{"id":17458,"date":"2026-06-15T09:23:24","date_gmt":"2026-06-15T13:23:24","guid":{"rendered":"https:\/\/cila.co\/ce-nest-pas-un-article-mais-un-point-de-vue-repenser-limmigration-la-citoyennete-et-le-traitement-des-demandes-dasile-a-lere-de-lia\/"},"modified":"2026-06-15T09:23:24","modified_gmt":"2026-06-15T13:23:24","slug":"ce-nest-pas-un-article-mais-un-point-de-vue-repenser-limmigration-la-citoyennete-et-le-traitement-des-demandes-dasile-a-lere-de-lia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cila.co\/fr\/ce-nest-pas-un-article-mais-un-point-de-vue-repenser-limmigration-la-citoyennete-et-le-traitement-des-demandes-dasile-a-lere-de-lia\/?lang=fr","title":{"rendered":"Ce n&#8217;est pas un article, mais un point de vue : repenser l&#8217;immigration, la citoyennet\u00e9 et le traitement des demandes d&#8217;asile \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;IA"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9dig\u00e9 par Mario D. Bellissimo, fondateur du cabinet Bellissimo Law Group.<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas un article. C&#8217;est un point de vue, et plus encore, une invitation. <\/p>\n<p>Une invitation \u00e0 se demander si la mani\u00e8re dont nous traitons actuellement les dossiers d\u2019immigration, de citoyennet\u00e9 et de r\u00e9fugi\u00e9s est encore d\u00e9fendable dans un monde o\u00f9 tout le reste \u00e9volue \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019apporter des r\u00e9ponses d\u00e9finitives, d\u2019\u00e9tablir une doctrine exhaustive ou de tirer des conclusions d\u00e9finitives. Il s\u2019agit plut\u00f4t de lancer un d\u00e9bat \u00e0 la fois n\u00e9cessaire et, de plus en plus, in\u00e9vitable.  <\/p>\n<p>Car la r\u00e9alit\u00e9 est la suivante : une justice retard\u00e9e n&#8217;est plus un probl\u00e8me abstrait, c&#8217;est une justice bafou\u00e9e en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p>Les retards ne cessent de s&#8217;accumuler. Les proc\u00e9dures se complexifient. Les d\u00e9lais de traitement s&#8217;allongent bien au-del\u00e0 de ce que l&#8217;\u00e9quit\u00e9 devrait permettre. Et pourtant, nos mesures restent pour l&#8217;essentiel ponctuelles : nous ajustons les d\u00e9lais, ajoutons des \u00e9tapes proc\u00e9durales, redistribuons la charge de travail, tandis que la pression sous-jacente continue de s&#8217;accentuer.   <\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, une transformation est en cours. Les parties elles-m\u00eames, les avocats, les consultants et, de plus en plus, les justiciables qui se repr\u00e9sentent eux-m\u00eames commencent \u00e0 recourir \u00e0 la technologie pour pr\u00e9parer leurs dossiers plus rapidement, \u00e0 plus grande \u00e9chelle et avec une sophistication croissante. Les dossiers peuvent \u00eatre constitu\u00e9s plus rapidement. Les m\u00e9moires peuvent \u00eatre r\u00e9dig\u00e9s et peaufin\u00e9s en un clin d\u2019\u0153il. Ce qui prenait autrefois des semaines ne prend d\u00e9sormais plus que quelques heures.    <\/p>\n<p>Cela cr\u00e9e un d\u00e9s\u00e9quilibre structurel : les flux entrant dans le syst\u00e8me s&#8217;acc\u00e9l\u00e8rent, tandis que la capacit\u00e9 de traitement reste largement inchang\u00e9e. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre ne peut pas durer. Et s&#8217;il ne dure pas, la question devient alors in\u00e9vitable :  <\/p>\n<p>Que se passe-t-il lorsque le syst\u00e8me n&#8217;est plus en mesure de traiter toutes les affaires qui lui sont soumises ?<\/p>\n<p>Certains diront que c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 le cas. Si l&#8217;on part du principe qu&#8217;une justice diff\u00e9r\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 une justice refus\u00e9e, alors le fait de maintenir un mod\u00e8le qui ne peut pas s&#8217;adapter \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle n&#8217;est pas neutre. C&#8217;est un choix, qui a des cons\u00e9quences.  <\/p>\n<p><strong>Une \u00e9volution n\u00e9cessaire : l&#8217;IA en tant que premier d\u00e9cideur<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce contexte, nous devrions commencer \u00e0 envisager s\u00e9rieusement une \u00e9volution qui aurait sembl\u00e9 invraisemblable il y a encore peu de temps : le recours \u00e0 l&#8217;IA en tant que premier d\u00e9cideur.<\/p>\n<p>Cette proposition suscitera imm\u00e9diatement des r\u00e9actions n\u00e9gatives, et c&#8217;est tout \u00e0 fait normal. Mais il est important de bien pr\u00e9ciser ce qui est propos\u00e9, et ce qui ne l&#8217;est pas. <\/p>\n<p>Il ne s&#8217;agit pas de remplacer les avocats, les repr\u00e9sentants, les membres des tribunaux ou les juges. Il ne s&#8217;agit pas non plus de supprimer le jugement humain du syst\u00e8me. Il s&#8217;agit plut\u00f4t de r\u00e9orienter le jugement humain l\u00e0 o\u00f9 il est le plus n\u00e9cessaire, et de laisser la technologie prendre en charge ce que le syst\u00e8me n&#8217;est plus en mesure de g\u00e9rer \u00e0 grande \u00e9chelle.  <\/p>\n<p>Dans ce mod\u00e8le :<\/p>\n<ul>\n<li>Les avocats et les repr\u00e9sentants continuent de jouer un r\u00f4le essentiel en amont, pour analyser les dossiers et les pr\u00e9parer<\/li>\n<li>L&#8217;IA rend une premi\u00e8re d\u00e9cision motiv\u00e9e, fond\u00e9e sur ce dossier<\/li>\n<li>Les \u00e9valuateurs et les juges humains interviennent en dernier ressort pour examiner, corriger et, en fin de compte, assumer la responsabilit\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<p>La question n&#8217;est pas de savoir si l&#8217;IA peut remplacer les d\u00e9cideurs humains. La question est de savoir si les d\u00e9cideurs humains, dans leur configuration actuelle, peuvent continuer \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la demande sans elle. <\/p>\n<p><strong>Du concept \u00e0 la pratique : par o\u00f9 commencer<\/strong><\/p>\n<p>Pour que cette id\u00e9e soit prise au s\u00e9rieux, elle doit s&#8217;appuyer sur une mise en \u0153uvre concr\u00e8te. Dans le domaine de l&#8217;immigration et de la citoyennet\u00e9, les d\u00e9cisions prises en grand nombre et r\u00e9gies par des r\u00e8gles constituent le point de d\u00e9part logique, par exemple : <\/p>\n<ul>\n<li>Visas de r\u00e9sident temporaire, permis d&#8217;\u00e9tudes et permis de travail<\/li>\n<li>\u00c9valuation de l&#8217;admissibilit\u00e9 au parrainage et de la recevabilit\u00e9<\/li>\n<li>Octroi de la nationalit\u00e9 sur la base de crit\u00e8res l\u00e9gaux<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il ne s&#8217;agit pas de d\u00e9cisions anodines, mais elles sont structur\u00e9es, reproductibles et d\u00e9j\u00e0 mises en \u0153uvre \u00e0 grande \u00e9chelle. Dans le contexte des r\u00e9fugi\u00e9s, l&#8217;approche doit \u00eatre plus nuanc\u00e9e, par exemple en ce qui concerne : <\/p>\n<ul>\n<li>Demandes manifestement fond\u00e9es<\/li>\n<li>Demandes manifestement irrecevables ou abandonn\u00e9es<\/li>\n<li>Triage pr\u00e9alable \u00e0 l&#8217;audience visant \u00e0 identifier les points d\u00e9terminants<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&#8217;objectif n&#8217;est pas de traiter en priorit\u00e9 les cas les plus complexes. Il s&#8217;agit plut\u00f4t de commencer l\u00e0 o\u00f9 le syst\u00e8me est d\u00e9j\u00e0 sous pression et o\u00f9 un processus d\u00e9cisionnel structur\u00e9 peut \u00eatre mis en place de mani\u00e8re responsable. <\/p>\n<p>Dans chaque cas, l&#8217;IA produirait une premi\u00e8re d\u00e9cision accompagn\u00e9e d&#8217;un expos\u00e9 des motifs. Ce qui soul\u00e8ve une question provocante, mais n\u00e9cessaire : si une machine est capable de rendre une d\u00e9cision structur\u00e9e et motiv\u00e9e sur la base d&#8217;un dossier complet, que pr\u00e9servons-nous exactement en insistant pour que la premi\u00e8re d\u00e9cision soit toujours prise par un \u00eatre humain ? <\/p>\n<p><strong>Repenser les recours et le contr\u00f4le juridictionnel<\/strong><\/p>\n<p>Si la proc\u00e9dure initiale \u00e9volue, la proc\u00e9dure de fond ne peut pas rester inchang\u00e9e. Au niveau du tribunal, les recours pourraient devenir plus cibl\u00e9s et plus rigoureux, en se concentrant sur des erreurs sp\u00e9cifiques : <\/p>\n<ul>\n<li>Application erron\u00e9e des normes juridiques<\/li>\n<li>Non-prise en compte d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents<\/li>\n<li>\u00c9valuations de cr\u00e9dibilit\u00e9 n\u00e9cessitant une nouvelle analyse humaine<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il ne s&#8217;agit plus tant de repartir de z\u00e9ro que de tendre vers un r\u00e9sultat pr\u00e9cis et m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi.<\/p>\n<p>Au niveau de la Cour f\u00e9d\u00e9rale, le contr\u00f4le juridictionnel ne constitue pas un recours. Il n&#8217;est toutefois pas \u00e0 l&#8217;abri de toute \u00e9volution. <\/p>\n<p>Le mod\u00e8le actuel \u2013 cong\u00e9, contr\u00f4le juridictionnel, r\u00e9examen \u2013 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour un monde o\u00f9 le volume augmente de mani\u00e8re exponentielle et o\u00f9 les donn\u00e9es sont trait\u00e9es \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par la technologie. Et pourtant, nous continuons \u00e0 nous y fier comme s\u2019il l\u2019\u00e9tait. Il faut donc se poser la question suivante :  <\/p>\n<p>Pourquoi le contr\u00f4le juridictionnel devrait-il rester fig\u00e9 sur le plan structurel alors que tout ce qui l&#8217;entoure \u00e9volue ? Un mod\u00e8le repens\u00e9 pourrait inclure : <\/p>\n<ul>\n<li>Triage assist\u00e9 par l&#8217;IA au moment du d\u00e9part<\/li>\n<li>Une implication plus active dans la r\u00e9flexion qui sous-tend les d\u00e9cisions<\/li>\n<li>Un recours accru aux d\u00e9cisions fond\u00e9es sur le fond<\/li>\n<li>Par exemple, les demandes de parrainage peuvent n\u00e9cessiter une d\u00e9cision plus rapide que, disons, un dossier d\u2019AVE refus\u00e9. Cela sugg\u00e8re que le traitement des demandes ne devrait pas \u00eatre organis\u00e9 uniquement selon le principe du \u00ab premier arriv\u00e9, premier servi \u00bb, mais qu\u2019il pourrait \u00eatre n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie tenant compte de l\u2019urgence, de l\u2019impact et de la nature de la demande. <\/li>\n<li>Une r\u00e9forme l\u00e9gislative permettant aux tribunaux, dans les cas appropri\u00e9s, de statuer d\u00e9finitivement sur les affaires plut\u00f4t que de renvoyer syst\u00e9matiquement celles-ci pour r\u00e9examen<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces changements ne seraient pas simples. Ils exigeraient des mesures l\u00e9gislatives, une coordination institutionnelle et un respect scrupuleux des principes constitutionnels. Mais l&#8217;alternative serait de conserver une structure qui n&#8217;est peut-\u00eatre plus en mesure de rendre la justice en temps opportun.  <\/p>\n<p><strong>Transparence et responsabilit\u00e9 : les principes non n\u00e9gociables<\/strong><\/p>\n<p>Les critiques formul\u00e9es \u00e0 l&#8217;encontre de ce mod\u00e8le sont s\u00e9rieuses et fond\u00e9es. L&#8217;IA n&#8217;est pas neutre. Elle refl\u00e8te les hypoth\u00e8ses, les donn\u00e9es et les priorit\u00e9s qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa conception. Elle peut reproduire des pr\u00e9jug\u00e9s. Elle peut obscurcir le raisonnement. Elle peut pr\u00e9senter des d\u00e9faillances difficiles \u00e0 d\u00e9tecter.     <\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi la transparence ne peut \u00eatre qu&#8217;une obligation.<\/p>\n<p>Les parties \u00e0 un litige doivent participer \u00e0 la conception de l&#8217;IA, savoir quand celle-ci est utilis\u00e9e, comment elle est utilis\u00e9e et quel r\u00f4le elle joue dans le processus d\u00e9cisionnel. Les syst\u00e8mes doivent \u00eatre v\u00e9rifiables, explicables et soumis \u00e0 un contr\u00f4le ind\u00e9pendant. De m\u00eame, la responsabilit\u00e9 doit rester humaine. Il existe une distinction importante entre :   <\/p>\n<ul>\n<li>L&#8217;automatisation des d\u00e9cisions, et<\/li>\n<li>Utiliser l&#8217;IA pour structurer et faciliter le raisonnement<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 mesure que l&#8217;IA s&#8217;implique davantage dans le fond des r\u00e9sultats, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une responsabilit\u00e9 humaine doit devenir plus \u00e9vidente, et non moins.<\/p>\n<p>D&#8217;un point de vue juridique, le d\u00e9cideur ne peut en aucun cas \u00eatre une machine \u00e0 toutes les \u00e9tapes. Mais \u00e0 certaines \u00e9tapes, cela est possible, et le processus qui guide ce d\u00e9cideur pourrait bien l&#8217;\u00eatre de plus en plus. <\/p>\n<p><strong>L&#8217;exp\u00e9rience individuelle de la justice<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si le syst\u00e8me fonctionne, sera-t-il per\u00e7u comme \u00e9quitable ?<\/p>\n<p>C&#8217;est peut-\u00eatre la question la plus difficile de toutes.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&#8217;immigration et des r\u00e9fugi\u00e9s, les personnes ne recherchent souvent pas seulement la justesse. Elles recherchent la reconnaissance. Elles veulent se sentir \u00e9cout\u00e9es.  <\/p>\n<p>Une d\u00e9cision n\u00e9gative rendue par l&#8217;IA peut sembler plus froide, plus distante et moins l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Mais nous devons \u00e9galement reconna\u00eetre que les retards, le manque de coh\u00e9rence et l&#8217;opacit\u00e9 sapent la confiance \u00e0 leur mani\u00e8re.<\/p>\n<p>La question qui se pose donc est la suivante :<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me plus lent, \u00e0 dimension humaine, est-il n\u00e9cessairement plus juste, ou simplement plus familier ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse n&#8217;est pas \u00e9vidente. Mais on ne peut pas l&#8217;esquiver. <\/p>\n<p>Le d\u00e9fi ne consiste pas \u00e0 choisir entre l&#8217;humain et la machine. Il s&#8217;agit de concevoir un syst\u00e8me dans lequel la rapidit\u00e9, l&#8217;\u00e9quit\u00e9 et la dignit\u00e9 humaine ne s&#8217;opposent pas. <\/p>\n<p><strong>La fracture num\u00e9rique : une raison de mieux concevoir, et non de rester les bras crois\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;une des pr\u00e9occupations les plus l\u00e9gitimes concernant toute \u00e9volution vers des proc\u00e9dures judiciaires assist\u00e9es par l&#8217;IA est la fracture num\u00e9rique. Tous les justiciables n&#8217;ont pas acc\u00e8s \u00e0 la technologie. Tous ne sont pas en mesure de l&#8217;utiliser efficacement.  <\/p>\n<p>Et dans le domaine de l&#8217;immigration et des r\u00e9fugi\u00e9s en particulier, de nombreuses personnes sont d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9es \u00e0 des barri\u00e8res linguistiques, \u00e0 des contraintes \u00e9conomiques et \u00e0 des d\u00e9savantages syst\u00e9miques. Le risque est bien r\u00e9el : un syst\u00e8me qui s&#8217;appuie trop sur la technologie pourrait aggraver les in\u00e9galit\u00e9s existantes. <\/p>\n<p>Mais il faut aborder cette pr\u00e9occupation avec franchise.