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Servir les clients traumatisés : Un bref guide pour les jeunes avocats

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Rédigé par Ningjing Zhang, Fondateur et avocat principal, BridgePoint Law Professional Corporation.

« Vous avez l’air trop intelligente pour être une survivante de violences domestiques ».

C’est ce que m’a dit un avocat spécialisé dans les questions de réfugiés après que j’ai passé deux heures à raconter l’un des chapitres les plus douloureux de ma vie. Son implication était claire : mon histoire manquait de crédibilité. J’ai payé les frais de consultation avec le ticket de consultation d’Aide juridique Ontario, je l’ai remercié pour le temps qu’il m’a consacré et j’ai quitté son bureau. Au coin de la rue, je suis restée silencieuse, les larmes coulant sur mon visage pendant dix minutes avant de pouvoir me résoudre à bouger.

Ce moment a été dévastateur, mais il a également laissé une marque indélébile sur moi alors que je passais du statut de réfugié à la pratique du droit de l’immigration et des réfugiés. Il m’a rappelé à quel point les avocats peuvent facilement, sans le vouloir, blesser leurs clients par des mots, des jugements ou une attitude de rejet. Aujourd’hui, en tant qu’avocate, je comprends la responsabilité profonde qui nous incombe d’approcher nos clients avec empathie et attention.

Cet article reflète mon parcours et sert de guide aux jeunes avocats qui travaillent avec des clients ayant subi des traumatismes. Qu’il s’agisse de représenter des réfugiés, des survivants de violences sexistes ou d’autres populations vulnérables, la compréhension des traumatismes et de leur impact est essentielle pour offrir des services juridiques significatifs, compatissants et efficaces.

Comprendre le traumatisme et son impact

Le traumatisme n’est pas un événement isolé, mais une expérience complexe et durable qui façonne profondément la vie d’une personne. Il est essentiel de reconnaître les multiples facettes de l’impact du traumatisme pour favoriser la confiance, la coopération et une représentation efficace.

Les traumatismes se manifestent souvent par des comportements qui peuvent sembler non coopératifs ou erratiques à un œil non averti. Un client peut avoir du mal à se concentrer pendant les consultations, avoir des difficultés à se souvenir de certains détails ou présenter des comportements d’évitement, comme hésiter à maintenir le contact visuel. Il ne s’agit pas de problèmes de crédibilité, mais de symptômes de leurs expériences passées.

Le traumatisme affecte également le fonctionnement du cerveau, compromettant souvent la mémoire, la prise de décision et la régulation émotionnelle[1]. Les clients peuvent avoir des souvenirs fragmentés des événements, ce qui les empêche de fournir un récit cohérent. Les réactions de stress accrues peuvent entraver leur capacité à traiter les informations ou à prendre des décisions claires pendant les réunions.

Pour nous, avocats, cela signifie qu’il faut adapter les attentes et les styles de communication. Une approche tenant compte des traumatismes exige que nous soyons flexibles, patients et prêts à répondre aux besoins particuliers de nos clients lorsque cela est possible.

Créer une pratique juridique tenant compte des traumatismes

  1. Établir un environnement sûr

La création d’un sentiment de sécurité commence par des mesures modestes mais efficaces. Expliquez les procédures juridiques dans un langage simple et clair, en évitant le jargon technique. Vérifiez régulièrement que le client a bien compris et soyez accessible s’il a des questions.

Reconnaissez que les clients ont une vie en dehors de leurs affaires juridiques. Certains peuvent avoir des responsabilités de garde d’enfants ou des horaires de travail qu’ils ne peuvent pas manquer. Proposez-leur des horaires flexibles lorsque c’est possible et tenez compte de leurs contraintes de temps.

  1. Instaurer la confiance

La confiance est la pierre angulaire d’une représentation efficace. Commencez par écouter activement, non seulement les paroles de vos clients, mais aussi les émotions qui les sous-tendent. Validez leurs expériences sans les juger, tout en maintenant des limites professionnelles. La fiabilité est essentielle : tenez vos promesses et respectez leur temps.

L’instauration de la confiance prend du temps, en particulier avec les clients qui ont été victimes de trahisons systémiques ou personnelles. Soyez patient et cohérent dans vos interactions.

  1. Mener des entretiens sensibles

Lorsque vous interrogez des personnes ayant subi un traumatisme, procédez à un rythme régulier et faites des pauses régulières afin d’éviter tout débordement émotionnel. Des techniques d’ancrage, telles que la respiration profonde ou une brève pause thé ou café, peuvent aider les clients à retrouver leur calme.

Les clients peuvent devenir émotifs lorsqu’ils reviennent sur des expériences traumatisantes. Réagissez avec empathie et adaptez votre approche à leurs besoins.

