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Le contrôle judiciaire dans le droit canadien de l’immigration

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Écrit par Amit Vinayak, avocat, Barreau de l’Ontario, membre de l’ACAI

Le contrôle judiciaire est un mécanisme essentiel du droit canadien de l’immigration qui garantit que les décisions administratives sont conformes aux normes juridiques, à l’équité procédurale et aux principes constitutionnels. Il sert à contrôler le pouvoir exécutif, en permettant aux individus de contester devant la Cour fédérale les décisions prises par les autorités gouvernementales en matière d’immigration. Le droit canadien de l’immigration repose sur le principe du pouvoir discrétionnaire du ministre, mais le contrôle juridictionnel garantit que ce pouvoir est exercé de manière raisonnable et dans les limites de la loi. En examinant d’un œil critique les décisions en matière d’immigration, les tribunaux maintiennent la confiance du public dans les processus décisionnels tout en empêchant les décisions illégales, arbitraires ou déraisonnables.

En outre, le contrôle judiciaire constitue un mécanisme d’évolution juridique, qui façonne les interprétations de lois telles que la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) et affine les politiques par le biais de précédents judiciaires. Des affaires telles que Singh (1985 SCC), Khosa (2009 SCC) et Agraira (2013 SCC) illustrent la manière dont les tribunaux ont influencé la jurisprudence en matière d’immigration en renforçant les droits fondamentaux, le pouvoir discrétionnaire du ministre et les considérations d’équité. Alors que le contentieux de l’immigration continue de se développer, les tribunaux doivent trouver un équilibre délicat entre la protection des droits individuels et l’efficacité administrative. Bien que le contrôle judiciaire ne remplace pas la prise de décision administrative, il sert d’outil nécessaire à la responsabilisation, en garantissant que les agents d’immigration, les tribunaux et les ministres agissent dans les limites de leurs compétences légales.

Évolution historique du contrôle judiciaire au Canada

Le concept de contrôle juridictionnel dans le droit administratif canadien a subi d’importantes transformations, sous l’influence d’arrêts de principe et d’amendements législatifs. Vous trouverez ci-dessous une chronologie des principales évolutions :-

Avant 1970 : Un contrôle judiciaire limité

  • Les décisions en matière d’immigration étaient en grande partie non révisables en raison du large pouvoir discrétionnaire des ministres.
  • Les tribunaux hésitent à intervenir dans les affaires administratives à moins qu’il n’y ait des preuves évidentes d’une erreur juridictionnelle.

Années 1970-1980 : L’émergence d’un contrôle juridique

  • La loi sur l’immigration de 1976 a introduit des voies juridiques structurées, permettant aux individus de contester les mesures d’expulsion.
  • L’affaire Singh c. Ministre de l’emploi et de l’immigration, [1985] 1 RCS 177 a établi des protections constitutionnelles pour les demandeurs d’asile, reconnaissant leur droit à la justice fondamentale en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés (Singh SCC).

Années 1990-2000 : Renforcer l’équité procédurale

  • L’introduction de la loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (IRPA) (2001) a codifié les dispositions relatives au contrôle juridictionnel.
  • L’affaire Baker c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), [1999] 2 SCR 817, a créé un précédent en matière d’équité procédurale, en garantissant que les décisions administratives tiennent compte des considérations humanitaires (Baker SCC).

2019-Présent : Cadre de Vavilov et révision élargie

  • Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration) c. Vavilov, 2019 CSC 65 a établi une présomption de contrôle du caractère raisonnable pour les décisions administratives, remodelant le contrôle judiciaire des affaires d’immigration.
  • Mason c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 SCC 21 a précisé que les questions certifiées dans les affaires d’immigration ne justifient pas automatiquement une norme de correction, réaffirmant la déférence judiciaire à l’égard de l’expertise administrative (Mason SCC).

Analyse élargie des principes du contrôle juridictionnel

  1. Critères d’examen : Raisonnabilité ou exactitude

La Cour suprême du Canada a élaboré un cadre de contrôle à deux niveaux :

  • Examen du caractère raisonnable : Norme présumée à moins que la législation n’en décide autrement. La cour de révision évalue si la décision est logique, intelligible et si elle se situe dans une fourchette de résultats acceptables.
  • Contrôle de la régularité : Appliqué dans les affaires concernant des questions constitutionnelles, l’interprétation des lois ou des questions juridiques fondamentales. Les tribunaux déterminent directement la réponse juridique correcte sans faire preuve de déférence à l’égard de l’organe administratif.

