Écrit par Amit Vinayak, avocat, Barreau de l’Ontario, membre de l’ACAI
Cadre législatif et principales dispositions
Les principaux motifs d’interdiction de territoire en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) comprennent la sécurité (art. 34), les violations des droits humains ou internationaux (art. 35), la criminalité (art. 36), la criminalité organisée (art. 37), la santé (art. 38), les raisons financières (art. 39), les fausses déclarations (art. 40) et les membres de la famille interdits de territoire (art. 42). Notamment, l’article 38(2) de la LIPR exempte spécifiquement les époux, les conjoints de fait et les enfants à charge parrainés en tant que membres de la catégorie familiale de l’interdiction de territoire pour cause de fardeau excessif pour les services sociaux ou de santé(Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés ( SC 2001, c. 27)). L’article 42(1) de la LIPR prévoit qu’un étranger peut être interdit de territoire si un membre de sa famille qui l’accompagne ou, dans les circonstances prescrites, un membre de sa famille qui ne l’accompagne pas est interdit de territoire(Immigration and Refugee Protection Act, SC 2001, c. 27).
Analyse de la jurisprudence
Fraude au mariage et validité essentielle
Dans l’affaire Grewal v. Kaur, 2011 ONSC 1812, la Cour supérieure de l’Ontario s’est penchée sur la question de savoir si un mariage contracté uniquement à des fins d’immigration (c’est-à-dire une fraude au mariage) constitue un motif d’annulation en vertu du droit ontarien. La Cour a estimé que, même si le mariage était valide en vertu du droit indien, et malgré la preuve évidente que le conjoint parrainé n’avait jamais eu l’intention de vivre avec le parrain en tant que mari et femme, la fraude en matière d’immigration n’est pas un motif d’annulation en vertu du droit ontarien. Le tribunal a souligné que les questions de fraude au mariage sont mieux traitées par les autorités d’immigration, et non par les tribunaux civils. La validité essentielle d’un mariage est déterminée par la loi du domicile des parties, et la loi ontarienne ne reconnaît pas la fraude à l’immigration comme motif d’annulation (paragraphes 13, 89-90). Cette affaire souligne que, bien que la LIPR et le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR) examinent l’authenticité des relations dans le contexte du parrainage, les recours civils pour fraude en matière de mariage sont limités(Grewal v. Kaur, 2011 ONSC 1812 (CanLII)).
Conséquences collatérales des condamnations pénales sur l’immigration
L’intersection de la criminalité et de l’admissibilité en matière d’immigration est illustrée dans l’affaire R. v. Miller, 2022 ONSC 4665. Dans cette affaire, le demandeur, un étranger faisant l’objet d’une mesure de renvoi, a plaidé coupable à une accusation de voies de fait causant des lésions corporelles sans avoir été informé des conséquences sur le plan de l’immigration, à savoir qu’une telle condamnation constitue une » grande criminalité » au sens de l’alinéa 36(1)a) de la LIPR et qu’elle l’empêcherait de présenter une demande de résidence permanente. La Cour a estimé que la connaissance des conséquences collatérales en matière d’immigration fait partie d’un plaidoyer de culpabilité éclairé, et que le fait de ne pas informer l’accusé de ces conséquences peut rendre le plaidoyer non éclairé et susceptible d’appel. La Cour a accordé une prolongation du délai d’appel, reconnaissant que les conséquences collatérales en matière d’immigration étaient disproportionnées par rapport à la peine imposée et n’avaient pas été prévues par le juge de première instance (paragraphes 23-34). Cette décision souligne l’importance cruciale de prendre en compte les conséquences en matière d’immigration dans les procédures pénales impliquant des ressortissants étrangers ou des résidents permanents(R. v. Miller, 2022 ONSC 4665 (CanLII)).
Engagements de parrainage et équité procédurale
Dans l’affaire Mavi v. Canada (Attorney General), 2009 ONCA 794, la Cour d’appel de l’Ontario s’est penchée sur le caractère exécutoire des engagements de parrainage et sur l’équité procédurale due aux parrains. La Cour a estimé que l’expression « peut être recouvrée » utilisée dans la loi en ce qui concerne la dette de parrainage confère au gouvernement un pouvoir discrétionnaire au cas par cas en matière d’exécution. Le gouvernement doit exercer ce pouvoir discrétionnaire de bonne foi, en tenant compte de la situation individuelle du répondant, et doit prévoir une procédure permettant aux répondants d’expliquer leur situation. La Cour a estimé que la politique de l’Ontario consistant à exiger le remboursement intégral dans tous les cas entravait indûment ce pouvoir discrétionnaire et ne respectait pas l’obligation d’équité procédurale (paragraphes 121-147, 185). Cette décision est importante pour les promoteurs confrontés à l’exécution d’engagements, car elle confirme à la fois l’existence d’un pouvoir discrétionnaire et la nécessité d’un examen individualisé(Mavi v. Canada (Attorney General), 2009 ONCA 794 (CanLII)).
Implications pratiques pour le parrainage des conjoints
- Fraude au mariage: Bien que le RIPR permette aux services d’immigration de rejeter les demandes lorsque la relation n’est pas authentique ou qu’elle a été contractée principalement à des fins d’immigration, l’annulation civile n’est pas possible uniquement sur la base d’une fraude à l’immigration. Les autorités chargées de l’immigration restent le principal forum pour répondre à ces préoccupations(Grewal v. Kaur).
- Criminalité: Les condamnations pour des infractions punissables d’une peine d’emprisonnement maximale d’au moins 10 ans rendent l’étranger interdit de territoire pour « grande criminalité » en vertu de l’article 36(1) de la LIPR, quelle que soit la peine effectivement imposée. L’accusé et son avocat doivent être conscients de ces conséquences, car le fait de ne pas les prendre en compte peut entraîner une injustice substantielle et des motifs d’appel(R. v. Miller; R. v. Seerattan).
- Engagements de parrainage: Les parrains ont l’obligation de subvenir aux besoins du conjoint parrainé et peuvent être responsables de l’aide sociale versée à la personne parrainée. Cependant, l’exécution de la dette de parrainage doit être exercée avec équité procédurale et discrétion individuelle(Mavi v. Canada (Attorney General)).
Conclusion
Le cadre législatif et judiciaire régissant l’admissibilité et l’inadmissibilité dans le cadre du parrainage d’un conjoint est solide, une attention particulière étant accordée à l’authenticité des relations, à l’impact de la criminalité et aux obligations des parrains. La jurisprudence citée démontre la volonté des tribunaux d’examiner à la fois le processus et les conséquences des décisions affectant le statut d’immigration, en particulier lorsque l’équité et la proportionnalité sont en jeu.
Références clés
- Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, ss. 34-42(Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, SC 2001, c 27 - Qweri)
- Grewalc. Kaur, 2011 ONSC 1812(Grewal c. Kaur)
- R. c. Miller, 2022 ONSC 4665(R. c. Miller)
- R. c. Seerattan, 2019 ONSC 4340(R. c. Seerattan)
- Mavi c. Canada (Procureur général), 2009 ONCA 794(Mavi c. Canada (Procureur général))
- Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, art. 38(2)(Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés ( SC 2001, c. 27))
- Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, art. 42(Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, SC 2001, c 27)


