Cet article a été rédigé par Jae-Yeon Lim, avocat spécialiste de l’immigration canadienne à Vancouver, en Colombie-Britannique, et membre du Conseil d’administration de l’ACAI*.
Les avocats spécialisés en droit de l’immigration observent une tendance généralisée et préoccupante à l’augmentation des refus ou des retours de demandes de permis de travail au Centre de traitement des demandes d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (« IRCC ») d’Edmonton (« CPC »).
De nombreux membres du barreau de l’immigration ont fait état de décisions arbitraires et incorrectes concernant des demandes de permis de travail, même dans des cas où les demandeurs remplissaient clairement les conditions d’éligibilité ou lorsque les refus semblent contredire les politiques publiées par l’IRCC.
Exemples concrets de décisions erronées
IRCC prévoit le traitement simultané des demandes de permis de travail au Canada, ce qui permet aux travailleurs étrangers de demander leur permis de travail pendant que les demandes d’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) sont en cours de traitement. Dans ce cas, ils doivent fournir la preuve que les demandes d’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) ont été déposées suffisamment longtemps avant les délais de traitement publiés et doivent soumettre leurs demandes de permis de travail dans un délai de deux semaines ou moins avant l’expiration du permis de travail. Selon cette politique, « IRCC Le projet de loi accordera au demandeur un délai de 60 jours à compter de la date de soumission pour fournir une LMIA positive ».1 Pourtant, cette politique de traitement simultané est appliquée de manière incohérente.
Dans le cabinet d’un avocat spécialisé dans les questions d’immigration, le CPC n’a pas respecté le délai de 60 jours. Le premier permis de travail a été refusé 23 jours après sa présentation, soit 37 jours avant la date limite de 60 jours. Le deuxième permis de travail a été refusé 57 jours après sa présentation, soit 3 jours de moins que le délai de 60 jours.
Dans un autre cas, un travailleur a demandé un permis de travail exempt de LMIA. Le type de permis de travail (y compris la dispense d’EIMT) était clairement indiqué sur le formulaire de demande, et toutes les exigences étaient remplies, mais la demande de permis de travail a été refusée au motif que le demandeur n’avait pas fourni d’EIMT.
Les motifs de refus ne correspondent pas aux demandes
Le CPC a également refusé des demandes simples, et les motifs de ces refus étaient incompatibles avec les faits présentés dans les demandes.
Un permis de travail a été refusé parce que le demandeur n’avait pas apporté la preuve qu’il possédait les compétences, les titres et le niveau d’études requis pour le poste. Le demandeur avait un niveau d’études supérieur au minimum requis par la description de la classification nationale des professions pour le poste, ainsi que deux ans d’expérience professionnelle directement liée à ce poste.
Un autre avocat nous a raconté qu’un demandeur s’est vu refuser une demande de permis de travail pour un emploi qui exigeait le bilinguisme. Le demandeur avait 20 ans d’expérience de travail pour une entreprise canadienne à l’étranger, en français et en anglais. Selon le centre d’appel de l’IRCC, le seul motif de refus enregistré était l’insatisfaction de l’agent à l’égard de la preuve de compétence linguistique du demandeur.
Dans un autre cas, le CTD a refusé une demande de permis de travail, déclarant que le demandeur devait satisfaire aux exigences de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés et de son règlement d’application. Le refus indiquait que le demandeur avait respecté les conditions imposées à son entrée, qu’il quitterait le Canada à la fin de la période autorisée, qu’il n’était pas interdit de territoire au Canada en vertu de la Loi sur l’immigration et qu’il était en mesure d’exercer les fonctions et de satisfaire aux exigences de l’emploi.
Ce demandeur, cependant, avait satisfait à ces exigences, et sa demande l’indiquait. Il accompagnait son épouse qui étudiait légalement au Canada, il avait de solides références, il avait une offre d’emploi d’une institution financière et il n’avait aucun antécédent criminel. Le demandeur et son avocat sont restés perplexes face à la décision de refus.
