Rédigé par Michael Hughes, avocat associé au sein du cabinet Green and Spiegel LLP, et initialement publié sur leur site web.
Le recrutement de travailleurs étrangers temporaires peut contribuer à pallier les pénuries de main-d’œuvre et à soutenir la croissance des entreprises, mais il s’accompagne également d’obligations importantes et permanentes en matière de conformité pour les employeurs. Le régime de conformité des employeurs est conçu pour garantir que les conditions d’emploi promises aux travailleurs étrangers leur soient effectivement offertes, dans le but de prévenir les mauvais traitements infligés aux travailleurs étrangers au Canada. Que l’employeur recrute dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) ou du Programme de mobilité internationale (PMI), les obligations de conformité vont au-delà du processus d’embauche initial et s’étendent sur toute la durée de l’emploi du travailleur au Canada.
Compte tenu du renforcement de la surveillance exercée par les pouvoirs publics ces dernières années et de l’alourdissement des sanctions, il est essentiel que les employeurs comprennent leurs obligations en matière de protection de leur entreprise, de soutien à leurs salariés et de maintien de l’accès aux programmes canadiens destinés aux travailleurs étrangers.
Qu’est-ce que la conformité de l’employeur ?
En vertu de la législation canadienne en matière d’immigration, les employeurs sont tenus de respecter un certain nombre de conditions et d’obligations liées à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires.
Le contrôle du respect de la réglementation est actuellement assuré par différents services administratifs, en fonction du programme dans le cadre duquel le travailleur étranger a obtenu son permis de travail :
- Emploi et Développement social Canada (EDSC) est chargé de veiller au respect des dispositions du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et peut procéder à des contrôles des conditions des permis de travail délivrés à la suite d’une évaluation d’impact sur le marché du travail favorable.
- Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) veille au respect des dispositions du Programme de mobilité internationale (PMI) et peut vérifier les conditions des permis de travail délivrés qui sont exemptés de l’évaluation d’impact sur le marché du travail.
Bien que les exigences spécifiques varient selon les programmes, les employeurs sont généralement tenus de :
- Veuillez verser le salaire promis au salarié et lui garantir les conditions de travail convenues,
- Veillez à ce que le salarié exerce les fonctions décrites dans l’offre d’emploi approuvée,
- Respecter la législation applicable en matière d’emploi au niveau fédéral, provincial et territorial,
- Prendre des mesures raisonnables pour garantir un environnement de travail exempt de tout abus,
- Conservez les documents attestant de votre conformité, et
- Coopérez pleinement lors des contrôles et fournissez les documents demandés.
Ces obligations restent en vigueur pendant toute la durée de l’emploi du salarié et peuvent faire l’objet d’un réexamen pendant une période pouvant aller jusqu’à six (6) ans à compter du premier jour d’emploi pour lequel le permis de travail a été délivré.
Quand une inspection peut-elle avoir lieu ?
Le fait de recevoir un avis d’inspection n’implique pas automatiquement qu’il y ait eu manquement.
Les employeurs peuvent être sélectionnés pour faire l’objet d’une inspection pour plusieurs raisons, notamment :
- Sélection aléatoire,
- Soupçon de non-conformité,
- Des antécédents de non-respect des obligations, ou.
- Autres circonstances prévues par la législation canadienne en matière d’immigration
Les inspections peuvent être menées à distance ou sur place, et les agents sont habilités à demander des documents et à interroger les employeurs et les salariés de l’entreprise afin d’évaluer et de vérifier le respect de la réglementation. La plupart des inspections sont menées par sélection aléatoire.
Quels documents les employeurs doivent-ils conserver ?
La mise en place de pratiques rigoureuses en matière de tenue des registres est essentielle pour se préparer à un contrôle de conformité.
Les employeurs doivent conserver tout document permettant de démontrer que les conditions d’emploi décrites dans l’avis d’acceptation de l’offre d’emploi (LMIA) ou dans la demande de permis de travail étaient exactes et ont bien été proposées au travailleur étranger dans la pratique, notamment :
- Les registres de paie,
- Contrats et accords de travail,
- Justificatifs des salaires versés et des avantages sociaux accordés,
- Les plannings et les relevés de temps des salariés,
- Les documents relatifs au recrutement, le cas échéant,
- les politiques de l’entreprise en matière de santé et de sécurité ainsi que de prévention des abus sur le lieu de travail, et
- Tout autre document attestant du respect des exigences du programme.
