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Pourquoi nous avons fondé la Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI)

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L’Association Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI) a été créée au milieu de l’une des périodes les plus mouvementées de l’histoire de l’immigration au Canada. En mars 2020, quelques jours seulement après que son ministre de l’immigration, l’honorable Marco Mendicino, a présenté l’ambitieux Plan des niveaux d’immigration 2020-2022, le Premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada fermait ses frontières pour limiter la propagation du coronavirus.

Du point de vue du gouvernement, la gestion du système d’immigration pendant la plus grande crise mondiale de santé publique depuis un siècle a sans aucun doute été déconcertante et a donné lieu à une multitude de changements dans les politiques, les procédures, les lois et les règlements du Canada en matière d’immigration. Comme les avocats canadiens spécialisés dans l’immigration en ont fait l’expérience, il a également été difficile de comprendre ces changements et d’en communiquer les implications aux immigrants eux-mêmes.

Entrez dans l’ACAI.

Au début de l’année 2021, un groupe d’éminents avocats canadiens en immigration a pensé que le moment était venu de créer une nouvelle organisation pour compléter les autres associations. Quel rôle l’ACAI cherche-t-elle à jouer dans le système d’immigration canadien ? Les membres fondateurs de l’ACAI se sont récemment prêtés à un entretien pour répondre à ces questions et à bien d’autres.

Pourquoi l’ACAI a-t-elle été créée ?

Vance Langford : En termes simples, il s’agit d’avoir un impact positif sur ce que nous estimons être un système d’immigration trop complexe, avec des obstacles politiques et opérationnels.

Quand on y pense, le maintien d’un système d’immigration sain ressemble beaucoup au maintien d’un mode de vie sain. Pour être en bonne santé, l’être humain doit manger sainement, faire de l’exercice, se reposer, limiter le stress et éviter les vices. Nous devons le faire en permanence. De même, pour maintenir notre excellent système d’immigration, nous devons constamment revoir nos politiques, nos lois et nos règlements afin de nous assurer qu’ils correspondent aux divers intérêts de notre pays. Le Canada s’est fixé des objectifs clés en matière de politique d’immigration : soutenir l’économie, réunir les familles, aider les réfugiés, préserver notre caractère francophone et répondre aux besoins de nos provinces et territoires. Atteignons-nous ces objectifs ? C’est une question que nous devons nous poser chaque jour, alors que nous cherchons à préserver notre système d’immigration, déjà excellent.

Il est également important de se rappeler que le Canada n’a pas toujours connu le succès en matière d’immigration et que, dans les premières années de notre existence, nous étions une nation de gens de passage. Cependant, nous sommes devenus habiles à accueillir, à installer et à retenir les immigrants grâce à un mélange d’essais et d’erreurs, de dialogue, de débats et d’innovation.

L’ACAI estime qu’elle a beaucoup à apporter à ce mélange. Nos membres fondateurs ont identifié des lacunes dans le partage d’informations, la collaboration, la recherche, la technologie et les efforts de relations gouvernementales qui, selon nous, doivent être comblées. Nous nous sommes lancés dans une initiative qui pourrait permettre aux avocats canadiens spécialisés en droit de l’immigration d’exercer une influence profonde sur les générations à venir. Nos points forts sont notre indépendance, notre leadership et notre volonté d’agir et de défendre les intérêts de certaines des personnes les plus vulnérables de notre société.

Pourquoi avons-nous besoin de l’ACAI alors qu’il existe d’autres organisations professionnelles dans le secteur de l’immigration ?

Barbara Jo Caruso : Excellente question. Les fondateurs de l’ACAI ont bénéficié de leur appartenance à d’autres organisations, notamment grâce aux amitiés durables qu’ils ont nouées avec de nombreux collègues à travers le Canada. Cependant, malgré les nombreuses contributions et réalisations d’autres organisations à l’évolution de la politique, des processus et de la législation en matière d’immigration, trop souvent la voix du barreau de l’immigration n’a pas été entendue, généralement parce que nous n’avons pas été en mesure de transmettre nos idées et nos opinions au gouvernement ou aux médias en temps opportun, ou parce que nous avons souvent dû nous exprimer à titre personnel.

