En tant qu’avocats spécialisés en droit de l’immigration et forts d’une expérience collective de près de 50 ans, nous avons souvent été interrogés par des candidats à l’immigration sur l’opportunité de poursuivre des études dans les deux langues officielles du Canada : l’anglais et le français, afin d’augmenter leurs chances d’obtenir la résidence permanente au Canada.
Cet article a été initialement publié sur le site web du Sas & Ing Immigration Law Centre.
Comme nous vivons et pratiquons en Colombie-Britannique, la plupart de ces demandes émanent de personnes qui maîtrisent l’anglais, ayant soit étudié, soit travaillé au Canada en utilisant leurs compétences linguistiques en anglais. Depuis l’entrée en vigueur du système de sélection Entrée express le 1er janvier 2015, notre réponse est généralement que la récompense ne vaut pas l’effort. Ayant tous deux étudié plusieurs langues en plus de l’anglais, nous pouvons vous dire que la poursuite d’études linguistiques nécessite un investissement considérable en temps et en efforts. (Vous pouvez bachoter pour un examen d’histoire ou de géographie, mais pas pour un examen de langue !) Cependant, le nouvel ordre mondial de l’immigration canadienne est très différent et le Canada accorde une grande importance à la maîtrise de la langue française (en dehors du Québec), car cet ensemble de compétences permet d’acquérir non seulement une éducation au Canada, mais aussi une expérience professionnelle et la résidence permanente ! Examinons les options qui s’offrent à un candidat francophone pour obtenir le statut d’immigrant canadien.
Le programme de mobilité francophone
Depuis le 1er juin 2016, le Canada dispose d’un programme de permis de travail pour les personnes francophones, initialement conçu pour aider les employeurs canadiens situés hors du Québec à recruter des travailleurs étrangers temporaires francophones hautement qualifiés. Les compétences en français sont mesurées en fonction de l’échelle des Niveaux de Compétence Linguistique Canadiens (NCLC), et les personnes qui satisfont aux exigences minimales en matière de compétences linguistiques ont le droit d’obtenir un permis de travail si elles ont une offre d’emploi en dehors de la province de Québec.
Le 15 juin 2023, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a assoupli les conditions d’admissibilité au Programme de mobilité des francophones. En abaissant les exigences en matière de compétences linguistiques au niveau 5 NCLC ou plus (représentant un niveau de compétence intermédiaire) et en supprimant l’obligation pour les candidats d’avoir une offre d’emploi pour effectuer un travail qualifié, IRCC a considérablement élargi le bassin de candidats qui peuvent demander des permis de travail pour la mobilité des francophones. Les changements du 15 juin 2023 ont immédiatement créé une excellente occasion pour les francophones d’acquérir une expérience de travail au Canada, car ils pouvaient obtenir des permis de travail sans que leurs employeurs potentiels soient tenus d’obtenir une évaluation de l’impact sur le marché du travail.
Résidence permanente pour les travailleurs qualifiés francophones
Les francophones bénéficient d’avantages distincts lorsqu’ils envisagent leurs options d’immigration au Canada, en particulier s’ils présentent une demande de résidence permanente dans le cadre du système d’entrée express du Canada. L’un des principaux avantages est la possibilité d’obtenir des points supplémentaires pour leurs compétences linguistiques en français.
Les candidats ne peuvent postuler dans le cadre du système d’entrée express que s’ils peuvent démontrer leur maîtrise de l’anglais ou du français, mais ceux qui peuvent démontrer leur maîtrise des deux langues bénéficieront d’une augmentation significative de leurs points dans le cadre du système de classement global (SRC). Plus précisément, les candidats ayant une maîtrise modérée de l’anglais (mesurée par le niveau 5 ou plus des Niveaux de compétence linguistique canadiens (NCLC)) et qui peuvent prouver qu’ils maîtrisent le français au niveau 7 ou plus des quatre compétences linguistiques (parler, écouter, lire et écrire) pourront obtenir jusqu’à 50 points supplémentaires dans le cadre du système de classement global. Même les candidats qui ne possèdent pas le niveau 7 de la NCLC peuvent bénéficier d’une compétence modérée en français - jusqu’à 24 points CRS peuvent être attribués aux anglophones natifs qui possèdent également des compétences linguistiques en français.
En outre, depuis juin 2023, IRCC a commencé à procéder à des tirages au sort « par catégorie » pour inviter les candidats qui possèdent des compétences uniques ou de l’expérience dans des professions jugées importantes pour l’économie canadienne à présenter une demande de résidence permanente. Cette pratique consiste à réduire les exigences du SIR pour ces travailleurs étrangers ciblés, y compris les francophones qui ont été désignés par IRCC comme un groupe de candidats prioritaires. Par conséquent, depuis l’été 2023, les travailleurs hautement qualifiés qui peuvent démontrer de solides compétences linguistiques (NCLC 7 ou plus pour les quatre compétences linguistiques) sont maintenant invités à demander la résidence permanente à des scores de points CRS bien inférieurs à ceux de leurs homologues non francophones.
