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Permis d’études canadien : Une voie paradoxale vers la résidence permanente

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Cet article a été rédigé par Siavash Shekarian, PDG de Shekarian Law Professional Corporation.

La perspective de bénéficier d’une éducation de classe mondiale et de devenir un membre permanent de la famille canadienne a fait du Canada une destination de choix pour des centaines de milliers d’étudiants étrangers. Mais rejoindre cette famille par le biais du régime des permis d’études s’accompagne de paradoxes apparents que je vais expliquer plus en détail. Je commencerai par un bref rappel historique de la manière dont notre pays a traité jusqu’à présent l’industrie lucrative de l’éducation, puis j’exposerai les problèmes et, enfin, je donnerai mon point de vue.

L’histoire

Sous l’influence des tendances mondiales, des défis nationaux et des discours politiques associés aux étudiants internationaux et à l’éducation, les décideurs et les responsables politiques canadiens travaillent d’arrache-pied depuis des années pour renforcer ou assouplir les règles et les réglementations relatives aux permis d’études. En conséquence, le processus d’admission des étudiants a connu une tendance erratique. En tant que pays aux penchants anti-impériaux dans l’après-guerre, le Canada s’est d’abord efforcé de rester engagé à soutenir un type d’ordre mondial qui était considéré comme juste et équitable à l’époque. Dans les années 1950 et 1960, il a donc fini par jouer un rôle central dans la cause de l’internationalisation de l’éducation et a commencé à attirer généreusement les étudiants étrangers en lançant divers programmes financiers tels que des fonds, des bourses, etc. L’espoir était que la diffusion (c’est-à-dire l’internationalisation) d’une éducation de haute qualité conduirait le monde à devenir meilleur.

Les tendances nationalistes unicentriques de l’ordre mondial dans les années 1970 ont entraîné des coupes budgétaires qui ont mis fin à cette générosité, ce qui a provoqué une forte baisse du nombre d’étudiants étrangers sur les campus canadiens. L’accent étant mis sur une politique étrangère axée sur l’économie, un changement de politique s’est opéré au milieu des années 1980, entraînant une commercialisation accrue de l’approche de l’éducation internationale. Étant donné que le gain économique et la diversité académique semblaient s’exclure mutuellement, le Canada a choisi de faire de l’éducation canadienne un produit de base. Par conséquent, l’accueil d’étudiants étrangers a pris de l’ampleur. Cette fois-ci sur la base d’un modèle de luxe payant. L’éducation internationale au Canada s’est depuis lors concentrée sur la coopération internationale et le commerce entre divers pays et régions. À la suite du passage d’un modèle de réciprocité académique à un modèle de vente agressif, l’attraction des étudiants internationaux s’est concentrée sur le traitement d’une industrie génératrice de revenus afin de garantir la prospérité nationale du Canada.

Enjeux

En générant des revenus substantiels, les étudiants étrangers sont largement considérés comme une source de commerce international (quelque 22 milliards de dollars de contribution annuelle à l’économie avant le COVID). En d’autres termes, ils contribuent de manière significative à l’économie nationale en dépensant des milliards de dollars en frais de scolarité, de logement, de transport et autres. Mais une fois qu’ils deviennent résidents permanents, ils deviennent éligibles aux taux de scolarité nationaux, aux programmes d’aide aux étudiants et à d’autres avantages qui ne sont pas aussi favorables à l’économie. C’est là que réside le premier paradoxe : même si les étudiants étrangers « sont bien placés pour immigrer au Canada, car ils ont généralement obtenu des diplômes canadiens, maîtrisent au moins une langue officielle et ont souvent une expérience professionnelle pertinente », selon la Stratégie canadienne pour l’éducation internationale (2014-2019), leur admission rapide au sein de notre famille canadienne peut nuire à nos résultats financiers. Mais le problème est plus grave qu’un simple retrait de quelques millions de dollars du bilan. Consultez le nouveau rapport du vérificateur général de l’Ontario qui explique comment les collèges publics dépendent des frais de scolarité internationaux élevés pour rester à flot. La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation, car le Canada comptait beaucoup moins d’étudiants internationaux payant des frais de scolarité élevés. L’histoire de plusieurs établissements d’enseignement professionnel privés du Québec qui ont demandé la protection contre les créanciers après avoir obtenu des étudiants étrangers qu’ils paient les frais de scolarité de l’hiver 2022 en est un bon exemple.