Impact des refus erronés sur les travailleurs étrangers et les employeurs
Malheureusement, ces décisions négatives ont des conséquences réelles et immédiates tant pour les travailleurs étrangers que pour les employeurs. Les travailleurs étrangers doivent cesser de travailler dès réception d’un refus s’ils bénéficiaient d’un statut maintenu et perdent un accès vital aux services sociaux et aux services de santé. Les travailleurs étrangers sont confrontés à des choix difficiles, qui ont tous un coût important : présenter une nouvelle demande, demander un contrôle judiciaire à la Cour fédérale ou quitter le Canada. Pendant cette période d’incertitude, s’ils choisissent de rester au Canada, ils ne peuvent pas travailler tant qu’ils n’ont pas retrouvé leur permis de travail. Nombreux sont ceux qui, ne pouvant se permettre cette période prolongée de chômage et d’incertitude, choisissent finalement de quitter volontairement le pays.
Les employeurs ressentent également l’impact de ces refus. Étant donné que les travailleurs étrangers doivent cesser de travailler immédiatement, les entreprises sont confrontées à des interruptions de travail et sont obligées de supporter la charge financière et logistique du recrutement et de l’embauche de remplaçants dans un court délai. Pour les employeurs des communautés rurales et isolées, il peut être particulièrement difficile de trouver de nouvelles recrues.
Ces refus contribuent également à l’engorgement du système de la Cour fédérale, déjà surchargé, car le volume des demandes de contrôle judiciaire augmente en raison de ces décisions incorrectes.
Erreurs sur les documents de statut approuvés
Même lorsque les demandes ont été acceptées, nous avons entendu parler d’erreurs administratives qui ont laissé les demandeurs dans l’obligation d’effectuer un suivi auprès d’IRCC pour obtenir une correction. En voici quelques exemples :
- Permis de travail exempté de LMIA délivré au titre de la catégorie professionnelle d’un accord de libre-échange qui autorise une durée maximale d’un (1) an, à la demande de l’avocat et alors que les données biométriques et le passeport du demandeur étaient suffisamment valides, le permis de travail n’a été délivré que pour une durée de huit (8) mois à compter de la date d’expiration du permis de travail antérieur ;
- Le permis de travail ouvert au conjoint est délivré, mais avec une mention erronée indiquant que le document n’a pas de statut légal au Canada ;
- Bien que les membres de la famille partagent la même adresse postale, ce qui est clairement indiqué sur les formulaires, les documents d’immigration ont disparu et le document d’un membre de la famille n’est pas arrivé en même temps que les autres membres de la famille.
Malheureusement, dans ces cas d’erreurs administratives, ce sont les demandeurs qui doivent contacter IRCC et attendre des semaines, voire des mois, dans une grande incertitude (les formulaires Web pouvant rester sans réponse), en fonction du volume de traitement des dossiers, pour tenter de rectifier ces erreurs, alors qu’ils risquent de ne pas pouvoir travailler si leur document de statut ne leur confère pas d’autorisation appropriée dans l’intervalle, ce qui aurait un impact financier sur eux (et leur famille).
Réflexions finales
La tendance du CPC est préoccupante pour les demandeurs de permis de travail et leurs employeurs. Les demandeurs n’ont pas d’autre choix que d’arrêter de travailler, se retrouvant sans revenu alors qu’ils attendent une longue procédure de contrôle judiciaire ou l’incertitude liée à la demande de réexamen ou au dépôt d’une nouvelle demande de permis de travail. Les employeurs doivent faire face à d’importantes perturbations au niveau de leur main-d’œuvre.
Nous recommandons à IRCC de prendre des mesures pour accroître la transparence du processus de traitement des demandes d’immigration :
- Si les contrôles d’exhaustivité sont effectués à l’aide de l’intelligence artificielle, les refus et les demandes renvoyées doivent être examinés par des agents humains afin de repérer les erreurs potentielles ;
- Offrir un soutien continu au personnel qui examine les demandes pour vérifier qu’elles sont complètes et partager des exemples d’erreurs en interne à des fins de formation ;
- prendre des mesures supplémentaires pour remédier aux cas où les demandes ont été refusées ou renvoyées par erreur par IRCC, par exemple en plaçant les demandes soumises à nouveau dans la file d’attente prioritaire (sur la base de la date de soumission initiale de la demande).
Nous serions très heureux d’avoir l’occasion de donner notre avis sur la procédure d’IRCC et de formuler des recommandations en vue d’améliorations potentielles. Nous serions heureux de participer aux discussions et de collaborer à la résolution de ce problème.
*L’auteur tient à remercier Kirsten M. Samson, étudiante en droit chez Harris & Company LLP, pour sa contribution.