  1. Travailler avec des interprètes

Faites appel à des interprètes professionnels, et non à des membres de la famille ou à des amis, afin de préserver la confidentialité et le professionnalisme[2]. Pour les clients disposant de moyens financiers limités, envisagez de faire appel à des travailleurs sociaux ou à des logiciels de traduction fiables, le cas échéant.

Maintenez une communication directe avec votre client, même lorsque vous travaillez par l’intermédiaire d’un interprète. Prévoyez du temps supplémentaire pour ces séances afin de garantir une compréhension approfondie et précise.

Lutte contre la violence sexiste[3]

La violence fondée sur le sexe présente des défis uniques qui nécessitent une sensibilité culturelle et une compréhension de la stigmatisation. Les survivants peuvent hésiter à révéler des détails par peur du jugement ou de la honte. Proposer des enquêteurs de même sexe, lorsque c’est possible, peut contribuer à créer un environnement plus confortable.

Évitez les hypothèses sur la façon dont les survivants « devraient » se comporter. Familiarisez-vous avec les lignes directrices sur le genre pour les cas de réfugiés, mais n’oubliez pas de traiter chaque client comme un individu avec des expériences uniques.

Soins holistiques et collaboratifs

La représentation juridique n’est qu’une pièce du puzzle pour les survivants de traumatismes. Collaborez avec des travailleurs sociaux, des professionnels de la santé mentale, des organisations communautaires et/ou des groupes religieux pour fournir des soins holistiques.

S’adapter aux réalités quotidiennes des clients. Nombreux sont ceux qui jonglent avec les horaires de travail, la garde des enfants ou d’autres responsabilités. Respectez leur emploi du temps tout en veillant à ce qu’ils se sentent soutenus tout au long de la procédure juridique.

Gérer les traumatismes vicariants

S’occuper de personnes ayant subi un traumatisme peut être très éprouvant sur le plan émotionnel pour les professionnels du droit. Il est essentiel de reconnaître les signes de traumatisme vicariant chez vous, tels que l’épuisement émotionnel ou le détachement.

Prenez soin de vous, en gardant par exemple des objets personnels, comme des photos de famille, à proximité pour vous réconforter. Appuyez-vous sur des réseaux de soutien professionnel. Pour les praticiens du droit de l’immigration et de la protection des réfugiés, la section du droit de l’immigration de l’Association du Barreau canadien, l’Association canadienne des avocats en immigration (ACAI) et l’Association canadienne des avocats réfugiés (CARL) offrent d’excellentes ressources et un soutien aux jeunes avocats.

N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul. Cherchez de l’aide et du soutien lorsque c’est nécessaire pour maintenir votre bien-être et continuer à assurer une représentation efficace.

Conclusion

Une pratique juridique tenant compte des traumatismes exige de l’empathie, de l’adaptabilité et un engagement à servir les clients avec dignité. En comprenant les effets des traumatismes et en adaptant nos approches, nous pouvons mieux défendre les populations vulnérables tout en promouvant la guérison et la justice.

En fin de compte, ce travail va au-delà des résultats juridiques - il s’agit de restaurer la dignité, d’encourager la résilience et de donner aux clients les moyens de reconstruire leur vie. En tant que professionnels du droit, nous avons le privilège et la responsabilité de nous tenir aux côtés de nos clients sur le chemin de la guérison et de la justice, en leur offrant non seulement une représentation compétente, mais aussi un sentiment d’espoir et d’humanité dans leur parcours.

A propos de l’auteur

Ningjing Zhang est la fondatrice et l’avocate principale de BridgePoint Law Professional Corporation, au service des communautés immigrantes de Kingston, Toronto et au-delà. Cet article s’inspire des expériences de première main de l’auteur et des idées tirées du récent webinaire CLE de l’Association Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI) sur le service à la clientèle tenant compte des traumatismes dans le droit des réfugiés.

L’auteur remercie Elham Yousefinejad, analyste de cas d’immigration chez BridgePoint Law Professional Corporation, pour sa contribution à cet article.

[1] Golden Eagle Rising Society. Trauma-Informed Toolkit for Legal Professionals (Boîte à outils informée des traumatismes pour les professionnels du droit). (2016) https://www.goldeneaglerising.org/initiatives-and-actions/trauma-informed-toolkit-for-legal-professionals/

[2] Norma Hannant & Lisa Andermann, Working Collaboratively With Clients. Centre for Addiction and Mental Health, New Beginnings Clinic for Refugees. Présentation de l’ACAI. (2024 décembre 12).

[3] Ningjing Zhang, Engendering Canada’s Refugee Process : A Study of the Claims of Refugees Fleeing Domestic Violence, 2000-2018. Thèse de maîtrise, Université Queen’s. (2020)

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