{"id":15721,"date":"2026-04-22T10:00:50","date_gmt":"2026-04-22T14:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/cila.co\/le-systeme-dimmigration-canadien-perd-tranquillement-son-equilibre\/"},"modified":"2026-05-24T14:51:43","modified_gmt":"2026-05-24T18:51:43","slug":"le-systeme-dimmigration-canadien-perd-tranquillement-son-equilibre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cila.co\/fr\/le-systeme-dimmigration-canadien-perd-tranquillement-son-equilibre\/?lang=fr","title":{"rendered":"Le syst\u00e8me d&#8217;immigration canadien perd tranquillement son \u00e9quilibre"},"content":{"rendered":"<p><em>R\u00e9dig\u00e9 par Andy J. Semotiuk, avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&#8217;immigration am\u00e9ricaine et canadienne au sein du cabinet Pace Law Firm \u00e0 Toronto.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Une ing\u00e9nieure ukrainienne arrive au Canada en 2022 dans le cadre d&#8217;un programme d&#8217;urgence. Elle arrive \u00e0 Toronto avec ses enfants, tandis que son conjoint reste en Ukraine pour combattre sur le front. En quelques mois, elle trouve du travail, paie ses imp\u00f4ts, se familiarise avec le syst\u00e8me, inscrit ses enfants \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et se construit une vie. Trois ans plus tard, elle ne sait toujours pas si elle peut rester. Elle peut demander un autre visa de travail de trois ans, mais c&#8217;est comme si elle construisait sa vie sur des sables mouvants. Elle reste h\u00e9sitante et incertaine. Son fils a obtenu son dipl\u00f4me de fin d&#8217;\u00e9tudes secondaires avec d&#8217;excellentes notes, mais comme il est class\u00e9 comme &#8220;\u00e9tudiant international&#8221;, il ne peut pas payer les frais de scolarit\u00e9 exorbitants, qui sont deux \u00e0 trois fois plus \u00e9lev\u00e9s que ceux des \u00e9tudiants nationaux. Sa fille aimerait travailler tout en poursuivant ses \u00e9tudes<span style=\"text-decoration: line-through;\">,<\/span>       <span style=\"text-decoration: line-through;\"> <\/span>mais doit pour cela obtenir un permis de travail. La m\u00e8re ne sait pas ce que l&#8217;avenir lui r\u00e9serve, \u00e0 elle et \u00e0 sa famille. Elle retarde les d\u00e9cisions importantes, comme l&#8217;achat d&#8217;une maison ou la cr\u00e9ation de sa propre entreprise au Canada.  <\/p>\n<p>Son histoire n&#8217;a rien d&#8217;exceptionnel. C&#8217;est la contradiction silencieuse au c\u0153ur du syst\u00e8me d&#8217;immigration canadien. <\/p>\n<p>Depuis ses origines avec les Premi\u00e8res nations il y a des milliers d&#8217;ann\u00e9es jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e des explorateurs europ\u00e9ens, la fondation de colonies anglaises et fran\u00e7aises en Ontario et au Qu\u00e9bec, et l&#8217;arriv\u00e9e plus tardive de colons tels que les Allemands, les Ukrainiens, les Irlandais et les Italiens, le Canada a toujours \u00e9t\u00e9 un pays multiculturel. Cette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e en 1971 par la politique du Premier ministre Pierre Trudeau, qui a trouv\u00e9 un compromis prudent : l&#8217;anglais et le fran\u00e7ais comme deux langues officielles, sans hi\u00e9rarchie entre les cultures. Cette politique a \u00e9t\u00e9 officiellement annonc\u00e9e sous le nom de &#8220;Multiculturalisme dans le cadre du bilinguisme&#8221;. Elle vise \u00e0 garantir que le Canada ne deviendra jamais un pays o\u00f9 un groupe domine au d\u00e9triment des autres. La politique a \u00e9t\u00e9 garantie par la loi sur le multiculturalisme, puis inscrite \u00e0 l&#8217;article 27 de la Charte canadienne des droits et libert\u00e9s en 1982.    <\/p>\n<p>Au fil du temps, cependant, cet \u00e9quilibre a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;effriter. Les communaut\u00e9s francophones du Canada ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un soutien f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 l&#8217;immigration structur\u00e9 et cibl\u00e9, y compris de voies d&#8217;immigration sp\u00e9cifiques pour soutenir leur pr\u00e9sence d\u00e9mographique en dehors du Qu\u00e9bec. En termes de maintien de la langue, cette approche s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e judicieuse. Comme l&#8217;a fait remarquer la Commission royale d&#8217;enqu\u00eate sur le bilinguisme et le biculturalisme, &#8220;la langue est la cl\u00e9 de la culture. Sans la langue, une culture ne peut survivre. Il ne s&#8217;agit pas ici de s&#8217;opposer au bilinguisme officiel ou \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un enseignement de base. <strong><b>de base<\/b><\/strong> Il ne s&#8217;agit pas ici de s&#8217;opposer au bilinguisme officiel ou \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un anglais ou d&#8217;un fran\u00e7ais de base au Canada, \u00e9tant donn\u00e9 la politique de bilinguisme officiel. La question est de savoir comment la politique d&#8217;immigration est appliqu\u00e9e en tenant compte de la dimension multiculturelle.     <\/p>\n<p>Le fait est que les communaut\u00e9s ethnoculturelles non anglophones et non francophones ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d&#8217;un soutien suffisant, m\u00eame lorsque leur nombre le justifie. Dans de nombreuses r\u00e9gions, ces communaut\u00e9s sont de taille \u00e9gale, voire sup\u00e9rieure, aux populations francophones minoritaires, mais elles re\u00e7oivent beaucoup moins de reconnaissance ou de soutien de la part des institutions f\u00e9d\u00e9rales. L&#8217;\u00e9cart est le plus \u00e9vident dans les secteurs o\u00f9 la connaissance de la langue d&#8217;origine est essentielle \u00e0 la prestation de services efficaces, comme la prestation de soins, l&#8217;\u00e9ducation, les m\u00e9dias, la vie religieuse et les arts, en particulier la danse, le cin\u00e9ma, le th\u00e9\u00e2tre et la narration de contes. Si le Canada prend le multiculturalisme au s\u00e9rieux, les communaut\u00e9s ethnoculturelles de taille suffisante m\u00e9ritent un niveau d&#8217;attention et de soutien politique similaire \u00e0 celui accord\u00e9 aux minorit\u00e9s francophones hors Qu\u00e9bec. Au lieu de cela, en tant que contribuables, ces communaut\u00e9s ethnoculturelles minoritaires voient leurs efforts pour conserver leur langue et se d\u00e9velopper culturellement limit\u00e9s par un pays qui ne respecte pas l&#8217;engagement multiculturel qu&#8217;il a lui-m\u00eame pris.    <\/p>\n<p>Un probl\u00e8me similaire a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1991 et m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre pris en consid\u00e9ration dans la politique d&#8217;immigration canadienne.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, l&#8217;immigration am\u00e9ricaine s&#8217;est concentr\u00e9e dans une poign\u00e9e de pays sources \u00e0 fort volume, cr\u00e9ant un d\u00e9s\u00e9quilibre d\u00e9mographique \u00e9vident. Les flux importants en provenance de pays tels que l&#8217;Inde, la Chine, le Mexique et les Philippines ont de plus en plus domin\u00e9 l&#8217;immigration aux \u00c9tats-Unis. Pendant ce temps, les immigrants de nombreuses autres r\u00e9gions &#8211; telles que l&#8217;Irlande, la Pologne et les pays baltes en Europe, les Fidji, le N\u00e9pal et les pays de l&#8217;Est, Isra\u00ebl et la Jordanie au Moyen-Orient, ainsi qu&#8217;une grande partie de l&#8217;Afrique &#8211; \u00e9taient \u00e0 peine repr\u00e9sent\u00e9s. Les responsables politiques ont consid\u00e9r\u00e9 qu&#8217;il s&#8217;agissait l\u00e0 d&#8217;un r\u00e9tr\u00e9cissement de la diversit\u00e9 traditionnelle du pays et ont pris des mesures pour y rem\u00e9dier.   <\/p>\n<p>Le v\u00e9hicule l\u00e9gislatif a \u00e9t\u00e9 la loi sur l&#8217;immigration de 1990<strong><b>,<\/b><\/strong> sous la houlette de personnalit\u00e9s telles que le s\u00e9nateur Ted Kennedy et le repr\u00e9sentant Bruce Morrison. Tout d&#8217;abord, cette loi a fix\u00e9 un plafond de 7 % par pays pour tous les visas d&#8217;immigration fond\u00e9s sur la famille et l&#8217;emploi, une limite qui avait \u00e9t\u00e9 mise en \u0153uvre dans la l\u00e9gislation pr\u00e9c\u00e9dente sur l&#8217;immigration. Ce plafond est d\u00e9sormais inscrit dans la loi de 1990. En outre, la loi a int\u00e9gr\u00e9 la loterie de la carte verte de la diversit\u00e9 dans le programme plus large de la r\u00e9forme de l&#8217;immigration. D\u00e9sormais, 55 000 cartes vertes doivent \u00eatre attribu\u00e9es chaque ann\u00e9e \u00e0 des immigrants issus de pays sous-repr\u00e9sent\u00e9s afin d&#8217;\u00e9liminer les pr\u00e9jug\u00e9s identifi\u00e9s. L&#8217;objectif n&#8217;\u00e9tait pas d&#8217;augmenter l&#8217;immigration globale, mais d&#8217;en r\u00e9\u00e9quilibrer la composition, en r\u00e9tablissant un plus large \u00e9ventail d&#8217;origines nationales et en renfor\u00e7ant l&#8217;id\u00e9al am\u00e9ricain de longue date d&#8217;une diversit\u00e9 issue de nombreuses r\u00e9gions du monde. Le programme \u00e9tait un effort imparfait mais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 pour garantir que les pays plus petits et sous-repr\u00e9sent\u00e9s continuent \u00e0 faire partie du tissu national. Il demeure intact \u00e0 ce jour.       <\/p>\n<p>Le Canada n&#8217;a pas d&#8217;\u00e9quivalent. Il devrait l&#8217;\u00eatre. La n\u00e9gligence de l&#8217;h\u00e9ritage multiculturel du Canada dans la politique du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, qui s&#8217;apparente \u00e0 la partialit\u00e9 corrig\u00e9e en 1990 aux \u00c9tats-Unis, ne doit pas se poursuivre au Canada.  <\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, il existe un point aveugle encore plus flagrant. Il est cach\u00e9 \u00e0 la vue de tous et est devenu le point central de nombreuses discussions r\u00e9centes concernant la politique d&#8217;immigration du Canada. <\/p>\n<p>Le Canada est d\u00e9j\u00e0 rempli d&#8217;immigrants, mais il refuse de les reconna\u00eetre pleinement. Qui sont-ils ? <\/p>\n<p>Ils sont des contributeurs av\u00e9r\u00e9s. Ils sont ici en tant qu&#8217;\u00e9tudiants, travailleurs et r\u00e9sidents temporaires. Nombre d&#8217;entre eux vivent au Canada depuis des ann\u00e9es. Ils paient des imp\u00f4ts, comblent les p\u00e9nuries de main-d&#8217;\u0153uvre et construisent des communaut\u00e9s. Ce ne sont pas des candidats hypoth\u00e9tiques. D&#8217;ici 2025, on estime que jusqu&#8217;\u00e0 900 000 personnes auront v\u00e9cu au Canada pendant six ans ou plus et seront encore consid\u00e9r\u00e9es comme des r\u00e9sidents temporaires.     <\/p>\n<p>Le Canada continue de les \u00e9valuer en utilisant les m\u00eames crit\u00e8res que ceux appliqu\u00e9s aux demandeurs \u00e9trangers &#8211; notes scolaires, tests linguistiques et mod\u00e8les pr\u00e9dictifs biais\u00e9s en faveur de la s\u00e9lectivit\u00e9. Mais ces \u00e9tudiants, travailleurs et r\u00e9sidents temporaires ne sont plus des pr\u00e9dictions. Ils sont des r\u00e9sultats.  <\/p>\n<p>Le Canada consacre des ann\u00e9es \u00e0 \u00e9duquer, employer et int\u00e9grer des personnes, au risque de les perdre parce qu&#8217;elles ne correspondent pas parfaitement \u00e0 un syst\u00e8me de points con\u00e7u pour les candidats \u00e9trangers. En fait, le pays &#8220;loue&#8221; les talents qu&#8217;il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9s au lieu de les s\u00e9curiser. <\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas seulement inefficace. C&#8217;est irrationnel. <\/p>\n<p>Le co\u00fbt \u00e9conomique est \u00e9vident. Les employeurs perdent des travailleurs qualifi\u00e9s. Les communaut\u00e9s perdent leur stabilit\u00e9. Des personnes, comme l&#8217;ing\u00e9nieur ukrainien mentionn\u00e9 au d\u00e9but, retardent l&#8217;achat d&#8217;une maison, la cr\u00e9ation d&#8217;une entreprise ou l&#8217;\u00e9tablissement de racines parce que leur avenir est incertain. L&#8217;investissement du Canada dans l&#8217;\u00e9ducation post-secondaire des \u00e9tudiants \u00e9trangers, dans la formation des travailleurs \u00e9trangers et dans l&#8217;aide \u00e0 leur int\u00e9gration dans la vie canadienne est perdu lorsqu&#8217;ils sont forc\u00e9s de partir en vertu de nos lois sur l&#8217;immigration.    <\/p>\n<p>Mais il y a un co\u00fbt plus profond : la perte de cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me d&#8217;immigration qui n&#8217;est pas en mesure de reconna\u00eetre un succ\u00e8s lorsqu&#8217;il en voit un commence \u00e0 sembler arbitraire. Les syst\u00e8mes arbitraires n&#8217;inspirent pas confiance. <\/p>\n<p>La solution n&#8217;est pas compliqu\u00e9e. Elle n\u00e9cessite des r\u00e8gles qui refl\u00e8tent la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le Canada devrait \u00e9tablir une voie claire et automatique vers la r\u00e9sidence permanente pour les r\u00e9sidents temporaires de longue dur\u00e9e. Lorsqu&#8217;une personne a accompli deux cycles complets de permis de travail &#8211; ou deux cycles d&#8217;\u00e9tudes post-secondaires -, soit g\u00e9n\u00e9ralement six ans ou plus de r\u00e9sidence l\u00e9gale, d&#8217;emploi et de contributions fiscales, une voie d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9sidence permanente devrait s&#8217;ouvrir automatiquement, \u00e0 condition que la personne ait respect\u00e9 les lois canadiennes. <\/p>\n<p>\u00c0 un moment donn\u00e9, le temps investi au Canada doit compter. Un parcours clairement d\u00e9fini vers la r\u00e9sidence permanente pour ces personnes est un moyen de le d\u00e9montrer. <\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le Canada doit faire face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des personnes sans papiers qui vivent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. On estime qu&#8217;environ 500 000 d&#8217;entre eux vivent au Canada. La plupart ont d\u00e9pass\u00e9 la dur\u00e9e de validit\u00e9 de leur visa ; certains ont franchi la fronti\u00e8re canado-am\u00e9ricaine de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re ou sont entr\u00e9s en voiture, en bateau ou en avion. Nombre d&#8217;entre eux ont pass\u00e9 des ann\u00e9es, voire des d\u00e9cennies, \u00e0 travailler, \u00e0 apporter leur contribution et \u00e0 \u00e9lever leur famille dans l&#8217;ombre. Beaucoup viennent de pays qu&#8217;ils ont fui \u00e0 cause de la pauvret\u00e9, de la violence ou de la guerre, y compris l&#8217;Ukraine. Un syst\u00e8me rationnel ne peut ignorer ind\u00e9finiment cette r\u00e9alit\u00e9. Ces personnes vivent dans l&#8217;ombre et sont emp\u00each\u00e9es de construire des vies et des familles ordinaires. Elles sont vuln\u00e9rables aux criminels, aux gangsters et aux exploiteurs. Leur statut \u00e9rode le respect dont notre syst\u00e8me judiciaire devrait jouir.        <\/p>\n<p>Une r\u00e8gle d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration devrait s&#8217;appliquer : les personnes qui ont v\u00e9cu au Canada pendant une p\u00e9riode prolong\u00e9e d&#8217;environ une g\u00e9n\u00e9ration, qui ont fait preuve de bonnes m\u0153urs et qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 devraient se voir accorder une voie d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9sidence permanente. Pour compenser le fait qu&#8217;ils ont saut\u00e9 la file d&#8217;attente, ils devraient \u00eatre soumis \u00e0 une p\u00e9nalit\u00e9 financi\u00e8re et \u00e0 une p\u00e9riode de service communautaire obligatoire, comme aider les malades ou nettoyer leur ville natale, afin de pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 la r\u00e9sidence permanente. Sortir les gens de l&#8217;ombre renforce, et non affaiblit, l&#8217;\u00c9tat de droit.  <\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le Canada devrait abandonner son plafond rigide et largement arbitraire sur les admissions annuelles de r\u00e9sidents permanents, actuellement fix\u00e9 \u00e0 environ 385 000. Ce chiffre peut servir \u00e0 la planification administrative, mais il n&#8217;a gu\u00e8re de sens politique dans un pays qui accueille d\u00e9j\u00e0 des millions de r\u00e9sidents temporaires. Le plafond limite artificiellement la transition des personnes qui sont d\u00e9j\u00e0 ici, qui contribuent d\u00e9j\u00e0 et qui sont d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9es. La politique d&#8217;immigration devrait privil\u00e9gier les r\u00e9sultats, et non les quotas. Il n&#8217;y a gu\u00e8re de diff\u00e9rence substantielle entre une personne vivant au Canada avec un permis de travail temporaire et un r\u00e9sident permanent, hormis le statut temporaire du titulaire du permis de travail.    <\/p>\n<p>Entre-temps, de nombreuses \u00e9tudes ont montr\u00e9 que le Canada a besoin de plus d&#8217;immigrants. En fait, le Canada ne manque pas d&#8217;immigrants. Il lui manque un m\u00e9canisme de reconnaissance de ceux qu&#8217;il accueille d\u00e9j\u00e0.  <\/p>\n<p>Le cas de l&#8217;Ukraine illustre parfaitement ce point.<\/p>\n<p><strong><b>Les Ukrainiens au Canada : Une \u00e9tude de cas<\/b><\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience des Ukrainiens dans le cadre de l&#8217;autorisation de voyage d&#8217;urgence Canada-Ukraine (CUAET) illustre clairement le fonctionnement d&#8217;une approche fond\u00e9e sur le m\u00e9rite \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du pays. Depuis 2022, plus de 300 000 Ukrainiens sont arriv\u00e9s au Canada dans le cadre de ce programme, b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;un statut temporaire et d&#8217;un permis de travail ouvert, mais sans acc\u00e8s direct \u00e0 la r\u00e9sidence permanente. On estime que sur les 300 000 personnes qui sont arriv\u00e9es, moins de 175 000 conservent un statut temporaire avec un visa CUAET au Canada, en raison du programme d&#8217;unification familiale, de la qualification dans le cadre d&#8217;autres programmes existants, ou de retours en Europe ou m\u00eame en Ukraine.  <\/p>\n<p>Conform\u00e9ment aux ant\u00e9c\u00e9dents de l&#8217;\u00e9tablissement des Ukrainiens au Canada avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ces nouveaux arrivants ont affich\u00e9 des taux d&#8217;emploi \u00e9lev\u00e9s, un bon niveau d&#8217;\u00e9ducation, une int\u00e9gration rapide et une d\u00e9pendance minimale \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;aide publique. Nombre d&#8217;entre eux se sont install\u00e9s dans des r\u00e9gions qui b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;une croissance d\u00e9mographique et d&#8217;une participation de la main-d&#8217;\u0153uvre, soutenues par des r\u00e9seaux de diaspora bien \u00e9tablis. <\/p>\n<p>Les conditions qui les ont amen\u00e9s au Canada ne sont toujours pas r\u00e9solues. La guerre se poursuit, les infrastructures ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9es et la perspective d&#8217;un retour en toute s\u00e9curit\u00e9 est incertaine. Pour beaucoup, le retour n&#8217;est ni pratique ni rationnel. Ils ont construit leur vie, contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie et se sont int\u00e9gr\u00e9s socialement au Canada.   <\/p>\n<p>Ces circonstances donnent lieu \u00e0 des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes. On ne peut raisonnablement s&#8217;attendre \u00e0 ce que les personnes qui sont arriv\u00e9es dans le cadre de programmes d&#8217;urgence et qui se sont depuis construites une vie stable restent ind\u00e9finiment dans un statut temporaire. Leurs enfants ne peuvent pas \u00eatre laiss\u00e9s dans l&#8217;incertitude alors qu&#8217;ils luttent pour trouver un emploi et que leurs \u00e9tudes sont entrav\u00e9es par des frais de scolarit\u00e9 \u00e9lev\u00e9s. Le maintien de ces personnes dans un statut temporaire cr\u00e9era une instabilit\u00e9 inutile et minera la confiance dans le syst\u00e8me d&#8217;immigration du Canada.   <\/p>\n<p><u>Les Ukrainiens b\u00e9n\u00e9ficiant de CUAET ne cherchent pas \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un traitement pr\u00e9f\u00e9rentiel<\/u>. Ils d\u00e9montrent la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un changement de politique plus large au Canada. Ils remplissent tous les crit\u00e8res raisonnables pour obtenir la r\u00e9sidence permanente, y compris la pr\u00e9sence l\u00e9gale, la contribution soutenue, l&#8217;int\u00e9gration et les bonnes m\u0153urs.  <\/p>\n<p>Leur situation met en \u00e9vidence l&#8217;inefficacit\u00e9 d&#8217;un syst\u00e8me qui ne parvient pas \u00e0 convertir les contributeurs av\u00e9r\u00e9s en r\u00e9sidents permanents. En bref, les Ukrainiens titulaires d&#8217;un visa CUAET devraient \u00eatre le premier groupe admis par le Canada dans le cadre de cette vision r\u00e9vis\u00e9e du syst\u00e8me d&#8217;immigration du pays. Leur admission n&#8217;augmentera pas l&#8217;inqui\u00e9tude concernant la demande de logement, puisque la cohorte temporaire est probablement d\u00e9j\u00e0 log\u00e9e. Elle n&#8217;augmentera pas les co\u00fbts d&#8217;installation, car la plupart des r\u00e9sidents temporaires ont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pondu \u00e0 leurs besoins en mati\u00e8re d&#8217;installation. Une telle initiative r\u00e9pondra \u00e0 la pr\u00e9occupation du public selon laquelle le gouvernement a perdu le contr\u00f4le de son programme d&#8217;immigration en &#8220;nettoyant&#8221; certains r\u00e9sidents temporaires. Comme ils n&#8217;ajouteront pas de nouveaux r\u00e9sidents au Canada, cela apaisera les inqui\u00e9tudes concernant la croissance de la population. \u00c9tant donn\u00e9 que le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral est d\u00e9j\u00e0 en train de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9vision majeure du programme d&#8217;immigration \u00e9conomique d&#8217;IRCC, le moment est bien choisi pour ajouter cette question \u00e0 l&#8217;ordre du jour.      <\/p>\n<p>Le Canada n&#8217;a pas besoin de deviner quels immigrants r\u00e9ussiront. Il les conna\u00eet d\u00e9j\u00e0. <\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la question plus large de la diversit\u00e9 ne peut \u00eatre ignor\u00e9e. Un pays v\u00e9ritablement multiculturel ne peut pas compter uniquement sur des forces passives pour fa\u00e7onner sa population. Sans m\u00e9canisme correcteur, la diversit\u00e9 risque de se r\u00e9tr\u00e9cir au lieu de s&#8217;\u00e9largir au fil du temps.  <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9quilibre n&#8217;est pas le fruit du hasard. Il requiert de l&#8217;intentionnalit\u00e9. <\/p>\n<p>Le Canada l&#8217;a compris \u00e0 une \u00e9poque. La vision initiale du multiculturalisme n&#8217;\u00e9tait pas simplement symbolique &#8211; elle \u00e9tait cens\u00e9e guider les politiques. Au fil du temps, cependant, cette clart\u00e9 s&#8217;est estomp\u00e9e.  <\/p>\n<p>Ce qui reste, c&#8217;est un syst\u00e8me qui fonctionne, mais pas aussi bien qu&#8217;il le devrait, ni aussi \u00e9quitablement qu&#8217;il le pourrait.<\/p>\n<p>Le Canada n&#8217;a pas besoin de parcourir le monde pour trouver de meilleurs immigrants. Il doit reconna\u00eetre ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 ici et d\u00e9cider enfin s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;invit\u00e9s temporaires ou de futurs citoyens. <\/p>\n<p><em><i>Andy<\/i><\/em><em><i> <\/i><\/em><em><i>J.<\/i><\/em><em><i>  M. Semotiuk est un collaborateur de Forbes dont les articles ont \u00e9t\u00e9 lus par plus d&#8217;un million de personnes au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Auparavant, il a travaill\u00e9 comme correspondant des Nations unies \u00e0 New York, affili\u00e9 \u00e0 Southam News et \u00e0 d&#8217;autres organes de presse. Pendant trois ans, il a fait partie du Tribunal Panel de la Commission canadienne des droits de l&#8217;homme. Il est actuellement conseiller principal au Centre pour la d\u00e9mocratie en Europe de l&#8217;Est, bas\u00e9 \u00e0 Toronto. Au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, en tant qu&#8217;avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&#8217;immigration aux \u00c9tats-Unis et au Canada, il a aid\u00e9 plus de 10 000 clients \u00e0 r\u00e9soudre toute une s\u00e9rie de probl\u00e8mes juridiques. Il pratique aujourd&#8217;hui le droit de l&#8217;immigration am\u00e9ricaine et canadienne au sein du cabinet d&#8217;avocats Pace \u00e0 Toronto.     <\/i><\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9 par Andy J. 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