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Discutons honnêtement de la manière dont le Canada peut améliorer ses politiques en matière de travailleurs étrangers temporaires.

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Rédigé par la Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI).

Note : Cet article a pour but de stimuler le dialogue sur ce sujet. Il ne représente pas le point de vue de tous les membres de l’ACAI. L’ACAI recommande vivement au gouvernement canadien de procéder à une vaste consultation afin de déterminer la meilleure voie à suivre.

Dans une récente interview accordée à Bloombergle ministre canadien de l’immigration, Marc Miller, a déclaré que les employeurs étaient devenus “accros” aux travailleurs étrangers temporaires et qu’il envisageait des réformes en conséquence.

Il ne fait aucun doute que le Canada doit poursuivre des politiques en matière de travailleurs étrangers qui protègent la main-d’œuvre nationale et favorisent le développement économique. Il n’est pas dans l’intérêt du Canada de voir les travailleurs étrangers supplanter les travailleurs nationaux et faire baisser les salaires. L’objectif est que les travailleurs étrangers complètent les travailleurs canadiens afin de soutenir un niveau de vie plus élevé dans tout le pays.

Il ne fait également aucun doute que les politiques relatives aux travailleurs étrangers – tout comme les politiques dans tous les domaines – doivent être revues périodiquement pour s’assurer qu’elles atteignent leurs objectifs et qu’elles profitent aux Canadiens.

Mais pour ce faire, nous devons avoir une conversation honnête.

Les étudiants étrangers constituent l’une des principales sources de travailleurs étrangers au Canada. Il fut un temps où le Canada n’autorisait pas les étudiants internationaux à travailler hors campus pendant leurs études, avant que cette politique ne soit modifiée pour leur permettre de travailler jusqu’à 20 heures par semaine hors campus pendant leurs études, et à temps plein pendant les congés prévus, tels que les vacances d’été et d’hiver. La raison en est que les étudiants étrangers peuvent subvenir à leurs besoins financiers au Canada, tout en restant concentrés sur leurs études, qu’ils acquièrent une expérience professionnelle canadienne et que les employeurs peuvent bénéficier de leurs talents et de leur travail.

En 2022, cependant, le gouvernement canadien a annoncé elle permettait aux étudiants étrangers de travailler à temps plein tout en poursuivant leurs études, afin de pallier les pénuries de main-d’œuvre. Cette politique est toujours en vigueur et devrait prendre fin en avril. Quelque 684 000 permis d’études sont entrés en vigueur en 2023, soit une augmentation de 25 % par rapport aux quelque 550 000 permis entrés en vigueur en 2022. Bien que les exemptions de travail hors campus ne s’appliquent pas à la plupart de ces étudiants internationaux, ces chiffres mettent en évidence le nombre stupéfiant d’étudiants internationaux que le gouvernement canadien a autorisés à entrer dans le pays et potentiellement sur le marché du travail.

En outre, la grande majorité des travailleurs étrangers sont accueillis par le Canada dans le cadre d’une filière qui n’exige pas des employeurs canadiens qu’ils démontrent qu’ils souffrent d’une véritable pénurie de main-d’œuvre et qu’il n’y a pas de Canadiens pour faire le travail. Cette voie, connue sous le nom de Programme de mobilité internationale (PMI), représentait 768 000 permis de travail qui prendront effet en 2023, soit une augmentation de 64 % d’une année sur l’autre. Encore une fois, cette situation est due aux objectifs politiques généraux du gouvernement canadien, et non aux employeurs qui cherchent à importer de la main-d’œuvre bon marché. Le Canada délivre des permis de travail IMP pour toute une série de raisons économiques, sociales et culturelles. Par exemple, un grand nombre des permis de travail délivrés depuis 2022 l’ont été à des fins humanitaires, afin d’aider les pays en voie de développement à se doter d’une main-d’œuvre qualifiée. Ukrainiens fuyant la guerre. D’autres exemples incluent la délivrance de permis de travail IMP en raison d’accords sur la mobilité des jeunes avec des pays pairs, les demandeurs d’asile et le maintien des familles ensemble.

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui exige des employeurs qu’ils prouvent qu’aucun Canadien n’est disponible pour effectuer le travail, a représenté environ 185 000 permis de travail qui ont pris effet en 2023, soit une augmentation de 37 % par rapport à 2022. En d’autres termes, le PTET représentait environ 19 % de tous les nouveaux permis de travail délivrés en 2023, et une part encore plus petite si l’on compte les nouveaux étudiants étrangers qui sont entrés sur le marché du travail l’année dernière. En outre, le PTET représentait moins de 1 % de tous les nouveaux permis de travail délivrés en 2023. La population active du Canada. Cela montre que le PTET fonctionne en quelque sorte comme prévu, étant donné qu’il est censé être utilisé par les employeurs en dernier recours. Il convient également de souligner qu’un grand nombre des personnes admises au titre du PTET travaillent dans l’agriculture, un secteur qui, à l’heure actuelle, n’est pas en mesure de fournir des services de qualité. La recherche montre que se bat pour attirer les travailleurs canadiens, et le PTET ne représente donc qu’une fraction de pour cent pour tous les autres secteurs de l’économie, y compris des secteurs cruciaux tels que les soins de santé.

