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La nouvelle loi sur l’immigration pourrait nuire à la sécurité du Canada, et non l’améliorer

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Cet article a été initialement publié sur le site web de l’Institut de recherche sur les politiques publiques et a été rédigé par Pablo Policzer, maître de conférences à l’université de Calgary, et Paula Vargas Lopez, avocate spécialisée en droit de l’immigration au Canada, au sein du cabinet Camino Law Group.

On répète de plus en plus souvent aux Canadiens que des règles d’immigration plus strictes sont synonymes d’un pays plus sûr. Avec l’adoption du projet de loi C-12, intitulé « Loi visant à renforcer le système d’immigration et les frontières du Canada », nous sommes sur le point de découvrir si cela est vrai.

Nous pensons au contraire que les dispositions les plus importantes de ce projet de loi ne mettront pas fin à l’insécurité à nos frontières. Elles ne feront que la pousser dans la clandestinité, où elle sera plus difficile à détecter et à endiguer.

Le document C-12 présente deux problèmes principaux qui doivent être corrigés :

  • Elle confère au ministre de l’Immigration et à son ministère de nouveaux pouvoirs étendus leur permettant d’annuler des titres de séjour au nom d’un « intérêt général » non défini.
  • Cette mesure prive de l’accès à une procédure d’asile toute personne qui franchit la frontière de manière irrégulière et ne dépose pas de demande d’asile dans un délai de 14 jours, ou qui a attendu plus d’un an après sa première entrée sur le territoire pour demander l’asile — avec effet rétroactif à partir de 2020. Ces personnes peuvent se voir orientées vers une procédure d’évaluation des risques préalable au renvoi (ERPR) sur dossier, dans le cadre de laquelle les chances d’obtenir gain de cause sont plus faibles.

De plus, les décisions rendues au titre de l’Évaluation des risques et de la protection (ERP) n’ont jamais fait l’objet d’un recours devant un tribunal spécialisé. Par conséquent, le contrôle juridictionnel devant la Cour fédérale constitue la seule voie permettant de contester ces décisions. Le refus d’accorder des audiences prévu par le projet de loi C-12 risque donc d’accroître le volume d’affaires traitées par la Cour fédérale, ce qui exercera une pression supplémentaire sur un système judiciaire déjà mis à rude épreuve.

Quatre mesures essentielles doivent être prises pour remédier à ces problèmes : modifier le projet de loi C-12 afin de définir la notion d’« intérêt public », remplaçant ainsi le pouvoir discrétionnaire du ministre par un cadre réglementaire ; rétablir le droit à une audience relative à la protection des réfugiés ; créer un mécanisme interne de recours en matière d’éloignement pour raisons de sécurité ; et suspendre l’application rétroactive de la règle d’un an.

Ces problèmes sont très répandus

Le projet de loi C-12 confère au gouvernement de nouveaux pouvoirs étendus lui permettant d’annuler les titres de séjour des étudiants, des titulaires de visas de séjour temporaire et de résidence permanente, les autorisations électroniques de voyage et les permis de travail temporaires — au nom d’un « intérêt général » non défini.

La ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab, a reconnu que ce manque de précision était intentionnel. Le texte de loi évite délibérément de préciser quand et comment ces pouvoirs seront utilisés, afin de préserver ce qu’elle a qualifié de « flexibilité maximale ».

Cependant, un système régi par le pouvoir discrétionnaire des ministres plutôt que par des normes juridiques claires est moins prévisible, rend plus difficile la mise en cause de la responsabilité de quiconque et est davantage exposé au type d’application sélective de la loi qui caractérise les États aux institutions fragiles.

Dans un État fort, les règles prévalent et les fonctionnaires sont liés par la loi, quelles que soient les personnes concernées. Lorsque le pouvoir discrétionnaire remplace des normes juridiques claires, les résultats dépendent des relations et de la volonté politique plutôt que de règles écrites, ce qui correspond précisément à la situation que les politologues associent à une faible institutionnalisation. Le Canada a passé des décennies à faire de l’État de droit un atout concurrentiel, mais ce projet de loi s’inspire d’une autre stratégie.

En vertu du projet de loi C-12 également, toute personne qui franchit la frontière canadienne de manière irrégulière et qui ne dépose pas de demande d’asile dans un délai de 14 jours, ou qui a attendu plus d’un an après sa première entrée sur le territoire pour demander l’asile — y compris toute personne entrée au Canada après le 24 juin 2020 — se voit refuser le droit à une audience devant la Section de la protection des réfugiés de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

La portée rétroactive de cette disposition est frappante. Metlege Diab a déclaré devant une commission sénatoriale que 37 % des demandes d’asile déposées entre juin et octobre 2025 — soit environ 19 000 demandes sur 50 000 — seraient rejetées en vertu de cette mesure.

Les personnes qui résident au Canada depuis des années peuvent désormais voir des dossiers qu’elles pensaient en cours de traitement être soudainement classés sans suite. Elles seront alors orientées vers la PRRA, une procédure sur dossier, sans audience orale, menée par des agents de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Prenons l’exemple des personnes qui ont fui le Venezuela — un pays en proie à de nombreux problèmes et où elles risqueraient d’être en danger si elles y étaient renvoyées — et qui sont entrées au Canada en franchissant la frontière de manière irrégulière.

