Cet article a été rédigé par Siavash Shekarian, PDG de Shekarian Law Professional Corporation.
Chaque année, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) fait du mois de mars le Mois de la prévention de la fraude afin d’informer les nouveaux arrivants sur les moyens de se protéger.
Avec plus de 1,8 million de candidats à la résidence permanente, à la résidence temporaire, au statut de visiteur et à la citoyenneté qui attendent actuellement les décisions d’IRCC, le Canada semble être l’une des destinations les plus populaires au monde pour les candidats à l’immigration.
Cette demande soutenue d’immigration au Canada a fait du système d’immigration canadien une cible tentante pour toutes sortes de fraudes. Qu’il s’agisse de faux documents, d’histoires de réfugiés fabriquées de toutes pièces, de mariages de complaisance, de fausses offres d’emploi, d’appels et de courriels d’hameçonnage ou de créations d’entreprises sur papier. La fraude a été et continuera d’être un problème critique pour notre système d’immigration. Il s’agit d’un problème à multiples facettes, omniprésent et particulièrement difficile à résoudre. Souvent, les actions frauduleuses des professionnels de l’immigration contribuent au problème. Il existe des mesures que les candidats à l’immigration peuvent prendre pour se protéger de ces praticiens de l’immigration dont les actions sont frauduleuses.
Attention aux candidats à l’immigration
Le manque de connaissance du droit canadien, la barrière de la langue, les différences culturelles et l’état d’esprit émotionnel des candidats à l’immigration, combinés à la complexité du régime juridique canadien en matière d’immigration, sont autant de facteurs qui les rendent particulièrement vulnérables à la fraude. Par conséquent, ils sont souvent victimes de consultants fantômes et/ou de représentants autorisés incompétents qui leur font des promesses qu’ils n’ont pas ou pas du tout l’intention de tenir. Pour limiter ces risques, les candidats à l’immigration devraient envisager de suivre les étapes suivantes :
Faites preuve de diligence raisonnable avant d’engager un professionnel
Les lois canadiennes sur l’immigration sont compliquées et difficiles à appliquer, même pour des professionnels qualifiés. L’acquisition de connaissances de base sur les différents programmes auprès de sources fiables et officielles avant toute communication avec des professionnels protégera les candidats à l’immigration contre les principales formes de fraude. Les fraudeurs profitent souvent du manque de connaissances rudimentaires des candidats à l’immigration sur les programmes d’immigration et leurs conditions d’éligibilité. Chaque candidat à l’immigration devrait prendre le temps d’apprendre les bases des différents programmes d’immigration avant de consulter un professionnel. Le site officiel d’IRCC est la source la plus fiable pour obtenir les informations de base. L’objectif est d’améliorer la qualité des questions que le candidat à l’immigration posera plus tard à un professionnel. Si cela semble trop beau pour être vrai, c’est probablement le cas. Un peu d’information peut vous aider à ne pas vous faire avoir.
Sachez où et comment trouver des professionnels crédibles
Quiconque a de l’argent peut placer des annonces accrocheuses sur les réseaux de télévision, les panneaux d’affichage, les périodiques, etc. En revanche, tout le monde ne peut pas devenir membre d’un barreau provincial canadien, spécialiste agréé ou membre d’associations réputées telles que l’Association Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI). Les candidats à l’immigration sont encouragés à trouver des professionnels de l’immigration crédibles auprès de sources fiables. Le service d’orientation du Barreau de l’Ontario, par exemple, est une bonne source. L ‘outil Find a Lawyer de l’Association du Barreau canadien est également une bonne source. Il est souvent suggéré aux personnes souhaitant immigrer au Canada de trouver des experts en droit de l’immigration par le biais de leur propre réseau de famille, d’amis ou de collègues, mais cette approche peut également s’avérer risquée.
Pour pouvoir raisonnablement se fier à une recommandation, il faut être sûr de l’expertise et de l’honnêteté de la personne qui a recommandé le client. Par exemple, se fier à une recommandation d’un ami ou d’un membre de la famille qui a obtenu un résultat positif en matière d’immigration n’est pas aussi fiable qu’une recommandation d’un avocat spécialisé en droit de l’immigration qui non seulement connaît la loi, mais peut également comprendre les besoins du client et, en conséquence, l’orienter vers un autre avocat spécialisé dans le domaine des besoins du client potentiel.
En outre, il convient d’être très attentif aux conflits d’intérêts lorsqu’il s’agit de recommandations. Les avocats ne sont pas autorisés à verser des honoraires à des non-avocats. Lorsque des avocats versent des honoraires à d’autres avocats, les barreaux provinciaux imposent des mesures de transparence strictes afin de garantir que les intérêts des clients sont dûment protégés. En revanche, ces règles et mesures concernant les commissions de recommandation ne s’appliquent pas aux membres du College of Immigration and Citizenship Consultants (CICC), anciennement Immigration Consultants of Canada Regulatory Council (ICCRC) ; par conséquent, les membres du CICC peuvent conclure des contrats d’agence et de recommandation avec n’importe qui, y compris leurs anciens clients ou leurs clients actuels. Il est arrivé que des candidats à l’immigration soient informés qu’ils peuvent récupérer les honoraires professionnels qu’ils ont payés s’ils recommandent un nouveau client au consultant. Par conséquent, il est essentiel que les candidats à l’immigration soient conscients des conflits d’intérêts potentiels lorsqu’ils sont recommandés et qu’ils s’assurent que les recommandations faites le sont dans leur meilleur intérêt, et non pour des gains personnels de la personne qui les a recommandés.