Ainsi, le gouvernement ne résiste pas à l’examen en blâmant les employeurs d’avoir accès aux travailleurs étrangers, alors que c’est le même gouvernement qui a autorisé davantage de travailleurs étrangers et d’étudiants internationaux à entrer au Canada, et qui a également autorisé les étudiants internationaux à travailler plus d’heures, même s’ils ont été admis au Canada principalement sur la base de la poursuite de leurs études dans ce pays. Pour être clair, la Canadienne des Avocats en Immigration est favorable à l’idée de permettre à de véritables étudiants internationaux de travailler à temps partiel en dehors du campus pendant leurs études. Nous nous opposons toutefois à ce que le gouvernement blâme les parties prenantes – les employeurs dans ce cas – alors que c’est le gouvernement lui-même qui a augmenté de manière significative l’offre de ressortissants étrangers autorisés à travailler temporairement au Canada. Un tel blâme n’est pas propice à l’élaboration de politiques plus efficaces. En outre, il n’est pas souhaitable que le gouvernement accuse les employeurs d’être dépendants des talents étrangers d’une part, tout en se lamentant d’autre part lorsque les employeurs n’embauchent pas de nouveaux arrivants (par exemple, en raison d’un manque d'”expérience canadienne”).

Cela ne veut pas dire que le système est parfait. Voici les suggestions de CILA sur la réforme des travailleurs étrangers :

  • Il est essentiel qu’IRCC et ESDC procèdent à de vastes consultations pour déterminer la meilleure voie à suivre. Cela implique de s’entretenir avec des groupes clés tels que des économistes, des employeurs, des organismes sectoriels, des groupes de défense des droits du travail et des droits de l’homme, des collèges et des universités, les nouveaux arrivants eux-mêmes, et d’autres encore, afin de développer des idées fondées sur des preuves qui peuvent façonner des politiques efficaces en matière de travailleurs étrangers.
  • IRCC et ESDC doivent également garder à l’esprit que l’accès aux talents est essentiel pour attirer les investissements au Canada. Les multinationales, en particulier, hésitent à faire des investissements importants si elles considèrent que le paysage politique est incertain et si les règles et les fonctionnaires des frontières créent des obstacles à l’entrée en douceur et en temps voulu de la main-d’œuvre nécessaire à l’expansion de l’entreprise. Par conséquent, la clé d’une réforme réussie est de trouver un équilibre entre la préservation de l’intégrité de nos politiques en matière de permis de travail et l’absence d’effet dissuasif sur les investissements commerciaux dont le Canada dépend pour maintenir son niveau de vie élevé.
  • Veiller à ce qu’une approche unique ne soit pas utilisée afin d’éviter de pénaliser les secteurs et les employeurs qui ont un besoin avéré de travailleurs supplémentaires et qui ont la réputation de respecter les règles d’IRCC et d’ESDC.
  • Identifier les moyens de renforcer les protections et les recours pour les travailleurs étrangers vulnérables à l’exploitation par des employeurs sans scrupules. Cela peut se faire, par exemple, en accélérant le traitement des demandes d’asile. les demandes d’autorisation de travail ouvertes les demandes de permis de travail ouvertes déposées par des travailleurs vulnérables.
  • Renforcer l’intégrité du programme des étudiants étrangers en revenant à la politique selon laquelle le travail hors campus n’est autorisé qu’à temps partiel pendant les cours.
  • Poursuivre les efforts visant à accélérer le traitement des permis de travail pour les employeurs de confiance qui sont en règle avec le gouvernement et qui ont fait des investissements importants dans l’économie canadienne, mais qui continuent à souffrir d’une véritable pénurie de main-d’œuvre. La politique du gouvernement canadien en matière de Stratégie mondiale en matière de compétences est largement considéré comme un succès et c’est un modèle qui peut être reproduit pour d’autres secteurs et professions. Bien que le nouveau Projet pilote pour les employeurs reconnus est bienvenu, ses critères d’éligibilité restrictifs limitent son potentiel de soutien à la croissance économique du Canada.
  • Étudier les moyens d’introduire davantage de contrôles et de contrepoids pour prévenir les abus du PTET, par exemple en réexaminant chaque année le pourcentage de travailleurs employés par secteur et par région dans le cadre du PTET.

L’ACAI accueille favorablement l’examen par le gouvernement fédéral de ses politiques relatives aux travailleurs étrangers et croit qu’il est possible d’atteindre un équilibre en matière d’intégrité sans miner les intérêts économiques du Canada. De larges consultations avec des experts tels que des économistes et d’autres parties prenantes peuvent permettre au gouvernement fédéral de trouver cet équilibre.

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