Souvent désorientés, traumatisés et incapables de trouver une aide juridique, ils ont manqué le délai de 14 jours. En vertu du projet de loi C-12, leur affaire ne sera jamais examinée.

Ils se retrouvent dans une situation juridique incertaine : incapables de régulariser leur situation, ils n’ont pas accès à la plupart des services publics et sont invisibles aux yeux des institutions qui pourraient autrement les protéger. Le Venezuela faisant actuellement l’objet d’une mesure fédérale suspendant les expulsions vers ce pays, les Vénézuéliens ne peuvent pas être expulsés ; ils ne sont donc pas éligibles à la procédure d’évaluation des risques et de la protection (PRRA), qui ne s’applique qu’aux personnes faisant l’objet d’une mesure d’éloignement imminente.

De nombreuses personnes, quelle que soit leur nationalité, sont déconcertées par cette procédure, et la complexité du langage juridique peut les amener à mal comprendre les options qui s’offrent à elles ou, dans certains cas, à décider de quitter le Canada, s’exposant ainsi à des risques supplémentaires.

C’est là que la logique sécuritaire s’effondre. Les personnes en situation d’incertitude juridique ne disparaissent pas. Elles deviennent des cibles. Les villes canadiennes constituent des nœuds au sein des réseaux de distribution de drogue contrôlés par les cartels, dont l’origine se trouve dans les mêmes pays que ceux que fuient de nombreux demandeurs d’asile. Écarter les personnes vulnérables du système d’immigration officiel ne permet pas de se protéger de ces réseaux. Cela les expose directement.

En supprimant le droit à une audience relative à la protection des réfugiés, comme le prévoit le projet de loi C-12, vous supprimez le droit de voir son dossier examiné par un décideur qualifié.

Le fait de soumettre ces demandes à la procédure PRRA risque d’entraîner une diminution du nombre de demandes acceptées et a fait l’objet de vives critiques, car cette procédure ne garantit pas la tenue d’une audience orale, n’offre pas les garanties procédurales accordées par la Commission de l’immigration et parce que ses décideurs ne disposent ni de l’indépendance ni des ressources spécialisées dont bénéficient les juges de la Commission de l’immigration pour évaluer le bien-fondé d’une demande.

Des problèmes de procédure viennent aggraver la situation. Étant donné que la procédure d’évaluation des risques préalable à l’expulsion ne prévoit aucun mécanisme de recours interne, la Cour fédérale du Canada devrait être confrontée à une augmentation significative du nombre de demandes de contrôle judiciaire émanant de personnes qui avaient auparavant droit à une audience relative au statut de réfugié, mais qui sont désormais orientées vers la PRRA.

Cela ne fera qu’alourdir encore davantage la charge qui pèse sur un système judiciaire déjà confronté à un grave déficit de financement. Consacrer des ressources à la gestion des conséquences des raccourcis procéduraux constitue une fausse économie qui affaiblit les contrôles de sécurité dont le Canada a justement besoin pour qu’ils soient rigoureux.

Maintenant que le projet de loi est devenu loi, la question est de savoir quelle devrait être la prochaine étape pour le Parlement. Quatre mesures spécifiques méritent une attention urgente.

Définissez la notion d’« intérêt général ».

Le pouvoir conféré par le projet de loi d’annuler des titres de séjour repose sur un terme que le gouvernement a délibérément laissé indéfini. Le Parlement devrait modifier la législation afin d’énumérer les circonstances spécifiques — fraude, sécurité nationale, santé publique — dans lesquelles ce pouvoir peut être invoqué, remplaçant ainsi le pouvoir discrétionnaire du ministre par un cadre réglementaire susceptible d’être examiné et contesté.

Rétablir le droit à une audience relative à la protection des réfugiés.

Le fait d’orienter les demandeurs vers une procédure d’ERAR sur support papier supprime le moment le plus crucial d’examen humain au sein du système. Le rétablissement des audiences orales — ou, à tout le moins, la création d’un droit de demander une telle audience — permettrait de préserver l’équité procédurale ainsi que les renseignements de sécurité que ces audiences génèrent.

Mettre en place un mécanisme interne de recours dans le cadre de la PRRA.

L’absence de toute voie de recours interne signifie que la Cour fédérale sera saisie de chaque décision contestée. La mise en place d’un organe de révision interne dédié permettrait d’alléger la charge de travail des tribunaux et d’offrir un recours plus rapide et moins coûteux pour les affaires ayant fait l’objet d’une décision erronée.

Suspendre l’application rétroactive de la règle d’un an.

L’application de nouveaux critères d’inéligibilité à des personnes entrées au Canada dès juin 2020 — ce qui met fin à des demandes dont elles n’avaient aucune raison de penser qu’elles étaient menacées — soulève de sérieuses préoccupations qui n’ont pas fait l’objet d’un débat approfondi au Parlement. Une suspension ciblée, dans l’attente d’un examen législatif en bonne et due forme, permettrait de protéger les personnes les plus exposées pendant que le Parlement évalue toutes les implications de cette mesure.

La véritable sécurité repose sur des institutions suffisamment solides pour traiter correctement les dossiers des personnes, et non sur des systèmes conçus pour les traiter rapidement et en rester là.

Le fait d’écarter les demandeurs du système officiel ne rend pas le pays plus sûr. Cela rend les risques plus difficiles à gérer.

 

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