Rédigé par la Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI).
Note : Cet article a pour but de stimuler le dialogue sur ce sujet. Il ne représente pas le point de vue de tous les membres de l’ACAI. L’ACAI recommande vivement au gouvernement canadien de procéder à une vaste consultation afin de déterminer la meilleure voie à suivre.
Dans sa lettre de missionle ministre de l’Immigration du Canada, Marc Miller, est invité à « de s’appuyer sur les programmes pilotes pour explorer davantage les moyens de régulariser le statut des travailleurs sans papiers qui contribuent aux communautés canadiennes ».
Dans une interview de décembre 2023 de décembre 2023Le ministre des Affaires étrangères, M. Miller, a déclaré qu’entre 300 000 et 600 000 personnes vivaient au Canada sans papiers valables. Le ministre soutient que la régularisation du statut de certaines de ces personnes est nécessaire car elles et leurs enfants sont au Canada depuis des décennies. En outre, cette régularisation peut contribuer à remédier aux pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs cruciaux, tels que la construction.
Dans le même temps, le ministre Miller admet qu’une telle politique se heurtera probablement à la résistance de ceux qui pensent que le gouvernement fédéral ne devrait pas offrir des possibilités de résidence permanente à ceux qui n’ont pas respecté la législation canadienne en matière d’immigration.
L’ACAI reconnaît également la nature difficile de ce sujet. D’une part, bon nombre de ces travailleurs sans papiers contribuent à l’économie et à la société canadiennes depuis des décennies. Nous devons également reconnaître que l’un des trois piliers du système d’immigration du Canada est de faire preuve d’humanitarisme et de compassion envers les personnes dans le besoin et que, par conséquent, il pourrait être inhumain d’expulser des adultes vers des pays avec lesquels ils n’ont plus de liens solides ou, dans le cas de leurs enfants, avec lesquels ils n’ont aucun lien. En outre, comme le souligne le ministre, ces travailleurs peuvent continuer à soutenir des secteurs vitaux du marché du travail, tels que la construction et les soins de santé.
Inversement, nous devons également reconnaître pourquoi il s’agit d’un sujet délicat. La gestion des frontières est essentielle au bon fonctionnement du système d’immigration. Comme nous l’avons vu ces dernières années chez nous et dans les pays voisins, l’immigration irrégulière sape la confiance du public dans le gouvernement et le système d’immigration. Cette considération est particulièrement importante aujourd’hui, alors que Une étude montre que Le Canada fait face à des niveaux de soutien public à l’immigration plus faibles que ces dernières années, en raison de préoccupations telles que la contribution des nouveaux arrivants à la crise du logement dans le pays.
À ce titre, l’ACAI estime que le gouvernement fédéral aurait intérêt à consulter étroitement des experts de tous les secteurs afin de déterminer des critères d’admissibilité objectifs permettant de répondre à diverses considérations de politique publique telles que la promotion de l’humanitarisme et de l’intérêt supérieur des enfants, la résolution des pénuries de main-d’œuvre et la promotion du développement économique, ainsi que le maintien du soutien public. Les critères d’éligibilité à prendre en considération comprennent des facteurs tels que l’absence de grande criminalité, le temps passé au Canada, la maîtrise de l’anglais ou du français, l’existence ou non d’une offre d’emploi au Canada, entre autres. Il n’est pas facile de définir les critères, mais en consultant un large éventail de parties prenantes, le gouvernement fédéral sera mieux à même de proposer des voies de régularisation qui résisteront à un examen minutieux et atteindront leurs objectifs.
En outre, IRCC devra trouver un équilibre entre le fait de donner aux demandeurs admissibles suffisamment de temps pour préparer leur demande et celui de gérer l’arrivée des demandes de manière à ce qu’IRCC soit en mesure de traiter les demandes dans un délai raisonnable et de décourager ceux qui cherchent à abuser des voies d’accès. Pour lutter contre les abus, IRCC et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) devront mettre en place une stratégie de communication claire indiquant que les voies d’accès ne sont accessibles qu’aux personnes répondant aux critères d’admissibilité et que les résidents temporaires actuels et potentiels ne doivent pas considérer les voies d’accès comme une occasion de prolonger leur séjour au Canada.
IRCC aurait également intérêt à tirer les leçons des autres parcours très attendus qu’il a lancés (par exemple, le programme TR2PR en 2021 et les itérations précédentes du programme pour les parents et grands-parents). En particulier, IRCC devrait s’assurer que :
- Les instructions relatives à l’exécution du programme sont publiées bien avant l’ouverture de la fenêtre d’admission (par exemple, au moins deux semaines à l’avance) afin que les candidats admissibles, ainsi que les membres de leur famille et leur conseil, puissent se préparer de manière adéquate. Il serait injuste d’ouvrir la fenêtre d’admission avec peu de préavis alors que les candidats éligibles ont attendu cette opportunité pendant des années. IRCC doit également tenir compte du fait que les candidats éligibles ont des responsabilités professionnelles et autres, et qu’ils doivent donc disposer de suffisamment de temps avant et après l’ouverture de la fenêtre pour préparer et soumettre leur demande. L’un des problèmes posés par les exemples de programmes susmentionnés est que les candidats ont dû s’absenter de leur travail pour avoir une chance de dépasser les plafonds de candidatures, ce qui a entraîné une perte de revenus.
- Les candidats éligibles ont accès à un avocat qui peut les conseiller et soumettre des demandes en leur nom. La fenêtre de dépôt des demandes sera un moment décisif de la vie de ces candidats et IRCC devrait leur offrir la courtoisie d’avoir accès à des représentants juridiques expérimentés et compétents qui peuvent préparer des demandes complètes et véridiques. Cette considération s’inscrit également dans l’objectif d’IRCC d’améliorer l’expérience des clients, car les avocats peuvent aider les clients et IRCC à éviter les retards inutiles dans le traitement des demandes.
- Le portail de candidature en ligne est convivial et équipé pour gérer un volume élevé de trafic lorsque la fenêtre d’admission s’ouvre et ne se bloque pas.
L’ACAI se réjouit à l’idée de poursuivre son engagement avec IRCC et d’autres ministères et organismes fédéraux sur la façon dont le Canada peut le mieux respecter cet important engagement de la lettre de mandat. La création de voies de régularisation bien conçues peut aider à atteindre les objectifs politiques énumérés par le ministre Miller, y compris l’atténuation des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clés et la mise en évidence de l’humanitarisme pour lequel le système d’immigration du Canada est réputé dans le monde entier.


