L’ACAI souhaite souligner les défis découlant de la décision d’IRCC de prolonger le moratoire du programme de parrainage privé de réfugiés (« PSR« ).
La pause prolongée a créé une grande incertitude pour les parrains privés et les demandeurs d’asile, soulignant la nécessité d’une planification transparente et d’une communication claire pour garantir que les mesures d’intégrité ne restreignent pas involontairement l’accès à la protection ou n’érodent pas la confiance des parties prenantes.
Vue d’ensemble du programme RSP et des filières de parrainage
Les parrains, qui comprennent des particuliers, des groupes communautaires et des organisations, jouent un rôle essentiel dans la réinstallation des réfugiés en offrant un soutien financier, social et émotionnel pour aider les nouveaux arrivants à reconstruire leur vie au Canada. Le programme de RP fonctionne selon trois volets distincts, chacun ayant son propre processus et ses propres exigences. Les signataires d’entente de parrainage sont des organismes qui ont conclu des ententes officielles avec IRCC pour réinstaller des réfugiés et fournir un soutien à l’établissement. Ces organisations peuvent parrainer directement ou travailler avec des groupes constitutifs et des coparrains et désigner un signataire de l’entente de parrainage, une personne-ressource principale et un signataire autorisé pour toutes les transactions avec IRCC.
Le volet Groupes de cinq permet à au moins cinq citoyens canadiens, résidents permanents ou Indiens inscrits âgés d’au moins 18 ans et vivant dans la communauté où le réfugié s’installera de se réunir pour soutenir un réfugié pendant environ douze mois.
Le Community Sponsor stream permet aux organisations locales, ou aux organisations ayant des représentants locaux, d’assumer la responsabilité de l’aide financière et non financière à l’établissement pendant un an et exige de ces organisations qu’elles désignent un signataire autorisé qui agira en leur nom auprès d’IRCC.
Moratoire d’IRCC et justification de sa prolongation
Le 29 novembre 2024, IRCC a annoncé une pause dans le traitement des nouvelles demandes dans les catégories des groupes de cinq et des répondants communautaires en raison d’une demande qui dépasse constamment le nombre d’allocations disponibles dans le plan des niveaux d’immigration. La pause devait initialement se terminer le 31 décembre 2025, mais depuis novembre 2025, elle a été prolongée jusqu’en décembre 2026 afin de rationaliser les processus de demande et de remédier à l’augmentation du nombre de dossiers et aux retards de traitement. Les demandes soumises avant la pause continueront d’être traitées et les réfugiés pourront toujours arriver par d’autres voies, mais aucune nouvelle demande ne sera acceptée dans le cadre des groupes de cinq ou du parrainage communautaire pendant cette période. Pendant la pause, les groupes de cinq et les répondants communautaires qui souhaitent participer à la réinstallation des réfugiés ne peuvent le faire que dans le cadre du programme mixte de parrainage par le bureau des visas (« BVOR« ), qui est actuellement la seule voie de parrainage disponible pour ces groupes.
Lacunes, impacts et sujets de préoccupation
IRCC a déclaré que le moratoire est destiné à donner du temps pour réinitialiser le processus de demande, réduire les arriérés et améliorer l’efficacité du programme de RSP. Le plan ministériel 2025-26 d’IRCC décrit des initiatives de modernisation plus larges, notamment le développement d’un nouveau système numérique de gestion des cas et des efforts visant à améliorer les normes de service dans l’ensemble des filières d’immigration. Bien que ces mesures puissent contribuer à une amélioration à long terme, le plan ne décrit pas d’actions ou de calendriers spécifiques axés sur les RPS pour gérer l’inventaire accumulé ou atténuer les impacts directs du moratoire sur les promoteurs et les demandeurs.
Bien que l’ACAI apprécie le raisonnement qui sous-tend la prolongation, nous restons préoccupés par les implications plus larges pour le système d’immigration du Canada et pour les personnes, les communautés et les organisations touchées par la pause.