Comme l’a brièvement mentionné M. Vance, l’ACAI estime qu’il existe des domaines notables dans lesquels elle peut compléter et soutenir le travail d’autres associations et parties prenantes, ce qui contribuera à renforcer notre voix.

L’ACAI offrira des réponses et des analyses opportunes aux médias et aux départements gouvernementaux concernant les développements politiques et les changements législatifs proposés. Nous prévoyons de publier des communiqués de presse et d’autres commentaires publics lorsque les questions sont d’actualité. La pandémie a mis en lumière le fait que le temps ne s’arrête pas pour quelque question que ce soit et que les organisations doivent être capables de pivoter rapidement et de répondre à la question du jour. Le mandat plus ciblé de l’ACAI nous permet d’être plus agiles et plus réactifs.

Nous prévoyons également d’être une source de connaissances et d’expertise. Nous produirons régulièrement des articles, des documents d’information, des commentaires, des documents de politique générale et des lettres sur les questions les plus importantes de l’heure en matière d’immigration canadienne. Nous voulons puiser dans l’esprit non seulement des membres qui ont des années d’expérience, mais aussi des nombreux jeunes avocats issus de différents milieux qui composent notre barreau diversifié, et créer un groupe de réflexion qui proposera des idées audacieuses qui repousseront les limites afin de soutenir les améliorations du système d’immigration, non seulement pour les avocats, mais aussi pour le public et les autres parties intéressées.

De même, nous pensons que le contentieux est un autre moyen de mener des réformes positives, bien que cette approche soit actuellement sous-utilisée. L’ACAI prévoit d’établir une division caritative pour solliciter des dons et financer des litiges sur des questions importantes pour les avocats spécialisés en immigration, les parties prenantes et les demandeurs eux-mêmes. Nous espérons y parvenir avec la collaboration et le soutien d’autres organisations.

L’ACAI a également l’intention de développer des coalitions et de créer une dynamique avec d’autres groupes afin que des positions et des soumissions communes puissent être élaborées en temps opportun. Nous pensons que cela renforcera notre voix et la rendra encore plus crédible. Trop souvent, le gouvernement est prompt à conclure que les avocats sont intéressés, alors que la réalité est loin d’être la même. Les avocats spécialisés en droit de l’immigration sont des membres bienveillants et généreux de la société qui donnent souvent de leur temps gratuitement ou à des tarifs bien inférieurs à ceux du marché. L’ACAI sera bien placée, le cas échéant, pour créer rapidement des coalitions et compléter la voix plus large des avocats spécialisés en droit de l’immigration sur certaines questions. L’ACAI prévoit de former des coalitions avec d’autres organisations juridiques d’immigration au Canada et avec l’American Immigration Lawyers Association (AILA).

Enfin, je tiens à mentionner que l’ACAI a l’intention d’être « la voix » des avocats spécialisés en droit de l’immigration et des immigrants eux-mêmes. Nous défendrons les immigrants et le travail important de notre profession.

À cet égard, un sceptique pourrait faire valoir que le système d’immigration du Canada n’a pas besoin d’un autre groupe d’intérêt qui s’occupe de ses propres intérêts. Que répondriez-vous à cet argument ?

Ravi Jain : C’est une bonne question. Nous sommes conscients de cette caractérisation des avocats spécialisés en droit de l’immigration, mais permettez-moi d’expliquer les limites de ce point de vue.

Commençons par le début. Pourquoi les avocats spécialisés en droit de l’immigration existent-ils ? Nous existons pour protéger l’intérêt public. Le gouvernement canadien gère un système d’immigration vaste et sophistiqué afin d’atteindre les divers objectifs économiques, sociaux et culturels de notre pays. Pour atteindre ces objectifs, les gouvernements fédéral et provinciaux ont mis en place de nombreuses règles. Ils gèrent également des centaines de filières pour les immigrants, les résidents temporaires et les visiteurs. Naviguer dans le système d’immigration le plus complexe au monde est difficile pour toutes les parties prenantes, y compris pour nous, les avocats, et pour les gouvernements eux-mêmes. Imaginez à quel point il est difficile de s’y retrouver pour les candidats à l’immigration, qui connaissent peu le Canada ou qui se heurtent à d’autres obstacles, tels que des handicaps ou une maîtrise insuffisante de l’anglais ou du français. En fait, je n’ai pas besoin d’imaginer les difficultés auxquelles sont confrontés les nouveaux arrivants, puisque je les rencontre quotidiennement.

