Les Canadiens ne veulent pas que nos programmes d’étudiants étrangers et de réfugiés fassent l’objet d’abus. Ces abus sapent la confiance dans le système d’immigration et la capacité des nouveaux arrivants à contribuer à la construction de l’avenir du Canada.
Note : Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de tous les membres de l’ACAI.
Cependant, la récente lettre du ministre de l’immigration Marc Miller décrivant les étudiants internationaux comme de faux demandeurs d’asile ignore la réalité sur le terrain. Les faits permettent de tirer une conclusion très différente.
Les étudiants originaires d’Inde, du Nigeria, du Ghana, de Guinée et de la République démocratique du Congo ont été désignés comme les pires contrevenants. Pourtant, tous ces pays sont des pays producteurs de réfugiés qui connaissent de graves problèmes en matière de droits de l’homme : L’Inde est confrontée aux brutalités policières, aux crimes d’honneur et à la persécution des musulmans ; le Nigeria a adopté des lois anti-gays notoires ; le Ghana opprime les membres de l’opposition ; la Guinée autorise les mariages forcés et les mutilations génitales féminines ; et les citoyens de la République démocratique du Congo sont confrontés à des arrestations arbitraires, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des disparitions, des recrutements forcés et des violences sexuelles.
En réalité, les personnes persécutées saisissent toutes les opportunités qui s’offrent à elles pour fuir leur pays. Les options légales sont privilégiées, mais les restrictions en matière de visas qui limitent le flux de réfugiés peuvent les empêcher d’agir. Lorsque le Canada a commencé à accueillir un plus grand nombre d’étudiants étrangers, il est probable que les passeurs/agents ont commencé à aider les personnes qui avaient besoin d’échapper à la violence en les aidant à demander des permis d’études. Des personnes désespérées ont pu se réjouir de cette possibilité de s’échapper, même comme mesure provisoire en attendant que la situation s’améliore dans leur pays d’origine.
Certains ont trouvé dans le programme pour étudiants une solution permanente : s’ils étaient en mesure de terminer leurs études, ils pouvaient demander un permis de travail post-diplôme et, par la suite, demander la résidence permanente. Mais d’autres, qui n’ont pas réussi à suivre le programme d’études (peut-être en raison de traumatismes persistants), ont dû demander l’asile - y compris ceux qui se sont retrouvés réfugiés « sur place » en raison de l’évolution de la situation dans leur pays d’origine ou d’un changement de leur situation personnelle, pendant leur séjour au Canada.
La Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), un tribunal spécialisé, voit tous les jours ce scénario d’étudiant devenu demandeur d’asile, mais il ne soulève pas d’objection particulière. En effet, la Commission sait pertinemment que, selon les directives du HCR, la méthode par laquelle un réfugié est entré au Canada ne dit rien sur le bien-fondé de sa demande. Après un examen rigoureux, notamment par le Service canadien du renseignement et de la sécurité, la CISR peut considérer et considère effectivement que les anciens étudiants des pays cités par le ministre sont de véritables réfugiés.
En 2023, le taux d’ acceptation global de la CISR était de 79 %. Le taux d’acceptation pour le Nigeria était de 71 %. Pour le Ghana, il était de 66 %. Pour la Guinée, il était de 76 %. Dans le cas de l’Inde, le taux d’acceptation est plus faible (55 %), mais les demandes sont loin d’être bidon. La CISR juge la plupart des demandeurs indiens crédibles, mais rejette leurs demandes pour d’autres motifs relevant de la définition du réfugié au sens de la Convention.
Les inquiétudes concernant l’augmentation des chiffres cités par le ministre pourraient également être un mirage. Il affirme que quelque 14 000 demandes d’asile ont été déposées par des étudiants étrangers au cours des neuf premiers mois de 2024, mais quel pourcentage de la population totale d’étudiants étrangers cela représente-t-il ? Il ne le dit pas ; cependant, les statistiques de son propre ministère ont indiqué qu’il y avait plus d’un million d’étudiants étrangers au Canada à la fin de 2023, ce qui signifie que seule une infime partie (1,4 %) demande l’asile. Il se concentre également sur l’augmentation en pourcentage du nombre de demandes, mais oublie de mentionner que les demandes d’asile augmentent de manière exponentielle dans le monde entier en raison de la prolifération des conflits mondiaux.
S’il est vrai que le nombre de demandeurs d’asile au Canada met à rude épreuve le système de détermination du statut de réfugié, la CISR et le ministre disposent d’outils pour résoudre ce problème. Mais l’attaque facile et sans preuves du ministre contre les étudiants étrangers qui ont demandé l’asile au Canada n’est pas la voie à suivre. Elle ne reflète pas la solide réputation internationale du Canada dans le domaine du droit des réfugiés.