Le fait de conserver des dossiers bien classés et facilement accessibles peut considérablement simplifier le processus d’inspection.
Quelles sont les conséquences d’un manquement à ces obligations ?
Les sanctions en cas de non-respect peuvent être sévères.
En fonction de la nature et de la gravité de l’infraction, les employeurs s’exposent à :
- Avertissements
- Des sanctions pécuniaires administratives allant de 500 à 100 000 dollars par infraction, avec un plafond cumulé de 1 million de dollars sur une période d’un an
- Interdictions temporaires ou permanentes concernant le recrutement de travailleurs étrangers temporaires dans le cadre du PFTE ou du PIM
Au-delà des sanctions pécuniaires administratives et des interdictions d’embauche de travailleurs étrangers temporaires, un constat de non-conformité comporte un risque pour la réputation des employeurs, car ceux-ci peuvent être identifiés publiquement sur Internet, avec la mention des motifs de leur non-conformité.
Résultats récents en matière de conformité des employeurs
Le gouvernement fédéral continue d’intensifier ses mesures de contrôle.
Entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, l’ESDC a mené 1 488 contrôles de conformité auprès des employeurs, dont 12 % ont donné lieu à un constat de non-conformité. Des sanctions pécuniaires administratives d’un montant total de plus de 10,2 millions de dollars ont été infligées, et 30 employeurs se sont vu interdire d’embaucher des travailleurs étrangers dans le cadre du PFET.
Les dernières statistiques rendues publiques par l’IRCC portent sur la période 2024-2025, au cours de laquelle 4 328 contrôles de conformité des employeurs ont été menés dans le cadre du Programme de conformité des employeurs (IMP), ce qui a donné lieu à 55 sanctions et à l’imposition de pénalités administratives d’un montant total de 534 000 dollars.
Ces résultats traduisent une augmentation notable des sanctions financières par rapport aux périodes précédentes et témoignent de l’engagement constant du gouvernement en faveur de la protection des travailleurs et de l’intégrité des programmes.
Conseils pratiques en matière de conformité à l’intention des employeurs
Le respect des obligations par les employeurs doit être considéré comme une priorité opérationnelle permanente, et non comme une question à laquelle on ne s’intéresse qu’en cas d’inspection.
Parmi les bonnes pratiques, on peut citer :
- Réexaminer régulièrement les conditions d’emploi,
- En vérifiant que les salaires, les fonctions et les conditions de travail restent conformes aux EIM approuvées et aux permis de travail,
- Tenir à jour des dossiers complets et exacts tout au long de la période d’emploi,
- Sensibiliser les cadres et les responsables aux obligations de conformité qui incombent à l’employeur,
- Répondre rapidement aux demandes d’informations émanant des pouvoirs publics, et
- Réaliser des audits internes ou des contrôles de conformité périodiques.
Il est important de noter que le non-respect des obligations ne peut être justifié que dans des circonstances très limitées. Le roulement du personnel des ressources humaines et/ou une mauvaise compréhension des obligations de conformité ne constitueront pas une justification en cas d’allégations de non-respect.
Réflexions finales
Le dispositif canadien de contrôle du respect des obligations des employeurs vise à protéger les travailleurs étrangers temporaires tout en garantissant que les employeurs respectent les engagements pris lorsqu’ils font appel à des talents internationaux.
Les inspections font désormais partie intégrante du suivi des programmes, et les mesures de contrôle ne cessent de se multiplier. Les employeurs qui se tiennent informés, tiennent des registres complets et évaluent régulièrement leurs pratiques en matière de conformité sont mieux à même de faire face avec succès aux inspections.
Le respect de la réglementation permet non seulement de réduire les risques juridiques et financiers, mais contribue également à garantir un accès continu aux programmes canadiens de travailleurs étrangers temporaires afin de répondre aux futurs besoins en main-d’œuvre.