Application en droit de l’immigration

  • Mason c. Canada (Citoyenneté et Immigration) : Renforcement du fait que le caractère raisonnable reste la norme par défaut pour les décisions en matière d’immigration.
  • Agraira c. Canada (Sécurité publique et Protection civile), [2013] 2 RCS 559 : Déférence démontrée à l’égard du pouvoir discrétionnaire du ministre dans les cas d’admissibilité.
  • Pepa c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 FCA 102 : Confirmation d’une interprétation raisonnable de l’article 63(2) de la LIPR, soulignant la réticence des tribunaux à substituer leurs propres décisions à celles des organes administratifs.

  1. Équité procédurale dans les décisions en matière d’immigration

L’équité procédurale garantit que les candidats à l’immigration sont dûment informés, qu’ils ont la possibilité de présenter leur dossier et que la prise de décision est impartiale. Les tribunaux interviennent si une décision manque de transparence, de justification ou de cohérence avec les principes juridiques établis.

Arrêts clés sur l’équité procédurale

  • Singh c. Ministre de l’emploi et de l’immigration, [1985] 1 RCS 177 : Établit les protections de la Charte pour les demandeurs d’asile.
  • Baker c. Canada (ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration) : Garantir l’équité procédurale dans les demandes humanitaires discrétionnaires.
  • Khosa c. Canada (Citoyenneté et Immigration), [2009] 1 SCR 339 : Affirmation de la déférence à l’égard de l’expertise administrative dans les recours en matière d’immigration.

Études de cas étendues sur le contrôle juridictionnel

  1. Singh c. Ministre de l’Emploi et de l’Immigration (1985)

  • Question : Déterminer si les demandeurs d’asile ont droit à une audition équitable.
  • Décision : La Cour suprême a statué que le refus d’une audition orale constituait une violation de la justice fondamentale en vertu de la Charte, ce qui a conduit à renforcer les garanties procédurales pour les demandeurs d’asile.
  1. Baker c. Canada (1999)

  • Question en suspens : Déterminer si un agent d’immigration a exercé son pouvoir discrétionnaire de manière équitable dans le cadre d’une demande pour raisons humanitaires.
  • Résultat : La Cour a identifié une crainte raisonnable de partialité, jugeant la décision déraisonnable et renforçant les lignes directrices en matière d’équité administrative.
  1. Mason c. Canada (2023)

  • Question : Interprétation des dispositions de la LIPR relatives à l’interdiction de territoire.
  • Résultat : La Cour suprême a invalidé l’interprétation du tribunal de l’immigration en raison de l’absence de lien avec la sécurité nationale, affinant ainsi les principes du contrôle du caractère raisonnable.
  1. Agraira c. Canada (2013)

  • Question : Prise de décision ministérielle dans les cas d’interdiction de territoire.
  • Résultat : La Cour a confirmé le pouvoir discrétionnaire du ministre, soulignant la déférence judiciaire dans les questions d’immigration liées à la sécurité.

Questions spécifiques au contrôle juridictionnel

Plusieurs questions récurrentes se posent dans le cadre des contrôles judiciaires en matière d’immigration :

Calendrier de dépôt des demandes de contrôle judiciaire et délais de procédure (mise à jour 2025)

Des changements récents, intervenus en mai 2025, ont prolongé les délais de dépôt des demandes de contrôle judiciaire en raison de l’engorgement de la Cour fédérale.

