Note : Certains médias ont mal compris l’argument de l’ACAI dans cet article. Pour être clair, l’ACAI soutient sans équivoque une augmentation graduelle des niveaux d’immigration au Canada et le fait que le gouvernement canadien continue d’accepter de nouvelles demandes. L’argument de l’ACAI dans cet article est que la décision du gouvernement canadien de passer soudainement d’un objectif d’immigration annuel de 341 000 à 401 000 en une seule année au milieu de la pandémie a exacerbé les arriérés et que le gouvernement canadien devrait augmenter les niveaux plus graduellement jusqu’à ce qu’il soit en mesure de réduire son arriéré. Veuillez cliquer ici pour lire la plus récente déclaration de l’ACAI à ce sujet, rédigée le 14 février 2022.
Au cours de la semaine prochaine, le gouvernement canadien annoncera son nouveau Plan des niveaux d’immigration 2022-24. Il s’agit de l’annonce la plus importante de l’année en matière d’immigration, car elle indique le nombre de nouveaux résidents permanents que le Canada cherchera à accueillir au cours des trois prochaines années, ainsi que les programmes dans le cadre desquels ces nouveaux arrivants seront admis.
Les deux dernières années ont été difficiles pour le système d’immigration et les niveaux de frustration parmi les demandeurs eux-mêmes ont atteint un point d’ébullition en raison des difficultés opérationnelles persistantes. Les candidats au Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) et à la Catégorie de l’expérience canadienne (CEC) attendent avec impatience la reprise des invitations à l’Entrée express, les familles cherchent à se réunir, les réfugiés espèrent commencer leur nouvelle vie au Canada et les futurs Canadiens attendent que leur demande de citoyenneté soit traitée. Malheureusement, il ne s’agit là que de quelques exemples parmi tant d’autres de demandeurs qui attendent dans l’incertitude.
S’il est vrai que la pandémie est en grande partie responsable, le gouvernement canadien a admis que son choix de viser plus de 400 000 résidents permanents en 2021 a exacerbé les retards, qui s’élèvent aujourd’hui à 1,8 million de demandeurs.
L’annonce faite la semaine dernière par le ministre Sean Fraser selon laquelle Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) s’efforcera de rétablir la plupart de ses normes de service d’ici la fin de l’année est la bienvenue. L’ACAI espère que cela fera partie d’un effort plus large pour restaurer la confiance dans le système d’immigration du Canada.
Le Canada doit continuer à accueillir plus d’immigrants, mais l’annonce d’objectifs plus ambitieux dans le cadre du plan des niveaux 2022-2024 pourrait être inopportune. L’ACAI estime qu’il serait dans l’intérêt à moyen et à long terme du système d’immigration qu’IRCC profite de cette année pour réduire ses arriérés et pour continuer à faire les investissements et les changements technologiques nécessaires qui amélioreront les délais de traitement et l’expérience des clients à l’avenir.
L’objectif actuel de 411 000 nouveaux immigrants en 2022 reste très élevé et suffisant pour accueillir une grande partie des quelque 500 000 candidats à l’immigration en attente dans l’inventaire d’IRCC. Il est également suffisant pour qu’IRCC reprenne immédiatement les invitations à l’entrée express pour les candidats au PTQF et à la CEC, qui, selon l’ACAI, n’auraient pas dû être mises en pause en premier lieu.
Bien qu’il soit loin d’être idéal qu’IRCC profite de cette année pour reprendre son souffle, cela serait bénéfique pour plusieurs raisons. Elle permettrait à de nombreuses personnes qui ont attendu dans les limbes de la pandémie d’obtenir enfin le statut de résident permanent. Une réduction de l’arriéré permettrait à IRCC de traiter plus rapidement les nouveaux dossiers et, comme le suggère le ministre, de respecter les normes de service d’IRCC d’ici à la fin de 2022. Un troisième avantage majeur est qu’il contribuerait à restaurer la confiance dans un système d’immigration qui connaît actuellement une crise de confiance. Le Canada perd de sa crédibilité lorsqu’il dit aux talents internationaux qu’il est ouvert aux affaires et qu’il leur ferme ensuite brusquement la porte. Le fait qu’IRCC traite à nouveau les demandes d’entrée express dans un délai de six mois, par exemple, contribuerait grandement à rétablir la crédibilité du gouvernement canadien.