Connaître son avocat ou son consultant
Quelle que soit la manière dont un conseiller juridique professionnel est identifié par les candidats à l’immigration, il est fortement recommandé de faire preuve d’une diligence raisonnable avant d’entamer les démarches. Essayez au moins de vérifier la qualification du professionnel en question auprès de sources officielles. Conformément à la loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, seuls les avocats, les consultants canadiens agréés en matière d’immigration (CCAI) et les parajuristes agréés en Ontario (l’Ontario est actuellement la seule province du Canada à réglementer les parajuristes) peuvent offrir des services professionnels rémunérés pour les questions d’immigration.
Pour vérifier les qualifications d’un avocat, tous les candidats à l’immigration peuvent se rendre sur le site web de l’ordre des avocats (voir ici pour l’ordre des avocats de l’Ontario) et entrer les coordonnées de l’avocat pour obtenir ses informations. Une fois que ces informations apparaissent, les candidats à l’immigration doivent.. :
- Assurez-vous que ces informations concordent avec celles qui figurent sur le site web du professionnel ou sur d’autres supports commerciaux. Par exemple, et dans le cas de l’Ontario, assurez-vous que la classe de licence de la personne correspond à ce qu’elle prétend. Méfiez-vous des parajuristes (catégorie de licence P1) qui font croire à leurs clients potentiels qu’ils sont des avocats (catégorie de licence L1) pour justifier des honoraires plus élevés et pour effectuer des travaux juridiques pour lesquels ils ne sont pas habilités.
- Veillez à examiner les restrictions d’exercice de l’avocat et ses antécédents en matière de réglementation. Les barreaux canadiens divulguent ces informations de manière transparente afin d’aider le public à prendre des décisions éclairées concernant leur représentation.
En ce qui concerne l’embauche d’un consultant en immigration, les candidats à l’immigration doivent se référer au College of Immigration and Citizenship Consultants (CICC ) et entrer les coordonnées du consultant concerné pour obtenir des informations sur son statut. Une fois l’information obtenue, ils doivent prendre en compte les éléments suivants :
- S’assurer que ces informations corroborent celles publiées sur le site web du professionnel ou sur tout autre support.
- S’assurer que le statut du consultant est « actif ».
- Étant donné que le registre public de la CCPI ne divulgue pas automatiquement les procédures disciplinaires, les candidats à l’immigration doivent vérifier le nom du consultant en question ici pour s’assurer qu’il n’est pas actuellement impliqué dans une procédure.
- Étant donné que le registre public de la CCPI ne divulgue pas automatiquement les antécédents disciplinaires, les candidats à l’immigration doivent vérifier ici le nom du consultant en question pour s’assurer qu’il n’a pas d’antécédents disciplinaires.
Comprendre les différences entre avocats et consultants
Devenir avocat au Canada est plus difficile que de devenir CRIC. L’obtention d’une licence avec des notes compétitives, un score élevé au LSAT, la réussite d’un programme de trois ans en droit, la réussite à deux examens du barreau de sept heures, un stage de dix mois et le serment officiel de défendre l’État de droit, entre autres, sont autant d’étapes nécessaires que presque tous les avocats canadiens sont tenus de franchir pour obtenir leur titre. Les avocats sont réglementés par des barreaux qui ont une longue tradition de réglementation. Les consultants réglementés, au moins depuis novembre 2021 et la création de la CCPI, devront être titulaires d’un baccalauréat avec une moyenne de B, suivre un programme de 12 mois et réussir un examen pour être autorisés à fournir des services d’immigration canadiens. Cela dit, la grande majorité des consultants bénéficiaient de droits acquis et les exigences pour tous ces consultants étaient beaucoup moins rigoureuses. Méfiez-vous des affirmations de certains consultants (en particulier dans leur langue ethnique) selon lesquelles ils sont des avocats au Canada, car cela est manifestement faux et trompeur.
Il est louable que le cadre réglementaire se soit amélioré grâce à des initiatives telles que la création de la CICC en novembre 2021. Il est important de noter que deux régulateurs précédents n’ont pas respecté les normes, et il reste donc à voir si les nouvelles mesures sont suffisantes pour protéger le public contre des dommages graves et, dans de nombreux cas, irréparables.
