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La fraude à l’immigration et la nécessité d’une réforme

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Écrit par Sergio R. Karas, directeur de Karas Immigration Law Professional Corporation. Cet article a été publié à l’origine dans Law360 Canada.

Le Canada est connu pour être un pays accueillant pour les immigrants, mais il existe un grave problème avec certains consultants en immigration peu scrupuleux qui profitent de la confiance, des espoirs et de l’argent des gens en commettant des fraudes et en s’engageant dans des pratiques malhonnêtes.

Qu’il s’agisse de faux documents, de fausses offres d’emploi, d’opérations sans licence ou d’escroqueries pures et simples, ces acteurs portent préjudice aux personnes et sapent la confiance dans le système d’immigration. Les gouvernements et les organismes de réglementation, notamment l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et le College of Immigration and Citizenship Consultants (CICC), ont fait état de nombreuses enquêtes, condamnations et mesures disciplinaires concernant des consultants qui falsifiaient des documents, présentaient des services sous un faux jour ou facturaient des frais sans fournir les services promis.

Cette préoccupation croissante se reflète dans les données sur les fausses déclarations et les fraudes rapportées récemment par la Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI). Selon ce rapport, l’état de la fraude en matière d’immigration au Canada est le suivant L’état de la fraude en matière d’immigration au Canadales refus de demandes de résidence temporaire fondés sur de fausses déclarations ont fortement augmenté, passant d’environ 26 000 en 2022 à un chiffre stupéfiant de 46 000 en 2023. Au cours du seul premier semestre 2024, plus de 52 000 demandes de ce type ont été rejetées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). La tendance est tout aussi marquée si l’on considère les fraudes présumées dans tous les domaines de l’immigration. En mars 2025, IRCC a indiqué qu’en 2024, il avait enquêté sur plus de 9 000 cas présumés de fraude à l’immigration chaque mois, ce qui a donné lieu à des milliers de refus et à des interdictions pluriannuelles pour les demandeurs jugés de mauvaise foi.

En octobre 2024, l’ASFC a obtenu la condamnation de Balkaran Singh, un consultant canadien en immigration réglementé (CCIR) établi à Winnipeg, pour fausses déclarations en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR). M. Singh a été reconnu coupable d’avoir créé des documents frauduleux et d’avoir falsifié des offres d’emploi pour ses clients. Il a été condamné à 21 mois d’assignation à résidence, à une interdiction d’exercer la profession de consultant en immigration et à une amende de 50 000 dollars. Plus tôt en 2024, Maneet « Mani » Malhotra, propriétaire de NAMI Immigration Inc. en Ontario, a été condamnée après qu’une enquête de l’ASFC a révélé qu’elle avait offert des services d’immigration non autorisés, des documents falsifiés et de fausses offres d’emploi, tout en facturant des frais importants à ses clients. Mme Malhotra a été condamnée à une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis, dont six mois d’assignation à résidence, et à verser 148 000 dollars de dédommagement à ses victimes.

L’une des plus grandes affaires de fraude à l’immigration de l’histoire de la Colombie-Britannique concerne des consultants non agréés qui dirigent New Can Consultants Ltd. et Wellong International Investments Ltd. Entre 2006 et 2013, ils ont escroqué environ 1 600 clients pour un montant d’environ 10 millions de dollars en produisant de faux documents de résidence au Canada et en les aidant à présenter des demandes de citoyenneté frauduleuses. Un autre consultant réglementé a été condamné en octobre 2024 pour fausses déclarations en vertu de la LIPR. Il a été prouvé qu’il avait créé des documents frauduleux et falsifié des offres d’emploi pour des clients. Il a été condamné à deux ans d’assignation à résidence, à des travaux d’intérêt général, à une interdiction d’exercer et à une amende de 50 000 dollars.

La fraude n’est pas seulement perpétrée au Canada. Des systèmes transnationaux très médiatisés ont été révélés, qui montrent comment les réseaux frauduleux exploitent les candidats à l’immigration à l’étranger. Selon le Times of India, le début de l’année 2025 a été marqué par une vague de grandes escroqueries à l’immigration visant des personnes souhaitant s’installer au Canada.