Stade Date limite Notes
Introduire une demande de contrôle judiciaire 60 jours (hors du Canada)

15 jours (recours des réfugiés)

IRPA s. 72(1)
Signification de la demande au défendeur 10 jours Règles de la Cour fédérale
Avis de comparution du défendeur 10 jours Mémoire en défense
Soumission du dossier de candidature Prolongé à 75 jours

(auparavant 30 jours)

Mise à jour de mai 2025
Affidavit du défendeur et arguments juridiques 30 jours Réponse du gouvernement
Audience de contrôle judiciaire Au cas par cas Pouvoir discrétionnaire de la Cour

Conclusion

Le contrôle judiciaire reste une pierre angulaire du droit canadien de l’immigration, garantissant la responsabilité administrative et l’équité. L’évolution de la norme de contrôle, associée à des développements jurisprudentiels clés, continue de façonner le contentieux de l’immigration. En équilibrant le contrôle judiciaire et le pouvoir discrétionnaire de l’administration, les tribunaux assurent la clarté juridique tout en défendant l’État de droit. En fin de compte, le contrôle judiciaire renforce l’État de droit, en garantissant que les procédures d’immigration restent justes, transparentes et juridiquement solides. Alors que les défis de l’immigration deviennent de plus en plus complexes en raison de l’évolution des politiques, des schémas migratoires mondiaux et des normes en matière de droits de l’homme, le contrôle juridictionnel continuera d’être un pilier du droit administratif canadien, garantissant des résultats équitables pour les personnes cherchant un statut, une protection ou une résidence au Canada.

Législation et publications gouvernementales

Le Canada. Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, SC 2001, c. 27. Gouvernement du Canada, 2001. https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/I-2.5/.

Canada. Règles de la Cour fédérale en matière de citoyenneté, d’immigration et de protection des réfugiés, SOR/93-22. Gouvernement du Canada, 1993. https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/regulations/SOR-93-22/FullText.html

Gouvernement du Canada. Processus de contrôle judiciaire de la Cour fédérale. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 2025. https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/refugees/protection/refusal-options/federal-court-review.html.

Affaires de la Cour suprême du Canada

Canada (ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration) c. Vavilov, 2019 SCC 65, [2019] 4 SCR 653. Cour suprême du Canada, 2019. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/2019/2019scc65/2019scc65.html.

Mason c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 SCC 21, [2023] 2 SCR 101. Cour suprême du Canada, 2023. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/2023/2023scc21/2023scc21.html.

Singh c. Ministre de l’Emploi et de l’Immigration, [1985] 1 SCR 177. Cour suprême du Canada, 1985. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/1985/1985canlii65/1985canlii65.html.

Baker c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), [1999] 2 SCR 817. Cour suprême du Canada, 1999. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/1999/1999canlii699/1999canlii699.html.

Canada (Citoyenneté et Immigration) c. Khosa, [2009] 1 SCR 339, 2009 SCC 12. Cour suprême du Canada, 2009. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/2009/2009scc12/2009scc12.html

Agraira c. Canada (Sécurité publique et protection civile), [2013] 2 RCS 559, 2013 CSC 36. Cour suprême du Canada, 2013. https://www.canlii.org/en/ca/scc/doc/2013/2013scc36/2013scc36.html.

Canada (Citoyenneté et Immigration) c. Mason, 2021 FCA 156. Cour d’appel fédérale, 2021. https://www.canlii.org/en/ca/fca/doc/2021/2021fca156/2021fca156.html

Pepa c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 FCA 102. Cour d’appel fédérale, 2023. https://www.canlii.org/en/ca/fca/doc/2023/2023fca102/2023fca102.html.

CIC News. “Le Canada prolonge la période d’examen judiciaire des demandes d’immigration. Canada Immigration News, mai 2025. https://www.cicnews.com/2025/05/canada-extends-application-window-for-judicial-review-of-immigration-applications-0555480.html.

Immigration News Canada. “Le Canada prolonge de 45 jours la période de contrôle judiciaire en matière d’immigration. Immigration News Canada, mai 2025. https://immigrationnewscanada.ca/canada-judicial-review-for-immigration/

Clause de non-responsabilité

Cet article est destiné à des fins d’information et d’éducation uniquement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne doit pas se substituer à un conseil juridique professionnel. Bien que des efforts aient été faits pour garantir l’exactitude des informations, les lois sur l’immigration, les politiques et les interprétations judiciaires évoluent au fil du temps. Les lecteurs sont encouragés à consulter des avocats qualifiés en matière d’immigration ou des sources juridiques officielles pour obtenir des conseils spécifiques concernant leur cas. Les références et la jurisprudence citées sont basées sur des informations accessibles au public et ne représentent pas une approbation ou une interprétation juridique officielle de la part d’une autorité gouvernementale.

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