Cet article d’opinion a été rédigé par Nastaran Roushan, avocate spécialisée en droit de l’immigration au Canada.
J’ai relu l’article de Luke McRae intitulé « The future of in-person vs. virtual hearings at the Federal Court » (L’avenir des audiences en personne ou virtuelles à la Cour fédérale). M. McRae fournit une analyse réfléchie sur les défis et les avantages des audiences virtuelles et physiques. Toutefois, je vous fais part de certaines de mes opinions les plus tranchées sur le sujet.
Je pense qu’il existe des circonstances dans lesquelles une audience en personne est nécessaire. Il peut s’agir de handicaps auditifs, visuels ou cognitifs qui ne peuvent ou ne veulent pas être pris en compte par le tribunal ou la plateforme virtuelle utilisée. Cependant, ce ne sont pas les raisons invoquées par les nombreux avocats qui s’opposent aux audiences virtuelles. Au contraire, de nombreux avocats ont fourni des raisons qui sont intrinsèquement enracinées dans leur incapacité à utiliser la technologie. Cette situation est préoccupante.
Tous les barreaux ont des règles de conduite professionnelle qui exigent que les juristes soient compétents dans la prestation de services juridiques. Cette compétence ne se limite pas à la connaissance des domaines juridiques dans lesquels l’avocat exerce. Elle inclut la connaissance des pratiques et des procédures. Par exemple, les règles de conduite professionnelle de l’Ontario se lisent comme suit :
« SECTION 3.1 COMPÉTENCE
Définitions
3.1-1 Dans cette règle,
L’expression « avocat compétent » désigne…
(a) connaître les principes généraux du droit et les procédures ainsi que le droit matériel et la procédure dans les domaines du droit dans lesquels l’avocat exerce,
…
(e) s’acquitter de toutes les fonctions de manière consciencieuse, diligente, opportune et rentable ;
…
(k) s’adapter par ailleurs à l’évolution des exigences, des normes, des techniques et des pratiques professionnelles.
…
Commentaire
…
[La compétence est fondée sur des principes éthiques et juridiques. Cette règle traite des principes éthiques. La compétence implique plus qu’une compréhension des principes juridiques ; elle implique une connaissance adéquate de la pratique et des procédures par lesquelles ces principes peuvent être appliqués efficacement. Pour ce faire, le juriste doit se tenir au courant des développements dans tous les domaines du droit dans lesquels il exerce.
…
[15.1] La loi sur l’ordre des avocats stipule qu’un avocat ne satisfait pas aux normes de compétence professionnelle s’il présente des lacunes dans les domaines suivants
…
(c) les dossiers, systèmes ou procédures de l’entreprise professionnelle de l’avocat… »
Les connaissances et les aptitudes technologiques sont des exigences en matière de compétences. Avant la pandémie, de nombreux avocats pouvaient éluder cette question sans conséquence, simplement parce que le système judiciaire était si archaïque que les attentes à l’égard des avocats étaient tout aussi faibles. Il est plus difficile de justifier un manque de connaissances technologiques et le manque de compétences qui en résulte dans la pratique - si tant est qu’il y en ait - après la pandémie. Les avocats doivent se familiariser avec les applications de base, telles que Adobe Acrobat et les lecteurs PDF, Zoom, Microsoft Teams et diverses technologies en nuage. Il s’agit là de compétences de base. Les tribunaux ne nous demandent pas d’apprendre à coder ou de maîtriser des applications complexes comme Adobe Photoshop. Ils nous demandent de maîtriser des applications simples. Ces applications peuvent être apprises de manière efficace en regardant les nombreux tutoriels YouTube qui distillent diverses opérations en sessions vidéo de cinq minutes, ou en lisant des articles qui résolvent les problèmes d’utilisation les plus courants.
Il est intéressant de noter que je ne partage pas le point de vue de ces avocats nostalgiques qui aspirent à un retour aux audiences en personne. Une plaidoirie efficace peut être apprise et enseignée virtuellement. Il est possible de s’assurer qu’un juge suit les arguments et les sources en étant plus attentif à la diffusion vidéo du juge. Les clients ont plus de chances d’être vus et entendus lorsqu’ils peuvent assister à une audience en se connectant sur leur téléphone et en ayant leur visage face à celui du juge sur un écran, plutôt que d’être assis à vingt pieds de l’autre côté de la salle d’audience. Je suis tout à fait d’accord avec les préoccupations de M. McRae concernant la pratique sporadique de la Cour fédérale consistant à demander aux parties d’éteindre leurs vidéos. Cette pratique est contraire au droit d’être vu et entendu au cours d’une procédure. En outre, comme l’a expliqué M. McRae, les interruptions pendant les audiences à domicile peuvent être réduites au minimum. En conséquence, les juges devraient faire preuve de plus d’empathie pour les interruptions occasionnelles qui peuvent survenir - tout comme ils le font dans une salle d’audience physique.
Enfin, sur une note plus intangible, je constate que les audiences virtuelles sont plus égalitaires. Les audiences virtuelles sont rentables et efficaces pour les demandeurs. Les avocats et les clients ne sont pas littéralement en dessous des juges qui sont assis sur leur piédestal. Il n’est pas nécessaire de se lever « respectueusement » pour s’adresser à la Cour, ce qui conduit inévitablement à tâtonner avec un ordinateur portable tout en essayant d’éviter que des volumes de documents ne glissent du pupitre.
Si d’autres affirment que c’est en soi une raison de revenir aux audiences en personne - pour préserver la nature sacro-sainte et solennelle de notre administration de la justice - je voudrais demander à ces personnes de repenser à ceux qu’ils croient être les bénéficiaires de notre administration de la justice. Ce ne sont pas les avocats et les juges qui sont les participants. Les bénéficiaires sont les parties dont nous présentons les affaires. Dans la mesure où les bénéficiaires de l’administration de la justice sont affectés par les préférences, les connaissances et les compétences des participants, il s’agit d’un problème qui doit être résolu par ces derniers. Ce n’est pas un problème qui justifie un retour à une époque révolue de formalités coûteuses.


