un défenseur des droits de l’homme en raison de ses efforts de protection des droits de l’homme qui se reflètent dans ses lois, notamment la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi canadienne sur les droits de la personne, et en tant que signataire de divers instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. J’ai personnellement rencontré de nombreux nouveaux arrivants incroyables et travailleurs qui ont échappé à des réalités inimaginables pour se retrouver au Canada, où ils se sentent en sécurité et accueillis, et qui veulent rendre à ce pays ce qu’il leur a donné. La volonté du Canada d’ouvrir ses frontières aux Ukrainiens devrait être l’occasion d’améliorer notre passé et de créer de nouvelles possibilités pour les personnes de venir au Canada, conformément à nos engagements en matière de respect des droits de l’homme et d’amélioration de l’égalité réelle. Cela est particulièrement vrai en cette période de reprise économique cruciale et de demande croissante pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre.


