{"id":15720,"date":"2026-03-24T08:00:30","date_gmt":"2026-03-24T12:00:30","guid":{"rendered":"https:\/\/cila.co\/le-canada-devrait-retablir-la-residence-de-fait-apres-10-ans\/"},"modified":"2026-05-24T14:51:27","modified_gmt":"2026-05-24T18:51:27","slug":"le-canada-devrait-retablir-la-residence-de-fait-apres-10-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cila.co\/fr\/le-canada-devrait-retablir-la-residence-de-fait-apres-10-ans\/?lang=fr","title":{"rendered":"Le Canada devrait r\u00e9tablir la r\u00e9sidence de fait apr\u00e8s 10 ans"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9 par Andy J. Semotiuk, avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&#8217;immigration am\u00e9ricaine et canadienne au sein du cabinet Pace Law Firm \u00e0 Toronto.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p data-olk-copy-source=\"MessageBody\">Le Canada s&#8217;enorgueillit d&#8217;\u00eatre un pays de lois, mais aussi un pays d&#8217;\u00e9quit\u00e9. Pourtant, aujourd&#8217;hui, des milliers de personnes vivent dans une contradiction silencieuse entre ces deux id\u00e9aux. Elles travaillent, paient des imp\u00f4ts, \u00e9l\u00e8vent des familles et construisent des communaut\u00e9s ici pendant une d\u00e9cennie ou plus, mais restent l\u00e9galement temporaires, ou pire, invisibles. Ils sont, dans tous les sens du terme, d\u00e9j\u00e0 Canadiens. La loi ne les a tout simplement pas rattrap\u00e9s.    <\/p>\n<p data-olk-copy-source=\"MessageBody\"><!--more--><\/p>\n<p>Il est temps que le Canada r\u00e9tablisse une version moderne de la politique de r\u00e9sidence de facto : une voie claire et l\u00e9gale vers la r\u00e9sidence permanente pour les personnes qui ont v\u00e9cu au Canada pendant dix ans ou plus, quel que soit leur statut d&#8217;immigration actuel.<\/p>\n<p>Commencez par une r\u00e9alit\u00e9 simple et humaine. Imaginez une personne arriv\u00e9e au Canada dans la vingtaine. Elle a travaill\u00e9, parfois avec un permis, parfois sans. Ils ont pay\u00e9 un loyer, puis achet\u00e9 une maison. Leurs enfants fr\u00e9quentent des \u00e9coles canadiennes. Ils d\u00e9clarent leurs imp\u00f4ts. Ils font du b\u00e9n\u00e9volat. Ils d\u00e9blayent la neige pour leurs voisins. Dix ans plus tard, leur vie est ici, enti\u00e8rement.        <\/p>\n<p>Pourtant, d&#8217;un point de vue juridique, leur pr\u00e9sence reste &#8220;temporaire&#8221;.<\/p>\n<p>\u00c0 un moment donn\u00e9, la distinction devient artificielle. Au bout d&#8217;une d\u00e9cennie, nous n&#8217;avons plus affaire \u00e0 un visiteur, ni m\u00eame \u00e0 un travailleur, mais \u00e0 un r\u00e9sident de fait. La loi devrait reconna\u00eetre cette r\u00e9alit\u00e9, et non la nier.  <\/p>\n<p>Le Canada l&#8217;a compris \u00e0 une \u00e9poque. Les cadres d&#8217;immigration ant\u00e9rieurs reconnaissaient la &#8220;r\u00e9sidence ordinaire&#8221; ou l&#8217;\u00e9tablissement comme quelque chose qui pouvait, avec le temps, se cristalliser en un statut l\u00e9gal. Cette sagesse pratique s&#8217;est estomp\u00e9e, remplac\u00e9e par des cat\u00e9gories rigides et des m\u00e9canismes de secours discr\u00e9tionnaires qui sont lents, incoh\u00e9rents et souvent arbitraires.  <\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00e9quivalent le plus proche &#8211; les demandes humanitaires &#8211; fonctionne davantage comme une loterie que comme une r\u00e8gle. Les d\u00e9cisions peuvent prendre des ann\u00e9es, les r\u00e9sultats sont impr\u00e9visibles et des personnes dans la m\u00eame situation re\u00e7oivent des r\u00e9sultats diff\u00e9rents. Ce n&#8217;est pas un syst\u00e8me fond\u00e9 sur l&#8217;\u00e9quit\u00e9 ou la transparence.  <\/p>\n<p>Une disposition relative \u00e0 la r\u00e9sidence de fait permettrait de rem\u00e9dier \u00e0 cette situation.<\/p>\n<p>Dans le cadre d&#8217;une telle politique, l&#8217;\u00e9ligibilit\u00e9 pourrait \u00eatre simple et objective : preuve d&#8217;une pr\u00e9sence physique continue au Canada pendant dix ans, casier judiciaire vierge et preuve d&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique et sociale (d\u00e9clarations fiscales, emploi ou liens familiaux). Si vous r\u00e9pondez aux crit\u00e8res, vous obtiendrez la r\u00e9sidence permanente. Ce n&#8217;est pas une question de discr\u00e9tion, c&#8217;est une question de loi.  <\/p>\n<p>Les arguments en faveur du projet sont convaincants.<\/p>\n<p>Tout d&#8217;abord, l&#8217;\u00e9quit\u00e9. Les critiques soutiennent souvent que la r\u00e9sidence permanente devrait \u00eatre bas\u00e9e sur le m\u00e9rite &#8211; \u00e9ducation, comp\u00e9tences linguistiques ou potentiel \u00e9conomique. Mais cela ne tient pas compte d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 simple : le temps lui-m\u00eame est une forme de m\u00e9rite. Dix ans de pr\u00e9sence l\u00e9gale ou tol\u00e9r\u00e9e, de contribution et d&#8217;engagement communautaire ne sont pas n\u00e9gligeables &#8211; c&#8217;est une preuve d&#8217;engagement. Si une personne a v\u00e9cu et contribu\u00e9 au Canada pendant une d\u00e9cennie, elle a d\u00e9montr\u00e9, dans la pratique, ce que les programmes d&#8217;immigration tentent de pr\u00e9dire sur le papier.    <\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l&#8217;int\u00e9gration. Les personnes qui sont ici depuis dix ans ne sont pas des \u00e9trangers qui attendent de s&#8217;int\u00e9grer &#8211; elles sont d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9es. Ils sont, en fait, des &#8220;Canadiens de facto&#8221;. Leur refuser le statut ne pr\u00e9serve pas l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du syst\u00e8me, mais le sape en maintenant une cat\u00e9gorie de personnes qui en font partie \u00e0 tous \u00e9gards, sauf sur le plan juridique.   <\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le sens \u00e9conomique. Les r\u00e9sidents de longue dur\u00e9e comblent des lacunes r\u00e9elles sur le march\u00e9 du travail canadien &#8211; soins, construction, agriculture, commerce de d\u00e9tail &#8211; dans des secteurs o\u00f9 les p\u00e9nuries sont persistantes. Nombre d&#8217;entre eux paient d\u00e9j\u00e0 des imp\u00f4ts, de mani\u00e8re formelle ou informelle. La r\u00e9gularisation de leur statut augmenterait la conformit\u00e9, accro\u00eetrait les recettes fiscales et permettrait aux individus de participer pleinement \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie &#8211; en investissant, en cr\u00e9ant des entreprises et en am\u00e9liorant leurs comp\u00e9tences sans crainte.   <\/p>\n<p>L&#8217;expulsion de ces personnes n&#8217;est pas seulement co\u00fbteuse, elle est aussi \u00e9conomiquement irrationnelle. Elle met au rebut des ann\u00e9es de capital humain d\u00e9j\u00e0 ancr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. <\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, l&#8217;efficacit\u00e9 administrative. Le Canada consacre actuellement des ressources consid\u00e9rables \u00e0 la gestion des permis temporaires, des prolongations, des mesures d&#8217;ex\u00e9cution et des demandes discr\u00e9tionnaires. Une voie d&#8217;acc\u00e8s de facto claire et fond\u00e9e sur des r\u00e8gles permettrait de r\u00e9duire les retards, d&#8217;all\u00e9ger le fardeau des agents d&#8217;immigration et de rendre le syst\u00e8me plus pr\u00e9visible.  <\/p>\n<p>Cinqui\u00e8mement, et c&#8217;est peut-\u00eatre le plus important, la s\u00e9curit\u00e9 publique et l&#8217;\u00c9tat de droit. Garder les gens dans l&#8217;ombre ne rend pas un pays plus s\u00fbr. C&#8217;est m\u00eame le contraire. Les personnes sans statut sont plus vuln\u00e9rables \u00e0 l&#8217;exploitation, moins enclines \u00e0 signaler les crimes et plus facilement attir\u00e9es par les \u00e9conomies souterraines.   <\/p>\n<p>Faites-les entrer dans le syst\u00e8me juridique et la dynamique change du tout au tout.<\/p>\n<p>Avec un statut l\u00e9gal, les gens se conforment \u00e0 la loi. Ils signalent les abus. Ils coop\u00e8rent avec les autorit\u00e9s. Ils passent d&#8217;une \u00e9conomie mon\u00e9taire \u00e0 une \u00e9conomie r\u00e9glement\u00e9e. En bref, la r\u00e9gularisation renforce &#8211; et non affaiblit &#8211; l&#8217;\u00c9tat de droit. Elle remplace l&#8217;invisibilit\u00e9 par la responsabilit\u00e9.     <\/p>\n<p>Bien entendu, l&#8217;opposition ne tardera pas \u00e0 se manifester.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re objection concerne l&#8217;\u00e9quit\u00e9 envers ceux qui font la queue. Pourquoi une personne qui a respect\u00e9 les r\u00e8gles devrait-elle attendre des ann\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger alors qu&#8217;une autre obtiendrait son statut gr\u00e2ce au temps pass\u00e9 au Canada ? <\/p>\n<p>C&#8217;est une question l\u00e9gitime, mais elle repose sur une comparaison erron\u00e9e. Les r\u00e9sidents de longue dur\u00e9e ne &#8220;sautent pas la file d&#8217;attente&#8221;. Ils se trouvent d\u00e9j\u00e0 dans le pays, y contribuent d\u00e9j\u00e0 et y sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. Leur situation est fondamentalement diff\u00e9rente de celle d&#8217;un demandeur d&#8217;asile \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. La politique d&#8217;immigration a toujours fait la distinction entre ces cat\u00e9gories, et ce \u00e0 juste titre.    <\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, les critiques soutiendront qu&#8217;une telle politique sape le syst\u00e8me fond\u00e9 sur le m\u00e9rite. Mais une disposition de facto ne remplacerait pas les programmes existants ; elle les compl\u00e9terait. Le Canada continuerait \u00e0 s\u00e9lectionner les nouveaux immigrants en fonction de leurs comp\u00e9tences et de leurs besoins \u00e9conomiques. La voie d&#8217;acc\u00e8s de facto s&#8217;adresse simplement \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 distincte : les personnes qui sont d\u00e9j\u00e0 ici et qui ont prouv\u00e9 leur valeur au fil du temps.   <\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, des inqui\u00e9tudes se feront jour quant \u00e0 l&#8217;incitation au d\u00e9passement de la dur\u00e9e de s\u00e9jour ou \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e non autoris\u00e9e sur le territoire. Pourtant, un seuil de dix ans n&#8217;est pas une invitation, c&#8217;est un filtre. Peu de gens d\u00e9racineront leur vie dans l&#8217;espoir sp\u00e9culatif d&#8217;\u00eatre admis dix ans plus tard dans des conditions strictes. En outre, les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res du Canada sont aujourd&#8217;hui beaucoup plus stricts que dans les d\u00e9cennies pass\u00e9es. Le plus grand d\u00e9fi politique n&#8217;est pas l&#8217;entr\u00e9e incontr\u00f4l\u00e9e, mais la mani\u00e8re de traiter ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment ancr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9.    <\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, des pr\u00e9occupations concernant le march\u00e9 du travail seront soulev\u00e9es &#8211; la crainte que la r\u00e9gularisation ne fausse les programmes de travailleurs temporaires. En pratique, c&#8217;est le contraire qui est probable. Les employeurs seraient moins enclins \u00e0 recourir \u00e0 une main-d&#8217;\u0153uvre pr\u00e9caire et temporaire si les travailleurs avaient acc\u00e8s \u00e0 un statut stable. Cela am\u00e9liorerait les conditions de travail et r\u00e9duirait l&#8217;exploitation.   <\/p>\n<p>Enfin, il y a l&#8217;argument de la &#8220;pente glissante&#8221;, selon lequel l&#8217;octroi d&#8217;un statut \u00e0 un groupe entra\u00eenera des demandes de la part d&#8217;autres groupes. Mais la politique n&#8217;est pas \u00e9labor\u00e9e dans la crainte d&#8217;hypoth\u00e8ses. Elle est \u00e9labor\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 des conditions r\u00e9elles. Et cette situation est claire : une population importante de r\u00e9sidents de longue dur\u00e9e vivant dans un vide juridique.   <\/p>\n<p>Au fond, le d\u00e9bat se r\u00e9sume \u00e0 une question simple : la loi doit-elle refl\u00e9ter la r\u00e9alit\u00e9 ou l&#8217;ignorer ?<\/p>\n<p>La force du Canada a toujours \u00e9t\u00e9 son pragmatisme. Il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 un pays qui s&#8217;accroche rigidement \u00e0 des r\u00e8gles lorsque celles-ci ne servent plus l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Une politique de r\u00e9sidence de facto n&#8217;est pas radicale. Elle est pratique. Elle est humaine. Et elle est conforme aux traditions du Canada.     <\/p>\n<p>Apr\u00e8s dix ans, une personne n&#8217;est plus de passage. Elle fait partie du tissu social du pays. Reconna\u00eetre ce fait n&#8217;affaiblit pas le syst\u00e8me d&#8217;immigration &#8211; il le renforce en alignant la loi sur l&#8217;exp\u00e9rience v\u00e9cue.  <\/p>\n<p>Appelez cela comme vous voulez : r\u00e9gularisation, r\u00e9sidence m\u00e9rit\u00e9e ou statut de facto. Le principe est le m\u00eame : si une personne a construit sa vie au Canada pendant une d\u00e9cennie, la loi doit reconna\u00eetre cette vie. <\/p>\n<p>Toute autre solution n&#8217;est pas seulement inefficace. C&#8217;est injuste. <\/p>\n<p>Le Canada peut faire mieux. Et il l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 fait par le pass\u00e9. <\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nAndy J. Semotiuk est avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans les questions d&#8217;immigration aux \u00c9tats-Unis et au Canada au sein du <a href=\"https:\/\/pacelawfirm.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cabinet Pace Law Firm<\/a> \u00e0 Toronto. Ancien correspondant des Nations unies en poste \u00e0 New York, M. Semotiuk est conseiller principal du Centre pour la d\u00e9mocratie en Europe de l&#8217;Est et collaborateur de Forbes. Ancien membre du Tribunal Panel de la Commission canadienne des droits de l&#8217;homme, M. Semotiuk a \u00e9crit cinq livres et milite pour les droits de l&#8217;homme.  <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9 par Andy J. 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