Rédigé par Marina L. Sedai, avocate principale en droit de l’immigration et directrice de Sedai Immigration Law Corporation.
Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté déclare chaque année le mois de mars “Mois de la prévention de la fraude”. Il met en garde le public contre les prédateurs de l’immigration, mais comment le public peut-il le faire ?
Cet article fournit une liste non exhaustive de signaux d’alerte et de mesures de protection que l’on peut prendre pour se protéger des prédateurs ainsi que des personnes qui ne cherchent pas à frauder consciemment mais qui se livrent à des pratiques douteuses ou incompétentes.
- Garantie d’un résultat positif ou d’un traitement plus rapide. Les fonctionnaires, les tribunaux et les cours sont des décideurs indépendants qui ne sont pas influencés par d’autres parties. Les prédateurs garantissent souvent que le décideur donnera un résultat positif ou le fera à une vitesse exceptionnelle. Au contraire, les avocats éthiques et compétents expliquent les chances de succès en fonction des forces et des faiblesses de l’affaire.
- Les non-avocats déclarent qu’ils sont avocats. Si un représentant affirme être un avocat mais qu’il n’est pas inscrit au barreau de sa province ou de son territoire, il n’est pas un avocat canadien et est probablement un prédateur. [La plupart des provinces et des territoires ont une liste d’avocats sur leur site web . Les ordres professionnels de juristes ont rendu de nombreuses ordonnances interdisant aux non-juristes de se faire appeler avocats. [2]
- Les non-avocats laissent entendre qu’ils sont avocats. Si un représentant n’indique pas expressément qu’il n’est pas avocat, mais que le libellé de son site web, sa catégorie de publicité ou d’autres termes vagues peuvent induire le public en erreur quant à ses qualifications, demandez-vous s’il ne s’agit pas d’un prédateur.
- “J’en sais plus qu’un avocat” est une affirmation courante chez les prédateurs qui ne veulent pas perdre leur proie face à des avocats canadiens compétents et respectueux de l’éthique en matière d’immigration.
- Dissuadez-vous de demander un deuxième avis. Quelques centaines d’euros pour obtenir un deuxième ou un troisième avis pourraient vous éviter un désastre en matière d’immigration et/ou des dépenses de plusieurs milliers d’euros et vous alerter sur le fait que la première personne avec laquelle vous vous êtes entretenu pourrait être un prédateur.
- Pousser à participer à votre consultation avec un avocat. Le représentant de votre demande refusée insiste pour assister à votre consultation avec un avocat afin d’obtenir un deuxième avis ou des conseils sur un appel ou un contrôle judiciaire. Vous et l’avocat devez refuser, car si ce représentant a commis une faute dans le cadre de votre demande refusée ou s’il semble être un prédateur, vous devez être libre d’en discuter.
- Frais illégaux facturés aux travailleurs étrangers. Les prédateurs facturent souvent leurs clients travailleurs étrangers pour leur trouver un emploi[3] et pour les frais et coûts associés à la demande de l’employeur, tels que les évaluations de l’impact sur le marché du travail ou l’offre d’emploi en ligne pour les permis de travail exemptés de l’EIMT[4].
- Conflits d’intérêts. Un prédateur peut se trouver en situation de conflit d’intérêts, c’est-à-dire que son jugement ou ses actions sont influencés par son intérêt personnel ou par les intérêts d’un client au détriment de ceux d’un autre.
- Intérêt concurrent légal mais discutable. Les avocats canadiens spécialisés dans l’immigration considèrent généralement comme une pratique douteuse le fait d’agir en tant que représentant dans le cadre d’une demande de permis d’études et de recevoir une commission pour l’orientation d’un étudiant étranger vers un établissement d’enseignement.
- Des honoraires exorbitants. Ils sont plusieurs fois supérieurs à ceux demandés par des avocats compétents et expérimentés. Par exemple, des avocats signalent régulièrement qu’ils ont consulté des personnes à qui des non-avocats avaient facturé entre 30 000 et 130 000 dollars, voire plus, de frais juridiques pour des demandes de désignation de travailleurs qualifiés et des EIMT, alors qu’ils n’auraient facturé qu’une petite fraction des montants facturés par des non-avocats.
- Des frais exceptionnellement bas. À moins que le représentant juridique ne vous prenne comme client pro bono ou low bono, vous risquez de payer pour des services de moindre qualité. Il peut s’agir d’un signal indiquant que le personnel de soutien effectue tout le travail avec une supervision inadéquate et peu ou pas d’analyse et de contribution de la part du représentant.
