Cet article a été rédigé par Maryam Markaryan, candidate au doctorat en droit, Windsor Law.
Dans le monde délicat du droit de l’immigration au Canada, la compréhension des différentes cultures n’est pas seulement une compétence indispensable pour le travail ; elle est essentielle pour faire ce qu’il faut. Il ne s’agit pas seulement de savoir que les gens viennent d’horizons différents. Pour comprendre les défis et les expériences uniques auxquels les gens sont confrontés, il est essentiel d’approfondir les raisons sous-jacentes. L’affaire Essa c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2011 FC 1493 (CanLII) montre à quel point il est important d’être culturellement conscient des questions d’immigration et de l’impact que cela peut avoir sur la vie réelle.
Essa, un Jordanien, s’est retrouvé pris dans les mailles du système d’immigration canadien, non pas par sa faute, mais à cause d’un manque systémique de compréhension culturelle. Après avoir obtenu le statut de résident permanent en tant que personne à charge de ses parents, Essa a vu sa vie basculer lorsque son père a manqué à ses obligations de résidence, ce qui a entraîné la perte de son propre statut au Canada. La situation a pris une tournure encore plus grave lorsque Essa a déposé une demande de statut de réfugié, cherchant à obtenir une protection en raison de son homosexualité, un aspect profondément personnel et sensible de son identité. Essa, qui n’est lié à aucune communauté LGBTQ, a été considéré à tort par l’agent d’immigration comme mentant sur son orientation sexuelle. L’agent n’a pas compris que dans les cultures orientales, il est souvent tabou de parler ouvertement de ce genre de choses. Ce malentendu l’a amené à penser qu’Essa n’était pas sincère, ce qui a entraîné le rejet de sa demande.
À un moment crucial, il est apparu clairement qu’il y avait une grande lacune dans les compétences culturelles au cours de la procédure d’immigration. La demande d’Essa a été examinée d’un point de vue essentiellement occidental. Cela a conduit à des hypothèses et des jugements erronés sur son identité sexuelle, tous fondés sur des normes occidentales. Parce qu’ils ne comprenaient pas sa culture et ne faisaient pas preuve de beaucoup d’empathie, ils ont fini par rejeter sa demande et par émettre un ordre d’expulsion. La représentation juridique du demandeur a habilement contesté la décision d’expulsion, en faisant appel à la Cour d’appel. Reconnaissant les complexités culturelles en jeu, la Cour a statué en faveur d’Essa et lui a accordé le statut de réfugié.
On ne saurait trop insister sur l’importance de soulever la question de la compétence culturelle dans les contextes administratifs, en particulier dans les procédures d’immigration. Tout d’abord, cela garantit des décisions justes et équitables en évitant les malentendus qui peuvent avoir des conséquences sur la vie des demandeurs. Elle met en évidence la nécessité de la diversité parmi les décideurs, ce qui permet une évaluation plus complète et plus empathique de la situation d’un demandeur à partir de multiples perspectives culturelles. En outre, il encourage le respect des expériences et des milieux divers des demandeurs, favorisant ainsi un processus d’immigration plus inclusif et plus équitable.
En réfléchissant à cette affaire, on se rend compte à quel point la compétence culturelle est cruciale. Il ne s’agit pas seulement d’un avantage, mais d’un élément essentiel pour un système d’immigration juste et équitable. Cette situation pousse les avocats et les agents d’immigration à dépasser leurs propres opinions et préjugés, ouvrant ainsi les yeux de chaque partie sur la riche diversité de la vie des gens. Si les professionnels continuent à travailler dans le domaine de l’immigration, que ce soit en tant que défenseurs, praticiens ou décideurs politiques, ils doivent veiller à ce que la compréhension des différentes cultures soit au cœur de leur travail. Cela permettra d’éviter les malentendus et les traitements injustes, certes, mais surtout d’approfondir leur lien avec tous ceux qui viennent au Canada pour prendre un nouveau départ.
L’ajout de ce type de connaissances n’aide pas seulement les agents d’immigration à être plus justes ; il enrichit leur travail et aide encore plus les demandeurs qui essaient de les aider. Le cas d’Essa n’est pas seulement celui d’une personne qui gagne contre toute attente, c’est un signal clair que la prise en compte des différences culturelles devrait être un élément clé dans la manière dont les lois sur l’immigration sont élaborées. Elle nous rappelle à quel point la compréhension et la valorisation des différentes cultures peuvent être utiles lorsque l’on traite de questions complexes liées à l’immigration.
En conclusion, il est impératif que les professionnels de l’immigration veillent à ce que la compétence culturelle devienne la pierre angulaire de leur pratique à mesure qu’ils progressent dans leur rôle de défenseurs, de praticiens et de décideurs dans le paysage de l’immigration au Canada. Cela est essentiel non seulement pour prévenir les malentendus et les injustices, mais aussi comme principe directeur pour enrichir leur compréhension et leur traitement de toutes les personnes à la recherche d’une nouvelle vie dans un nouveau pays.


