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Programme canadien de visas pour jeunes entreprises : L’innovation minée par les défaillances bureaucratiques

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Auteur : Pantea Jafari, Avocat en chef, Jafari Law.

Conçu pour être une voie d’accès internationalement convoitée pour les entrepreneurs mondiaux afin de contribuer à l’économie de l’innovation du Canada en combinant l’immigration et l’innovation, le programme de visa de démarrage (VDU) est maintenant en proie à de longs retards, à des refus arbitraires et à des inefficacités systémiques qui menacent son objectif même. Les demandeurs et leurs représentants légaux tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme quant aux graves défaillances procédurales et structurelles du programme. Cet article présente les problèmes les plus urgents, explique les efforts juridiques déployés pour les contester et invite les parties concernées à faire part de leur expérience dans le cadre de la recherche d’une responsabilité et d’une réforme.

Des délais de traitement intenables et des priorités injustes

Le délai de traitement annoncé par IRCC pour les demandes de VUS est actuellement de 40 mois. Pourtant, les communications internes entre les agents d’IRCC confirment qu’ils savent que cette estimation est fausse – en septembre 2024, l’inventaire des demandes de VUS dépassait 44 000 dossiers, ce qui, d’après les calculs de Steven Meurren, pourrait entraîner des délais de traitement de plus de 11 ans sur la base des objectifs actuels. Le programme continuant à recevoir des dossiers sans relâche et compte tenu de l’annonce récente d’accorder la priorité aux demandes émanant de certains organismes désignés (OD) et de certains secteurs, le temps d’attente pourrait encore s’allonger.

Les start-ups, par nature, ne peuvent pas fonctionner dans ce type d’incertitude. Les plans d’affaires deviennent obsolètes, les membres de l’équipe déménagent ou perdent leur statut, et les opportunités disparaissent. Un retard de cette ampleur rend le programme pratiquement inutile pour l’objectif qu’il s’est fixé, à savoir la contribution économique et l’innovation.

Refus fondés sur des motifs erronés ou techniques

Récemment, de nombreux demandeurs ont été confrontés à des rejets inattendus pour des raisons qui semblent déconnectées du bien-fondé de leur demande, et sur des questions qui n’ont jamais été considérées comme déterminantes dans le passé. Parmi les motifs les plus courants, citons

  • Confirmation manquante du certificat d’engagement (CC)
    IRCC refuse des demandes au motif que le certificat d’engagement des OD n’a pas été “reçu”, apparemment en raison de problèmes techniques liés à la messagerie électronique désignée qui n’a pas envoyé de réponse automatique pendant une courte période. Même lorsque les demandeurs ont la preuve de la soumission ou que les OD ont affirmé l’avoir envoyée, l’absence de réponse automatique est considérée comme un problème fatal.
  • Erreurs administratives commises par les DO dans les clauses contractuelles

Certains demandeurs sont refusés parce que les OD ont inclus par inadvertance dans leurs accords une clause de paiement standard, héritée de leurs clients non immigrés. Bien que les OD aient reconnu et rectifié cette erreur de manière proactive, et bien que leurs explications aient été acceptées et aient conduit à l’approbation même des membres de l’équipe, ils sont traités comme des fatalités dans certains cas.

  • Les révisions des lettres de soutien ne sont plus acceptées

Les équipes de démarrage doivent souvent modifier leur composition au cours de la longue procédure de demande. Alors que les changements dans la composition de l’équipe fondatrice, y compris les changements dans la désignation des candidats essentiels, ont été régulièrement acceptés tout au long de l’histoire du programme, IRCC “verrouille” soudainement les lettres de soutien initiales et refuse des candidats sur la base du refus ou du retrait des candidats initialement désignés comme essentiels.

  • Refus de prendre en compte les facteurs humanitaires

La nature rapide et fluide des entreprises commerciales novatrices entraîne de nombreux changements de circonstances et de membres de l’équipe. Lorsque les demandeurs demandent que soient pris en compte les facteurs humanitaires et les difficultés découlant de ces changements, y compris les effets préjudiciables pour les Canadiens, les agents entravent leur pouvoir discrétionnaire de les prendre en considération. Ils considèrent que la directive d’IRCC de refuser les demandes basées sur le résultat des demandeurs essentiels nie leur autorité en vertu de l’article 25(1) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.

Efforts juridiques pour s’attaquer à ces problèmes systémiques

La tendance à la surcharge de l’inventaire et aux refus apparemment fabriqués n’est pas sans précédent. Dans l’affaire Tafreshi v. MCI (2022 FC 1089), la Cour fédérale a estimé qu’IRCC avait pris une “décision délibérée et calculée” de modifier la procédure et la norme d’évaluation des demandes des travailleurs indépendants sans en avertir les demandeurs – une décision qu’elle a jugée contraire à leurs attentes légitimes et qui a invalidé tous les refus découlant de ces décisions.

S’inspirant de ce précédent, notre cabinet mène deux actions en justice collectives pour résoudre les problèmes de gestion des stocks dans le cadre du programme SUV. Le premier concerne l’assaut des refus de VUS non acceptés ces derniers temps, et le second concerne l’augmentation de plus en plus inacceptable mais attendue des délais de traitement.

S’il n’est pas contrôlé, le dysfonctionnement du programme SUV pourrait éroder la confiance mondiale dans le système d’immigration du Canada et décourager le type même d’entrepreneur que le pays cherche à attirer. Des réformes systémiques, et non des refus systémiques, sont nécessaires.

L’innovation doit être accueillie par des opportunités, et non par un mur bureaucratique.

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