Des données récentes nous aideront à mettre cette pratique en perspective. Le 22 octobre 2024, 400 travailleurs qualifiés non francophones ayant une expérience professionnelle au Canada ont été invités à présenter une demande de résidence permanente s’ils avaient un score SRC de 539 points ou plus. En revanche, le 10 octobre 2024, 1 000 travailleurs qualifiés francophones satisfaisant aux exigences minimales de maîtrise de la langue française (niveau 7 ou plus du NCLC) ont été invités à présenter une demande de résidence permanente s’ils ont obtenu 444 points CRS ou plus. Cela représente une différence de 19 % en termes de points SIR. En d’autres termes, il est actuellement beaucoup plus facile pour un francophone de se qualifier pour la résidence permanente au Canada que pour un non-francophone.
Veuillez vous référer à notre blog le plus récent « Trudeau Giveth….Trudeau Taketh Away : Understanding Canada’s new immigration levels plan » pour plus d’informations sur la façon dont les points du SRC sont calculés et pourquoi il a été si difficile ces derniers temps de se qualifier pour la résidence permanente : https://canadian-visa-lawyer.com/trudeau-giveth-trudeau-taketh-away-understanding-canadas-new-immigration-levels-plan/
Le projet pilote pour les étudiants des communautés francophones en situation minoritaire
L’été dernier, le 14 août 2024, l’honorable Marc Miller, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a présenté le nouveau programme pilote pour les étudiants des communautés francophones en situation minoritaire (PPECM). Le PPECF a été lancé le 26 août 2024 et vise à attirer des étudiants internationaux provenant principalement de pays francophones qui souhaitent étudier à l’extérieur de la province de Québec. Les candidats intéressés peuvent actuellement présenter une demande pour fréquenter l’une des 12 universités et collèges qui participent à cette initiative et qui sont situés dans les provinces de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.
Ce nouveau programme pilote met en œuvre plusieurs mesures importantes en reconnaissance du fait que les candidats originaires de pays principalement francophones d’Afrique, du Moyen-Orient et des Amériques ont historiquement connu des taux de refus plus élevés :
- Les étudiants éligibles et leur famille seront dispensés de démontrer qu’ils quitteront le Canada à la fin de leur séjour temporaire afin d’améliorer le taux d’approbation global.
- Le seuil financier requis pour les étudiants du FMCSP sera réduit. Les candidats retenus devront uniquement démontrer qu’ils ont accès à un financement basé sur 75 % du seuil de faible revenu associé à la municipalité où se trouve le campus principal de l’école qu’ils envisagent de fréquenter.
- Il est important de noter qu’il y aura une voie directe pour passer du statut de résident temporaire à celui de résident permanent une fois que les participants au programme pilote auront obtenu leur diplôme au Canada. En outre, les participants au programme auront accès aux services d’établissement pendant leurs études, afin de faciliter leur intégration dans leur communauté.
- Enfin, le plafond annuel pour les étudiants internationaux, qui a été introduit en janvier 2024, ne s’appliquera pas aux étudiants internationaux francophones du programme pilote.
Ces mesures montrent une nette préférence pour l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants francophones au Canada afin de renforcer l’identité nationale du Canada en tant que pays bilingue.
Le plan des nouveaux niveaux d’immigration pour 2025-2027
Le nouveau plan d’immigration du Canada est peut-être l’exemple le plus éloquent des avantages de la poursuite d’une éducation en français.
Le plan des nouveaux niveaux annoncé à la fin du mois d’octobre 2024 démontre l’opportunité que les études en français peuvent offrir pour l’obtention de la résidence permanente au Canada. Un examen des récentes cibles de RP francophones hors Québec de 2019 à 2023, comparé aux niveaux proposés pour 2025 à 2027, confirme l’accent mis par le gouvernement sur l’augmentation de l’immigration francophone hors Québec.
Avec un objectif global d’immigration permanente prévu pour 2027 de 365 000 immigrants et un niveau cible annuel de 10 % pour les francophones hors Québec, cela représente 36 500 immigrants francophones possibles pour l’année ! Comparez ce chiffre à celui de 2023, où l’objectif de francophones non québécois était de 4,75 %, accueillant 19 700 résidents permanents. En seulement quatre ans, le nombre de résidents permanents canadiens accueillis dans le cadre de ce programme a plus que doublé !
Conclusion
Avec l’introduction du système canadien d’entrée express, le processus de qualification pour la résidence permanente au Canada est devenu de plus en plus difficile d’année en année. Comme nous l’avons indiqué dans plusieurs de nos blogs, il est essentiel d’élaborer une stratégie qui puisse mener à l’obtention de la résidence permanente. Bien que la maîtrise des deux langues officielles du Canada ait toujours permis d’obtenir un plus grand nombre de points pour la résidence permanente, l’introduction de ces programmes combinés pour les demandeurs francophones vivant hors du Québec et les tirages par catégorie ont considérablement augmenté la capacité des francophones à se qualifier pour la résidence permanente.
Les arguments en faveur de la poursuite d’études en langue française afin d’obtenir la résidence permanente au Canada sont clairs et nombreux sont ceux qui choisissent cette voie, comme l’ont rapporté les médias canadiens : https://www.theglobeandmail.com/canada/article-french-canada-immigration-permanent-residency/).
L’indication la plus éloquente de l’avantage de poursuivre une éducation en français se trouve peut-être dans le nouveau plan d’immigration du Canada, où les objectifs de cette catégorie ont plus que doublé. Les défis actuels liés à l’obtention du statut d’immigrant au Canada exigent une nouvelle approche. Les programmes francophones combinés temporaires et permanents du Canada offrent une voie solide pour atteindre vos objectifs en matière d’immigration.