Pour comprendre pourquoi ces activités frauduleuses continuent de proliférer, il est nécessaire d’examiner les lacunes du régime réglementaire des consultants en immigration dans de nombreux domaines :

  • La mise en œuvre est faible et les mesures disciplinaires sont souvent lentes.
  • Les ressources limitées entravent l’efficacité des enquêtes et des poursuites.
  • Les clients vulnérables manquent souvent de connaissances et de compétences linguistiques.
  • La forte demande fait des clients des cibles faciles pour les escrocs.
  • Les systèmes de fraude impliquent des réseaux complexes et transfrontaliers.
  • Les victimes ne disposent que d’options limitées pour récupérer les pertes ou résoudre les problèmes.
  • Les demandes frauduleuses retardent le traitement des dossiers authentiques.
  • De nombreux clients ne savent pas comment vérifier les consultants agréés.
  • Certains consultants exercent leur activité sans licence ni contrôle appropriés.

Selon l’ACAI, plusieurs réformes pourraient être mises en œuvre sans délai :

  • Renforcer la réglementation et son application en multipliant les audits, en augmentant les ressources d’investigation, en poursuivant les fraudes liées à l’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT), en veillant à ce que seuls les représentants agréés fournissent des conseils, en améliorant la coopération transfrontalière et en créant un groupe de travail chargé de traquer les consultants fantômes.
  • Développer les efforts d’éducation et de sensibilisation du public par le biais de campagnes multilingues dans les médias sociaux, de fenêtres contextuelles d’alerte à la fraude sur le site web de l’IRCC, d’une sensibilisation ciblée des étudiants internationaux, de guides faciles à comprendre, de lignes d’assistance dédiées et de partenariats avec des leaders communautaires de confiance.
  • Encourager la dénonciation des fraudes en permettant aux victimes de se manifester sans crainte de sanctions en matière d’immigration, en s’appuyant sur de solides protections pour les dénonciateurs afin d’aider les enquêteurs à monter des dossiers plus solides.
  • Imposer des sanctions plus sévères pour les consultants frauduleux, notamment des amendes plus élevées, des peines d’emprisonnement plus longues et la création d’une liste noire des contrevenants accessible au public.
  • Renforcer l’autorité de régulation en exigeant des audits réguliers et inopinés des titulaires de licence, tout en demandant à la CCPI et aux barreaux provinciaux de se concentrer sur les domaines à haut risque, tels que les demandes d’autorisation d’exercer une activité professionnelle.
  • Créer un fonds d’indemnisation des victimes administré par la CCPI, soutenu par une assurance responsabilité civile obligatoire pour tous les consultants en immigration.
  • Accroître la transparence et la surveillance en contrôlant les offres d’emploi en ligne, en publiant un registre des employeurs agréés au titre de l’EIMT et en mettant en place des outils en ligne permettant aux candidats de suivre l’évolution de leur dossier.
  • Exiger des déclarations formelles de conseil de la part des demandeurs qui déposent un dossier sans formulaire de représentation, confirmant qu’ils n’ont pas bénéficié d’une assistance rémunérée d’un tiers.

Le projet de règlement de l’IRCC de janvier 2025 propose des réformes, notamment l’extension des pouvoirs de la CCPI en matière d’enquêtes et de discipline, la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes de consultants contraires à l’éthique et l’habilitation du ministre de l’immigration à intervenir si le conseil de la CCPI ne remplit pas ses fonctions. Bien que ces mesures marquent un progrès, elles ne s’attaquent pas entièrement aux causes profondes du problème. Le Canada continue de permettre aux consultants en immigration d’exister et d’opérer à l’étranger, alors que des avocats spécialisés dans l’immigration, fortement réglementés, fournissent déjà des services identiques, voire meilleurs, dans le cadre d’une surveillance et d’obligations éthiques plus rigoureuses.

Compte tenu des cas persistants de fraude et de fausse déclaration qui se poursuivent sans relâche malgré des années de tentatives de réglementation, il est peut-être temps d’envisager que les consultants ne puissent travailler que sous la supervision d’un avocat afin de mieux protéger les demandeurs vulnérables et de préserver l’intégrité du système d’immigration du Canada.

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