- Facturation avant services rendus. Il est normal de verser des acomptes sur des comptes en fidéicommis. Toutefois, il est inacceptable de vous facturer des montants élevés avant que le travail ne soit effectué. Les services doivent d’abord être fournis en partie ou en totalité, puis les honoraires doivent vous être facturés en fonction de la quantité de travail effectuée. [5]
- Le représentant est inaccessible et vous n’avez affaire qu’à du personnel d’assistance ou à des “agents”[6] qui vous donnent des conseils juridiques (c’est-à-dire des conseils sur ce qu’il faut faire dans votre situation).
- Pas de contrat d’honoraires détaillé. La meilleure pratique consiste à établir un contrat d’honoraires ou de mission qui détaille les conditions de la relation entre l’avocat et son client ainsi que les coûts. Vous pouvez soumettre ce contrat à un autre avocat pour qu’il le révise et/ou vous y référer en cas de désaccord.
- Accord de non-divulgation. Certains prédateurs tenteront de vous priver de votre droit d’obtenir un autre avis juridique, de faire réviser votre accord avec le représentant ou de dénoncer des pratiques contraires à l’éthique ou des fraudes à la police, à l’organisme de réglementation du praticien ou au gouvernement.
- Fantômes. Il est illégal et contraire à l’éthique de refuser de s’identifier comme votre représentant ou votre conseiller dans votre demande présentée par vous-même. Si vous avez un représentant, vous devez joindre le formulaire IMM 5476 Recours aux services d’un représentant ; si vous avez un conseiller qui ne vous représente pas, il doit vous fournir des identificateurs précis à inclure dans la demande que vous présentez[7]. Si vous ne le faites pas, IRCC peut conclure à une fausse déclaration et vous interdire l’accès au Canada pendant cinq ans, comme dans l’affaire Brefo Canada , où IRCC a conclu qu’un demandeur avait fait une fausse déclaration en ayant recours à un représentant non autorisé et en ne l’ayant pas déclaré[8].
- Transparence du site web. L’identité du représentant est-elle claire ? Il ne s’agit pas d’un signal d’alarme absolu, car il peut y avoir une explication innocente. Toutefois, les prédateurs veillent souvent à ce qu’aucune information les concernant ne figure sur leur site web ou à ce qu’ils n’aient pas de site web.
- Vous ne savez pas ce que contient votre demande. Il est fréquent que les prédateurs ne vous donnent pas la possibilité d’examiner votre demande et de la commenter avant qu’elle ne soit soumise.
- Vous êtes privé de documents. Vous devez recevoir une copie parfaite de ce qui a été soumis et vous devez recevoir rapidement toutes les communications destinées au gouvernement ou émanant de celui-ci.
- Professionnalisme. a) courriels génériques (par exemple, gmail, hotmail, yahoo au lieu de leur propre nom de domaine professionnel), b) bureau, tenue vestimentaire et comportement non professionnels, et C) erreurs d’écriture : mauvaise grammaire, formatage, erreurs excessives dans les candidatures, et autres indicateurs d’un manque de soin et de conscience professionnelle.
[1] https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/montreal-campaign-fraudulent-immigration-lawyers-consultants-1.7115296
[2] Exemples : https://www.lawsociety.bc.ca/lsbc/apps/lkup/uap-detail.cfm?uap_order_alias_id=269
https://www.lawsociety.bc.ca/lsbc/apps/lkup/uap-detail.cfm?uap_order_alias_id=261
https://www.lawsociety.bc.ca/lsbc/apps/lkup/uap-detail.cfm?uap_order_alias_id=179
[3] https://www2.gov.bc.ca/gov/content/employment-business/employment-standards-advice/employment-standards/forms-resources/igm/esa-part-2-section-10
[4] Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (DORS/2002-227), article 209.2(1)(a)(ix-x).
https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/regulations/SOR-2002-227/section-209.2.html
[5] https://lso.ca/lawyers/practice-supports-and-resources/topics/managing-money/fees-and-disbursements/fees-and-disbursements
[6] https://cila.co/cila-draws-attention-to-unlicensed-consultants-offering-immigration-services-in-canada/
[7] https://www.thestar.com/news/canada/ghost-consultants-exploit-immigration-system-s-weaknesses/article_ad3b40a3-f0ed-5d32-923d-3ea4a49f8b7a.html
[8] Brefo c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2020 FC 815 (CanLII), https://canlii.ca/t/j91kj