Les avocats spécialisés dans l’immigration jouent donc un rôle crucial en rendant notre système d’immigration aussi accessible que possible, ce qui permet au Canada d’atteindre ses objectifs en matière de politique d’immigration. Croyez-moi quand je dis que nous, les avocats, préférons un système plus simple. J’affirme depuis longtemps que j’aimerais que le système soit si simple que l’on n’ait même pas besoin d’avocats spécialisés en droit de l’immigration. Et je suis sincère.

C’est pourquoi l’ACAI veut travailler avec les gouvernements du Canada et former des coalitions pour rendre les lois et les programmes d’immigration plus simples et plus équitables. Toute personne qui répond aux critères de la filière souhaitée devrait pouvoir soumettre sa demande aux autorités de l’immigration de la façon la plus transparente possible. Tous les demandeurs doivent être traités avec respect. L’ACAI prévoit de soulever les questions d’équité auprès des responsables gouvernementaux à chaque fois que l’occasion se présentera.

Pourquoi une mère célibataire exerçant un métier essentiel devrait-elle prendre un jour de congé pour déposer une demande, alors qu’un avocat en droit de l’immigration professionnel, digne de confiance et compétent est disposé et apte à le faire en son nom à titre gracieux? Ce sont des questions qui se perdent parfois dans la confusion lorsque les gouvernements du Canada traitent de multiples priorités en matière d’immigration. L’ACAI travaillera d’arrache-pied pour mettre en avant ces questions d’équité.

Pourquoi le moment est-il venu de créer l’ACAI ?

Betsy Kane : Mes collègues ont déjà abordé cette question, mais permettez-moi de la développer.

L’année et demie qui vient de s’écouler a été la plus difficile de mes 30 ans de carrière. La pandémie a obligé les avocats spécialisés dans l’immigration à consacrer une quantité extraordinaire de temps et d’efforts simplement pour rester au fait des changements perpétuels apportés aux lois, aux politiques, à la messagerie ministérielle et aux opérations. Jamais auparavant mes collègues, mes relations et mes amis n’avaient joué un rôle aussi important pour m’aider à comprendre la transformation en cours dans ce domaine. Le partage des connaissances au sein du barreau de l’immigration a été la bouée de sauvetage qui m’a permis de tenir le coup pendant la durée des restrictions de voyage les plus sévères.

A l’ACAI, nous comprenons le besoin de mentorat et de soutien collégial, en particulier lorsque les choses sont en constante évolution. C’est pourquoi l’ACAI proposera un programme de mentorat accessible aux avocats à tous les stades de leur carrière. Nous évaluerons les besoins de nos membres et développerons le programme au fur et à mesure que nous recruterons des mentors. Nous espérons soutenir une nouvelle génération d’avocats spécialisés en droit de l’immigration.

Nous pensons que le moment est venu de prendre un nouveau départ en créant une nouvelle organisation plus réactive qui répondra aux besoins du barreau de l’immigration de différentes manières. Notre domaine juridique est essentiel pour construire le Canada de demain. Nous pensons qu’une présence visible et perceptible est nécessaire pour soulever les préoccupations concernant les politiques et les lois qui régissent la manière dont les programmes de citoyenneté et d’immigration sont mis en œuvre. Alors qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) se mobilise pour attirer plus d’un million de résidents permanents et temporaires chaque année, le moment est venu de faire entendre notre voix.

Pourquoi avez-vous rejoint l’ACAI en tant que membre fondateur ?

