{"id":16648,"date":"2023-10-19T14:42:22","date_gmt":"2023-10-19T18:42:22","guid":{"rendered":"https:\/\/cila.co\/donner-un-sens-a-laffaire-mason-contre-canada-quand-la-violence-menace-t-elle-la-securite-du-canada\/"},"modified":"2026-05-24T15:39:40","modified_gmt":"2026-05-24T19:39:40","slug":"donner-un-sens-a-laffaire-mason-contre-canada-quand-la-violence-menace-t-elle-la-securite-du-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cila.co\/fr\/donner-un-sens-a-laffaire-mason-contre-canada-quand-la-violence-menace-t-elle-la-securite-du-canada\/?lang=fr","title":{"rendered":"Donner un sens \u00e0 l&#8217;affaire Mason contre Canada : Quand la violence menace-t-elle la s\u00e9curit\u00e9 du Canada ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par <strong>Barbara Jo Caruso, fondatrice de Corporate Immigration Law Firm (CILF) avec des bureaux \u00e0 Toronto et Ottawa<\/strong>, <strong>et membre fondateur de L&#8217;ACAI<\/strong>.<\/em><\/p>\n<p>Dans le monde du droit de l&#8217;immigration canadien, la r\u00e9cente d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame du Canada (CSC) dans l&#8217;affaire <strong>Mason c. Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration), 2023 CSC 21, <\/strong>a suscit\u00e9 de nombreuses discussions au sein de la communaut\u00e9 juridique. Cette affaire porte sur l&#8217;interpr\u00e9tation nuanc\u00e9e d&#8217;une disposition apparemment simple, en particulier sur la question de savoir quand les actes de violence commis par des ressortissants \u00e9trangers au Canada peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des menaces pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou la s\u00e9curit\u00e9 du Canada. Voyons les choses en d\u00e9tail.  <\/p>\n<p><strong>Les requ\u00e9rants : Earl Mason et Seifeslam Dleiow<\/strong><\/p>\n<p>Earl Mason et Seifeslam Dleiow, ressortissants \u00e9trangers r\u00e9sidant au Canada, sont devenus les figures centrales de ces montagnes russes juridiques. En 2012, Earl Mason a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de tentative de meurtre et d&#8217;infractions li\u00e9es aux armes \u00e0 feu \u00e0 la suite d&#8217;une altercation dans un bar qui a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en fusillade. Ces accusations ont ensuite \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es en raison de retards judiciaires. D&#8217;autre part, Dleiow a d\u00fb faire face \u00e0 des all\u00e9gations de violence \u00e0 l&#8217;encontre de partenaires intimes et d&#8217;autres personnes dans le cadre d&#8217;incidents sans rapport avec l&#8217;affaire. Il a plaid\u00e9 coupable pour certains chefs d&#8217;accusation et a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;une lib\u00e9ration conditionnelle, tandis que d&#8217;autres chefs d&#8217;accusation ont \u00e9t\u00e9 suspendus.    <\/p>\n<p><strong>Les all\u00e9gations : Inadmissibilit\u00e9 pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le c\u0153ur de l&#8217;affaire r\u00e9side dans les rapports d&#8217;interdiction de territoire \u00e9tablis \u00e0 l&#8217;encontre de Mason et de Dleiow. Ils \u00e9taient cens\u00e9s \u00eatre interdits de territoire au Canada pour &#8220;raisons de s\u00e9curit\u00e9&#8221; en vertu de l&#8217;article 34(1)(e) de la <em>Loi sur l&#8217;immigration et la protection des r\u00e9fugi\u00e9s<\/em> (LIPR). Cet article stipule qu&#8217;un r\u00e9sident permanent ou un \u00e9tranger est interdit de territoire s&#8217;il s&#8217;est livr\u00e9 \u00e0 des actes de violence susceptibles de porter atteinte \u00e0 la vie ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des personnes au Canada. Il est important de noter que ces actes de violence n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du Canada.   <\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur l&#8217;interpr\u00e9tation<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;affaire a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant la Section de l&#8217;immigration (SI) pour les audiences d&#8217;admissibilit\u00e9. Dans le cas de Mason, la SI a statu\u00e9 que l&#8217;article 34(1)(e) &#8220;motifs de s\u00e9curit\u00e9&#8221; faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 du Canada ou d&#8217;un autre pays, ce qui exigeait un lien clair entre l&#8217;acte de violence et cette menace. \u00c9tant donn\u00e9 que les actes de Mason ne pr\u00e9sentaient pas un tel lien, l&#8217;article 34(1)(e) a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inapplicable. Cependant, la Section d&#8217;appel de l&#8217;immigration (SAI) n&#8217;\u00e9tait pas d&#8217;accord. Elle a fait valoir que l&#8217;interdiction de territoire en vertu de l&#8217;article 34, paragraphe 1, point e), englobait un concept de s\u00e9curit\u00e9 plus large, visant \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 des Canadiens contre les actes de violence. Dans le cas de Dleiow, la SI a suivi l&#8217;interpr\u00e9tation de la SAI, estimant que Dleiow \u00e9tait interdit de territoire et prenant une mesure d&#8217;expulsion.     <\/p>\n<p><strong>Les montagnes russes juridiques : Cour f\u00e9d\u00e9rale et Cour d&#8217;appel f\u00e9d\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Ce bras de fer juridique ne s&#8217;est pas arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&#8217;ID. Les deux affaires ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es devant la Cour f\u00e9d\u00e9rale, qui s&#8217;est rang\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 des appelants. La Cour f\u00e9d\u00e9rale a jug\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait d\u00e9raisonnable d&#8217;appliquer l&#8217;article 34, paragraphe 1, point e), \u00e0 des actes de violence qui ne sont pas li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.  <\/p>\n<p>Par la suite, la Cour d&#8217;appel f\u00e9d\u00e9rale a soulev\u00e9 une question essentielle : Est-il raisonnable d&#8217;interpr\u00e9ter l&#8217;article 34(1)(e) sans exiger la preuve d&#8217;un comportement li\u00e9 \u00e0 la &#8220;s\u00e9curit\u00e9 nationale&#8221; ou \u00e0 la &#8220;s\u00e9curit\u00e9 du Canada&#8221; ? De mani\u00e8re surprenante, elle a r\u00e9pondu par l&#8217;affirmative, en soutenant l&#8217;interpr\u00e9tation plus large. <\/p>\n<p><strong>Le verdict final : Une interpr\u00e9tation raisonnable<\/strong><\/p>\n<p>Finalement, la CSC est intervenue pour trancher le d\u00e9bat. Elle a conclu que l&#8217;interpr\u00e9tation de la SAI \u00e9tait effectivement d\u00e9raisonnable. Pour invoquer l&#8217;article 34(1)(e), il doit y avoir un lien \u00e9vident entre l&#8217;acte de violence et la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou la s\u00e9curit\u00e9 du Canada.  <\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision est importante car l&#8217;interpr\u00e9tation de la SAI aurait pu conduire \u00e0 l&#8217;expulsion de ressortissants \u00e9trangers vers des pays o\u00f9 ils risquent d&#8217;\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9s, ce qui aurait pu contrevenir aux obligations du Canada en vertu de la <em>Convention relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Le chemin \u00e0 parcourir<\/strong><\/p>\n<p>Avec cette d\u00e9cision, les d\u00e9cideurs administratifs en vertu de la LIPR doivent se conformer \u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation clarifi\u00e9e de l&#8217;article 34(1)(e) \u00e0 l&#8217;avenir. Ils devront discerner quels actes de violence peuvent v\u00e9ritablement \u00eatre qualifi\u00e9s de menaces \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du Canada. <\/p>\n<p>L&#8217;<em>affaire Mason c. Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em> nous rappelle brutalement les cons\u00e9quences profondes et \u00e9tendues que peut avoir l&#8217;interpr\u00e9tation des dispositions l\u00e9gales. Cette affaire souligne l&#8217;importance d&#8217;une approche prudente et nuanc\u00e9e dans la d\u00e9finition de ce qui constitue une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;une nation, affirmant que tous les actes de violence n&#8217;ont pas le m\u00eame poids ou ne sont pas cr\u00e9\u00e9s \u00e9gaux dans le contexte du droit canadien de l&#8217;immigration. <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Barbara Jo Caruso, fondatrice de Corporate Immigration Law Firm (CILF) avec des bureaux \u00e0 Toronto et Ottawa, et membre fondateur de L&#8217;ACAI. Dans le monde du droit de l&#8217;immigration canadien, la r\u00e9cente d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame du Canada (CSC) dans l&#8217;affaire Mason c. Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration), 2023 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":115,"featured_media":7702,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[12,6],"tags":[405,406,407],"class_list":["post-16648","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-subject-matter-expertise","category-thought-leadership","tag-convention-relating-to-the-status-of-refugees","tag-immigration-and-refugee-protection-act","tag-mason-v-canada"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/115"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16648"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16648\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17095,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16648\/revisions\/17095"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7702"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cila.co\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}