Impact sur les sponsors et les communautés
L’humanitarisme est depuis longtemps une caractéristique du système d’immigration canadien, comme en témoigne le travail des communautés et des organisations qui s’engagent constamment à soutenir les personnes en situation de vulnérabilité, notamment par l’intermédiaire du programme de RSP. Avec la pause continue sur les nouvelles demandes, beaucoup de ces efforts humanitaires deviennent de plus en plus difficiles à soutenir. Les groupes qui sont prêts et désireux de soutenir les réfugiés ne peuvent pas continuer et doivent reconsidérer leurs plans, réorganiser leurs finances ou chercher d’autres voies. Les organisations communautaires doivent adapter leurs programmes et leurs budgets sans savoir quand la pause sera levée. La réorientation des groupes de cinq personnes et des demandeurs de parrainage communautaire vers le programme de parrainage par le bénévole (BVOR) met encore plus à rude épreuve une filière dont la capacité est limitée, ce qui ajoute de la pression tant pour les parrains que pour les réfugiés qui cherchent à obtenir une protection en temps opportun.
Impact sur les réfugiés
Pour les réfugiés, cette pause constitue un profond recul. Les conflits, les persécutions et les violences de masse deviennent des réalités de plus en plus persistantes dans le monde, ce qui contribue à accroître le besoin de réinstallation. De nombreux réfugiés comptent sur le parrainage privé pour échapper au danger ou pour rejoindre des membres de leur famille déjà installés au Canada. Pour les personnes qui se trouvent dans des situations instables ou qui mettent leur vie en danger, l’incertitude peut faire la différence entre la sécurité et l’impossibilité de fuir. Avec l’arrêt des groupes de cinq personnes et de l’admission des répondants communautaires, les réfugiés qui espèrent demander la protection du Canada ne savent pas quand ils pourront le faire, ni même s’ils le pourront. Même les demandeurs qui ont soumis leur dossier avant la pause n’ont aucune indication claire de la date à laquelle leur cas sera traité, ce qui entraîne des retards prolongés et des séparations familiales étendues avec des conséquences émotionnelles et financières. Nombre de ces réfugiés n’ont pas d’autres possibilités, et certains d’entre eux pourraient être obligés de recommencer ou de répéter leurs démarches une fois que les filières seront rouvertes.
Risques pour la confiance du public et l’intégrité du système
La prolongation du moratoire sans consultation sérieuse risque également de miner la confiance du public dans l’IRCC et le système d’immigration. Pour s’assurer que le programme reprenne en douceur et ne connaisse pas d’autres retards, l’ACAI encourage IRCC à prendre des mesures pour renforcer la capacité de traitement, élargir les possibilités de parrainage, réduire les obstacles administratifs, améliorer les systèmes de communication et maintenir un engagement régulier avec les parrains, les organisations communautaires et les partenaires sectoriels. L’augmentation des ressources internes permettrait de résorber plus rapidement les retards existants. L’augmentation du nombre de places de parrainage dans le plan d’immigration permettrait de réduire la pression dans tous les domaines. La simplification des procédures de demande améliorerait l’accessibilité et l’efficacité, tandis que des mécanismes de communication plus fiables réduiraient les demandes de renseignements inutiles et les contraintes administratives. Un engagement continu avec les parties prenantes garantirait que les réformes du programme sont fondées sur l’expérience pratique et reflètent les besoins des parrains et des réfugiés.
Recommandations et prochaines étapes pour les sponsors
Bien qu’il soit actuellement prévu que le moratoire soit levé en décembre 2026, il n’est pas certain qu’il ne soit pas à nouveau prolongé. Les sponsors et les groupes communautaires sont donc encouragés à commencer à préparer la documentation dès le début afin que les demandes soient prêtes lorsque le processus d’admission reprendra. En attendant, l’ACAI recommande aux parrains et aux organisations communautaires de surveiller régulièrement la page des avis officiels de l’IRCC pour obtenir des mises à jour sur le moratoire et les changements de politique connexes, d’assurer le suivi des demandes existantes pour garantir un traitement continu et d’explorer les partenariats ou les réseaux de soutien aux réfugiés si les conditions le permettent.
Conclusion
L’ACAI reconnaît les efforts du gouvernement fédéral pour maintenir l’intégrité du système d’immigration du Canada et reconnaît les pressions auxquelles IRCC fait face pour gérer les volumes croissants de demandes. Une réforme efficace des programmes est essentielle pour garantir que les processus d’immigration restent équitables, efficaces, accessibles et fondés sur des valeurs humanitaires. La confiance du public est vitale, car elle permet au Canada de continuer à accueillir les nouveaux arrivants, à réunir les familles et à offrir une protection à ceux qui en ont besoin.