La stratégie du Canada en matière d’éducation internationale (2014-2019) stipule également que « les étudiants étrangers sont une source future de main-d’œuvre qualifiée« . Compte tenu de la baisse du taux de natalité et du vieillissement de la population, attirer des étudiants étrangers pour répondre à nos besoins démographiques n’est plus un choix, c’est une nécessité. C’est là que réside le deuxième paradoxe : bien que nous ayons besoin que les étudiants étrangers viennent et restent au Canada, nos lois sur l’immigration, telles qu’elles existent actuellement, imposent à chaque étudiant étranger potentiel de prouver à un agent des visas (conformément à l’article 216(1)(b) du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés) qu’il quittera le Canada à la fin de la période de séjour autorisée. Cette situation est d’autant plus déconcertante depuis l’introduction du permis de travail post-diplôme (PGWP), le programme qui permet aux étudiants internationaux d’obtenir un permis de travail ouvert (leur permettant de travailler pour n’importe quel employeur) jusqu’à trois ans après l’obtention de leur diplôme.

En 2015, l’entrée express a été introduite : Il s’agit d’un système de gestion des demandes dans lequel les demandes d’immigration des étudiants internationaux sont placées avec d’autres candidats à l’immigration classés par ordre de priorité. Considérée comme une méthode pour répondre aux besoins du marché du travail canadien, cette nouvelle approche plus ciblée de l’immigration a suscité un débat sur son introduction, à savoir si elle fonctionne pour attirer ou décourager les candidats. Le débat est en fait ancré dans les paradoxes associés à ce système. L’entrée express est un système à points dans lequel les candidats se voient attribuer 50 à 200 points pour les offres d’emploi et seulement un maximum de 30 points pour deux années d’études post-secondaires au Canada. Cela indique que l’on préfère une contribution immédiate (=express) au marché du travail à une approche durable d’intégration des étudiants internationaux. Et ce, en dépit des nombreuses études factuelles qui montrent que les travailleurs formés au Canada s’en sortent mieux sur le marché du travail, tant en termes d’obtention d’emplois liés à leur domaine d’expertise qu’en termes de salaires. Autre paradoxe.

Une autre contradiction qui entrave le processus d’immigration axé sur l’éducation est le fait que la catégorie de l’expérience canadienne d’Entrée express ne reconnaît pas le travail effectué pendant les études comme une expérience professionnelle canadienne, ce qui est obligatoire pour cette catégorie. Par conséquent, les étudiants étrangers, bien qu’ils aient des années d’expérience professionnelle qui leur auraient permis de prétendre à cette catégorie, ne sont pas en mesure de demander la résidence permanente peu après l’obtention de leur diplôme, car l’expérience acquise pendant leurs études n’est pas reconnue comme une expérience professionnelle de qualité sur le marché du travail. Autre paradoxe.

La dernière Stratégie canadienne pour l’éducation internationale 2019-2024 se contente d’évoquer la création de voies d’accès à la résidence permanente pour les étudiants étrangers, mais ne parvient pas à transformer cette initiative en objectifs clairs pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Encore un autre paradoxe.

Et alors ?

La « course mondiale aux talents », la recherche des meilleurs et des plus brillants sont bien réelles, et nous ne sommes pas le seul pays en compétition pour une plus grande part d’étudiants internationaux. Nous sommes actuellement derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine, avec seulement 9 % de la population totale d’étudiants internationaux, selon l’ICEF. L’Allemagne, l’Australie et la France rattrapent leur retard à une vitesse remarquable. L’Allemagne, par exemple, a récemment réorganisé sa politique d’immigration et promeut désormais une culture de l’accueil. Elle offre un enseignement gratuit, des réglementations du marché du travail non restrictives et des politiques libérales de transition de l’état temporaire à l’état permanent. Au Canada, il n’existe pas encore de politique nationale globale en matière d’éducation internationale. L’éducation relève de la compétence des provinces et le gouvernement fédéral n’a pas réussi à élaborer une politique fédérale globale visant à attirer les étudiants étrangers à tous les niveaux et à trouver des voies d’accès spécifiques à la résidence permanente afin de ne pas perdre de talents. Si la pandémie nous a appris quelque chose sur le marché du travail, c’est que des compétences de toutes sortes sont nécessaires pour faire tourner l’économie, pour garantir que notre système de santé reste fonctionnel et que nos chaînes d’approvisionnement sont sûres.

Solution

L’examen de notre politique en matière d’étudiants étrangers révèle des changements spectaculaires au cours des dernières décennies, dus en grande partie aux pressions économiques. Actuellement, notre politique relative aux étudiants étrangers est synonyme de politique économique qui n’est pas fermement intégrée à notre politique d’immigration. Les programmes de relance post-pandémique du Canada incluront-ils des diplômés internationaux ? À l’ACAI, nous pensons qu’ouvrir davantage de voies pour assurer une place aux diplômés internationaux au Canada est une question de bon sens économique et qu’il s’agit d’une bonne politique d’immigration.

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