<\/p>\n<p>Car le syst\u00e8me actuel engendre d\u00e9j\u00e0 des in\u00e9galit\u00e9s, bien que celles-ci soient moins visibles. Ceux qui disposent de meilleures ressources, d\u2019une repr\u00e9sentation plus forte et d\u2019une meilleure connaissance du syst\u00e8me sont d\u00e9j\u00e0 mieux plac\u00e9s pour faire face \u00e0 la complexit\u00e9 et aux retards. Ce n\u2019est pas la technologie qui cr\u00e9e les in\u00e9galit\u00e9s ; c\u2019est souvent elle qui les met en \u00e9vidence. La question n\u2019est donc pas de savoir s\u2019il faut aller de l\u2019avant, mais comment. Un mod\u00e8le d&#8217;IA centr\u00e9 sur l&#8217;humain doit inclure :    <\/p>\n<ul>\n<li>Des interfaces accessibles et simplifi\u00e9es, et non une complexit\u00e9 accrue<\/li>\n<li>Un r\u00f4le renforc\u00e9 pour les conseillers juridiques et les repr\u00e9sentants, en particulier pour les populations vuln\u00e9rables<\/li>\n<li>Les points d&#8217;acc\u00e8s soutenus par les pouvoirs publics, notamment les cliniques et les organisations communautaires dot\u00e9es des m\u00eames outils<\/li>\n<li>Et surtout, le droit \u00e0 une participation humaine significative aux \u00e9tapes cl\u00e9s, ind\u00e9pendamment de l&#8217;acc\u00e8s aux technologies<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si elle est bien con\u00e7ue, l&#8217;automatisation ne doit pas n\u00e9cessairement exclure qui que ce soit. Elle peut, en effet, lever les obstacles, r\u00e9duire les d\u00e9lais et rendre le syst\u00e8me plus accessible pour les personnes qui sont actuellement les plus d\u00e9favoris\u00e9es. <\/p>\n<p>Mais ce r\u00e9sultat n&#8217;est pas garanti.<\/p>\n<p>Il faut le construire. Et cela prendra du temps. <\/p>\n<p><strong>La voie \u00e0 suivre<\/strong><\/p>\n<p>Combien de fois entend-on dire que nous sommes \u00e0 un tournant ?<\/p>\n<p>Cela s&#8217;explique en partie par le fait que de nouveaux tournants apparaissent plus fr\u00e9quemment, compte tenu du rythme et de l&#8217;ampleur de l&#8217;automatisation. La tension fondamentale persiste. Nous pouvons continuer \u00e0 nous appuyer sur un syst\u00e8me de plus en plus mis \u00e0 rude \u00e9preuve, en esp\u00e9rant que des ajustements progressifs permettront de le maintenir en \u00e9tat de fonctionnement.  <\/p>\n<p>Ou bien nous pouvons reconna\u00eetre que les conditions ont chang\u00e9 et que le syst\u00e8me doit s&#8217;adapter en cons\u00e9quence. \u00c0 mon avis, nous ne sommes pas all\u00e9s trop loin. <\/p>\n<p>Si l&#8217;on peut dire, nous n&#8217;avons pas \u00e9t\u00e9 assez loin dans la conception d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du fonctionnement de l&#8217;IA dans le cadre des proc\u00e9dures judiciaires.<\/p>\n<p>Car l&#8217;inaction n&#8217;est pas une position neutre.<\/p>\n<p>Si une justice diff\u00e9r\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 une justice refus\u00e9e, alors un syst\u00e8me incapable de r\u00e9pondre \u00e0 la demande n&#8217;est pas seulement inefficace, il est injuste.<\/p>\n<p>L&#8217;avenir ne devrait pas \u00eatre un monde o\u00f9 les machines remplaceraient le jugement humain.<\/p>\n<p>Il faudrait que ce soit un syst\u00e8me permettant une mise en \u0153uvre \u00e0 grande \u00e9chelle, dans lequel les avocats continuent de jouer un r\u00f4le essentiel, les arbitres restent responsables de leurs actes et les justiciables b\u00e9n\u00e9ficient de d\u00e9cisions qui soient non seulement \u00e9quitables en principe, mais aussi rendues en temps opportun dans la pratique et qui aient une r\u00e9elle valeur.<\/p>\n<p>Si nous voulons vraiment pr\u00e9server l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 de notre syst\u00e8me, nous devons nous attacher tout autant \u00e0 repenser son fonctionnement.<\/p>\n<p>Pas un jour.<\/p>\n<p>Bon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9 par Mario D. 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