Les consultants ne peuvent pas représenter des clients devant les tribunaux fédéraux ou provinciaux, et la défense des intérêts des clients devant les tribunaux est réservée aux avocats. Il s’agit là d’une distinction importante. La promesse faite aux clients que les refus seront contestés devant les tribunaux par un consultant devrait être un signal d’alarme indiquant que le consultant ne représente pas honnêtement les services qu’il peut légalement fournir et qu’il peut s’agir d’une tactique visant à inciter l’immigrant à signer un engagement avec le consultant.
Recherchez l’expertise, l’honnêteté et l’engagement
Lorsqu’une personne est autorisée à exercer en tant qu’avocat ou consultant, cette autorisation ne représente pas nécessairement son expertise, son honnêteté et son engagement.
Les affirmations et les publicités fausses et trompeuses sont courantes et souvent utilisées pour inciter les clients à engager un professionnel. Les prix, distinctions, honneurs, critiques d’utilisateurs et même les livres et articles publiés sont des réalités contemporaines malheureuses (voir cet article du Toronto Star pour quelques exemples) qui induisent de nombreuses personnes en erreur et les incitent à retenir les services de professionnels incompétents. C’est pourquoi les candidats à l’immigration doivent examiner attentivement les qualités importantes du professionnel de l’immigration qu’ils souhaitent engager en l’interrogeant et en lui posant des questions difficiles.
Il arrive souvent que des candidats à l’immigration signent des contrats avec des professionnels (avocats ou consultants) sans même les avoir rencontrés. Cela se produit pour diverses raisons. Par exemple, l’emploi du temps chargé du professionnel ne lui permet pas de rencontrer le client avant l’accord, ou le professionnel ne parle pas la langue maternelle du client et n’interagit donc qu’avec un intermédiaire (ou agent), ou encore l’affaire est si simple qu’aucune rencontre n’est nécessaire. N’acceptez pas ce type d’excuses. Il est fondamentalement nécessaire que les candidats à l’immigration rencontrent le représentant potentiel. L’immigrant aura ainsi l’occasion de poser des questions difficiles et d’évaluer la personnalité du professionnel. Voici quelques questions à poser :
- Quelle est l’issue probable de mon dossier ?
- En quoi mon cas est-il similaire à vos travaux antérieurs ?
- Quelle est votre stratégie ? Pourquoi ?
- Quel rôle attendez-vous de moi ?
- Combien de temps cela prendra-t-il ?
- Qui sera chargé de mon dossier ?
- Qui travaillera sur mon dossier ?
- Comment allez-vous communiquer avec moi ?
- Quels seront les frais et les dépenses ?
- Que se passe-t-il si je ne suis pas satisfait de vos services ?
- Que se passe-t-il si mon dossier est refusé ?
- Que se passe-t-il si vous faites une erreur dans mon dossier ?
- Combien de fois dites-vous non à des clients potentiels ? Pourquoi ?
- Versez-vous des commissions de recommandation ?
Restez vigilant à tout moment
Les vrais professionnels, honnêtes et compétents, s’efforcent de tenir leurs clients informés de leurs affaires. Ils impliquent leur client dans toutes les décisions et s’engagent de manière significative dans la poursuite de leur propre affaire. En revanche, les fraudeurs ont tendance à laisser le client dans l’ignorance. Une astuce courante consiste à tromper le client en lui faisant croire qu’il est qualifié pour un programme spécifique et en soumettant de faux documents en son nom ; ils lui font signer des formulaires vierges ou signent tous les formulaires électroniquement à sa place. Cette pratique est particulièrement inquiétante car les conséquences d’un constat de fausse déclaration dans le dossier d’un demandeur sont sévères et irréversibles dans de nombreux cas (interdiction d’entrer au Canada pendant cinq ans, dossier permanent de fraude, révocation du statut, inculpation pour infraction et/ou expulsion du Canada).
En outre, il convient de garder à l’esprit que le risque de fausse déclaration persiste à jamais, car le statut de résident permanent et la citoyenneté canadienne sont toujours susceptibles d’être révoqués sur la base d’une fausse déclaration, d’une fraude et d’une dissimulation délibérée de circonstances importantes. La Cour fédérale se range rarement du côté des demandeurs lorsqu’il s’agit d’accorder une réparation pour fausse déclaration lorsque le professionnel de l’immigration engagé par le demandeur a contribué à la fausse déclaration. La Cour fédérale conclut souvent que le choix de représentation du demandeur n’est pas un motif d’annulation de la décision. Par conséquent, les clients doivent toujours rester vigilants et examiner attentivement toutes les mesures prises par leur représentant en leur nom, en particulier dans le cadre d’une première relation professionnelle.
Conclusion
Les candidats à l’immigration sont confrontés à la possibilité d’être exposés à la fraude et devraient envisager d’utiliser les ressources et pratiques décrites pour se protéger. Recueillir des informations auprès de sources officielles, effectuer des recherches avant d’engager un professionnel, poser des questions éclairées et faire preuve de vigilance sont autant de moyens pour un candidat à l’immigration de réduire le risque de fraude lorsqu’il navigue dans le système d’immigration.