Dans l’intervalle, IRCC pourrait prendre des mesures pour accueillir les résidents temporaires au Canada qui attendent la reprise des invitations au titre de la catégorie de l’expérience canadienne. Cela démontrerait la bonne foi du gouvernement canadien à l’égard des candidats qui ont passé des années et dépensé des dizaines de milliers d’euros pour obtenir la résidence permanente au Canada. Il peut s’agir de faciliter le maintien et le rétablissement du statut des résidents temporaires au Canada. IRCC peut également introduire une prolongation unique du permis de travail ouvert pour donner à ces personnes plus de temps pour demander la résidence permanente, une mesure qui serait bien accueillie par les employeurs canadiens aux prises avec un marché du travail très serré et compétitif.
Comme deuxième exemple de ce qui peut être fait, IRCC pourrait permettre aux étudiants internationaux ayant une offre d’emploi à la fin de leurs études de prolonger leur permis de travail post-diplôme (PGWP).
Troisièmement, IRCC pourrait permettre aux travailleurs étrangers dont le statut est maintenu de conserver leur statut même s’ils voyagent à l’extérieur du Canada. En outre, IRCC pourrait délivrer des visas de résidence temporaire (VRT) en même temps qu’il approuve une demande de prolongation du statut d’un résident temporaire au Canada, ce qui se fait déjà dans les bureaux canadiens des visas à l’étranger lors de la délivrance des permis d’études et de travail initiaux. Ce sont là des mesures qu’IRCC peut prendre pour réduire sa charge de travail, faire en sorte que les travailleurs continuent de payer des impôts et que les employeurs soient en mesure de conserver leurs employés clés.
Le gouvernement canadien peut également contribuer à atténuer les pénuries de main-d’œuvre en ajoutant davantage de professions éligibles au volet “talents mondiaux” et en supprimant les exigences en matière d’annonce de l’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) pour les professions souffrant d’une grave pénurie de main-d’œuvre. Cela permettrait au Canada d’avoir accès à davantage de talents internationaux pendant qu’IRCC s’occupe de son stock de demandes de résidence permanente.
Enfin, L’ACAI encourage également IRCC à remédier aux retards de traitement des demandes de résidence permanente au Québec, retards qui sont antérieurs à la pandémie et à la réduction du nombre d’immigrants au Québec au cours des dernières années.
Le site Internet d’IRCC indique qu’il faut environ 28 mois au gouvernement fédéral pour finaliser les demandes de travailleurs qualifiés du Québec en attente. Paradoxalement, le site web d’IRCC indique également qu’il faut environ 15 à 17 mois pour traiter les nouvelles demandes de travailleurs qualifiés du Québec, ce qui suggère que le ministère ne fait pas grand-chose pour s’attaquer à l’inventaire des demandes du Québec. Les demandeurs ne sont pas en mesure d’obtenir des mises à jour sur l’état de leur dossier ou de demander un traitement accéléré.
Les demandeurs de résidence permanente au Québec éprouvent souvent une grande anxiété, car il faut parfois plus d’un an à IRCC pour recevoir et évaluer officiellement leur demande de résidence permanente, étape nécessaire pour qu’IRCC délivre un avis de réception. Cet avis de réception est obligatoire pour demander un permis de travail ouvert de transition au Québec, ce qui fait que certains demandeurs risquent de perdre leur statut de permis de travail simplement à cause des retards dans l’examen de leur demande de résidence permanente.
IRCC a l’obligation envers les demandeurs, les employeurs et le pays en général de soutenir la reprise socio-économique post-pandémique du Canada. L’ACAI invite à la prudence dans les rangs du gouvernement canadien afin que les défis opérationnels en cours puissent d’abord être relevés avant que des objectifs plus ambitieux en matière d’immigration ne soient poursuivis. Le Canada peut également se permettre d’être prudent maintenant, puisqu’il est susceptible d’annoncer le Plan des niveaux d’immigration 2023-2025 cet automne, et qu’il pourrait alors être en meilleure position pour cibler encore plus de nouveaux arrivants que ce qui est actuellement prévu.