Jennifer Nees : J’ai rejoint l’ACAI en tant que membre fondateur après plus de 15 ans en tant qu’avocate canadienne spécialisée dans l’immigration, ayant représenté des personnes du monde entier et de tous horizons, notamment des réfugiés, des étudiants, des travailleurs, des entrepreneurs, des entreprises et des familles. J’ai toujours eu le désir de faire du bénévolat pour améliorer ma communauté, ma profession et les personnes que nous servons.

J’ai fait du bénévolat au niveau local, provincial et national pour défendre l’équité et la prévisibilité du système d’immigration canadien. J’ai eu l’occasion de consulter des représentants du gouvernement canadien, tant sur le plan politique que bureaucratique, ainsi que d’autres parties prenantes.

J’ai été impressionné par l’importance des relations et de la confiance, ainsi que par la gestion et le partage des connaissances institutionnelles. J’ai également collaboré avec des collègues et me suis fait de nombreux amis parmi les avocats spécialisés en droit de l’immigration au Canada. Je suis constamment étonné par la résilience, la générosité et la créativité de cette profession.

J’ai également constaté de première main les défis et les lacunes de la profession telle qu’elle est représentée actuellement. Je suis conscient du bon travail réalisé par d’autres organisations et leurs bénévoles, ainsi que des possibilités de coopération. Je suis impliqué dans l’ACAI en tant que membre fondateur en raison des personnes impliquées, de leur expérience partagée et de leur prévoyance dans la construction d’une association qui servira les générations futures d’immigrants et d’Avocats Canadiens en Immigration.

Enfin, cette question s’adresse à chacun d’entre vous. Comment voyez-vous l’ACAI dans 50 ans ?

Jennifer Nees : Le succès de notre système d’immigration est dû au nombre incalculable de personnes qui se sont engagées à faire du Canada un meilleur pays. J’espère qu’un grand nombre des leaders d’opinion en matière d’immigration qui émergeront au cours des 50 prochaines années sont des membres de l’ACAI, qui ont bénéficié de leur affiliation à notre association.

Ravi Jain : Je ne me préoccupe pas trop de savoir ce que sera l’ACAI dans 50 ans. Il est important de souligner que notre objectif est de soutenir le fonctionnement de notre système d’immigration. J’espère que dans 50 ans, les idées et l’expertise de l’ACAI joueront un rôle modeste pour faire en sorte que le Canada continue de gérer le meilleur système d’immigration au monde.

Betsy Kane : J’espère que l’ACAI continuera à soutenir la croissance de nombreux jeunes avocats en droit de l’immigration engagés pour les générations à venir. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je ne rajeunis pas. Au début de ma carrière, j’ai bénéficié du mentorat et de la camaraderie d’avocats en droit de l’immigration plus âgés et plus expérimentés. J’en suis maintenant au stade de ma carrière où je veux rendre la pareille, et mes collègues membres fondateurs de l’ACAI sont dans le même bateau. Nous voulons encadrer de jeunes avocats afin qu’ils puissent avoir un impact positif durable sur le droit de la citoyenneté et de l’immigration. Espérons qu’ils poursuivront eux aussi le cercle vertueux.

Barbara Jo Caruso : Je veux que l’ACAI soit reconnue comme un centre de leadership et d’excellence. J’espère que dans 50 ans, nous aurons produit beaucoup d’ouvrages de grande qualité et que nous aurons obtenu d’importantes décisions de justice. J’espère que ces réalisations seront reconnues par les nouveaux arrivants, les gouvernements du Canada, les médias, les universitaires et d’autres comme ayant contribué à des améliorations substantielles de notre système d’immigration. J’espère également que l’ACAI sera une organisation qui pourra continuer à croître et à évoluer pour répondre aux besoins constants du barreau de l’immigration et des immigrants.

Vance Langford : L’Association américaine des avocats spécialisés en droit de l’immigration (AILA) célèbre cette année son 75e anniversaire. Elle est passée de 20 avocats basés à New York à un réseau dynamique de 16 000 avocats de tous les États-Unis. J’aimerais que l’ACAI se développe et prospère au cours des 50 prochaines années grâce à un réseau national dynamique d’avocats travaillant main dans la main pour apporter des contributions importantes au droit canadien de la citoyenneté et de l’immigration.

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