Rédigé par Lisa Middlemiss et Benjamin Merrill, avocats spécialisés en droit de l’immigration canadienne, au cabinet Middlemiss Immigration Law.
Le 25 août 2026, l’IRCC a publié, sans préavis, de nouvelles versions de ses formulaires de demande de preuve de citoyenneté.
Pour les demandeurs et leurs avocats, une mise à jour apparemment anodine d’un formulaire peut avoir des conséquences pratiques importantes. Compte tenu des longs délais nécessaires pour obtenir des actes de naissance et d’autres documents d’état civil auprès des archives, de nombreux demandeurs préparent et signent leurs formulaires de demande plusieurs semaines avant leur dépôt. Lors de congrès professionnels réunissant les avocats spécialisés en droit de l’immigration, l’IRCC a également souvent rappelé que les membres d’une même famille sont encouragés à déposer leur demande ensemble.
Quiconque a déjà coordonné une demande familiale multigénérationnelle connaît les difficultés logistiques que cela implique. Les clients eux-mêmes ont comparé cette tâche à « garder un troupeau de chats » au sein de leur propre famille. La coordination des documents, des formulaires originaux, des signatures et des photographies originales entre plusieurs membres de la famille nécessite une planification minutieuse, en particulier lorsque l’IRCC peut renvoyer les demandes pour cause d’inexhaustivité, notamment si les photographies ne répondent pas exactement à ses spécifications ou si d’autres exigences procédurales ne sont pas respectées.
Ce n’est pas la première surprise pour les demandeurs de citoyenneté par filiation et leurs conseillers juridiques. Ces dernières modifications apportées aux formulaires interviennent à peine quelques mois après la vague de lettres de renonciation émises en juin 2026. Ces lettres ont suscité une grande incertitude quant à la charge de la preuve dans les demandes de citoyenneté et, en particulier, quant aux éléments de preuve que l’IRCC considère comme acceptables pour établir une lignée ininterrompue depuis l’ancêtre canadien.
De nouveaux formulaires : mais qu’en est-il des demandes déjà remplies ?
Le moment choisi par l’IRCC pour publier les nouvelles versions 2026-08 du formulaire « Demande de certificat de citoyenneté » (CIT 0001) et de la « Liste des pièces justificatives – Demande de certificat de citoyenneté (preuve de citoyenneté) » (CIT 0014) soulève une question pratique immédiate : L’IRCC acceptera-t-il les demandes soumises à l’aide des versions antérieures lorsque les formulaires ont été remplis et signés avant le 25 août» Nouvelle mesure ? Quelles garanties l’IRCC fournira-t-il concernant un éventuel délai de grâce ?
IRCC Guide relatif aux demandes de certificat de citoyenneté sur support papier précise qu’une demande ne peut pas être considérée comme périmée, c’est-à-dire signée plus de 90 jours avant sa réception par IRCC. Toutefois, le Guide ne fournit actuellement aucune indication concernant un délai de grâce suivant la publication d’une nouvelle version des formulaires.
Cette situation plonge les demandeurs et les avocats spécialisés en droit de l’immigration dans une incertitude qui aurait pu être évitée : les formulaires qui ont été dûment remplis et signés avant le 25 août 2026 doivent-ils être à nouveau remplis et signés ?
Une comparaison côte à côte de la nouvelle version 2026-08 avec la version précédente 2026-01 révèle des modifications relativement limitées. Sur le formulaire CIT 0001, la principale modification réside dans l’ajout de champs demandant la date et le lieu de mariage des grands-parents du demandeur. Sur le formulaire CIT 0014, mis à jour de la version 2026-06 à la version 2026-08, IRCC a élargi la liste des documents pouvant être fournis pour établir le lien substantiel d’un parent avec le Canada pour les enfants nés à compter du 15 décembre 2025.
Bien que les modifications apportées aux formulaires soient limitées, leur mise en place sans préavis pose un problème pratique bien plus important pour les demandes qui ont déjà été préparées et signées.
Cette préoccupation n’est pas nouvelle pour les avocats spécialisés en droit de l’immigration. Les praticiens ont déjà demandé à l’IRCC de mettre en place des délais de grâce clairs et cohérents à la suite des modifications apportées aux formulaires. Bien que l’IRCC ait prévu des périodes de transition dans certaines circonstances, notamment pour certaines versions du formulaire « Recours à un représentant » (IMM 5476), cette pratique n’a pas été appliquée de manière uniforme dans tous les domaines d’activité.
Un problème de modernisation plus vaste concernant la citoyenneté canadienne
Cette dernière modification du formulaire soulève également une question plus générale : pourquoi les demandes de preuve de nationalité concernant plusieurs générations doivent-elles encore être déposées sur support papier ?
L’absence d’un portail dédié aux représentants en matière de citoyenneté engendre des charges administratives inutiles pour les demandeurs et leurs avocats. Elle contraste également avec les efforts plus généraux déployés par l’IRCC pour numériser ses activités. Elle va à l’encontre du droit à une représentation juridique dans les affaires de citoyenneté. L’IRCC a précédemment encouragé les demandeurs de naturalisation à déposer leur demande en ligne pour « un traitement plus rapide », laissant entendre que si un demandeur choisissait de déposer une demande sur papier, le traitement de celle-ci prendrait plus de temps. Cela place les demandeurs dans une situation injuste, les obligeant à se demander si le fait de faire appel à un avocat pour les assister aura un impact négatif sur le traitement de leur demande. L’IRCC est resté silencieux face aux appels lancés par les avocats spécialisés en droit de l’immigration à travers le Canada en faveur de la création d’un portail dédié aux représentants en matière de citoyenneté. Bien que l’IRCC ait modifié ses directives. La citoyenneté canadienne pour les adultes et les enfants mineurs : comment faire une demande – Canada.ca
Les conséquences sont particulièrement importantes pour les demandeurs de naturalisation par filiation, dont les dossiers peuvent concerner de nombreux membres de la famille et comporter des actes d’état civil historiques, des documents d’archives et de nombreuses pièces justificatives. Les demandes doivent toujours être constituées et déposées sur support papier, pour finalement être traitées dans un environnement de plus en plus numérisé une fois numérisées par l’IRCC de New Waterford.
La nécessité d’une modernisation est particulièrement pressante alors que le délai de traitement d’un certificat de citoyenneté s’élevait à 25 mois (selon les chiffres communiqués par l’IRCC au 10 août 2026), avec environ 121 800 personnes en attente. Chaque mois, le nombre de demandes augmente de plusieurs milliers. L’obligation de déposer les demandes sur support papier et la nécessité éventuelle pour les demandeurs de signer à nouveau les formulaires en raison d’une révision inopinée de ceux-ci alourdissent la charge administrative d’un système déjà confronté à d’importants retards.
L’IRCC pourrait commencer par apporter des changements relativement modestes : faciliter l’utilisation des signatures électroniques, prévoir des délais de grâce prévisibles chaque fois que les formulaires de demande sont mis à jour et informer les professionnels à l’avance des modifications importantes apportées aux formulaires.
En définitive, les demandes de preuve de citoyenneté, en particulier celles déposées par des représentants habilités, devraient disposer d’un système de dépôt en ligne opérationnel. La modernisation de ce processus serait bénéfique tant pour les demandeurs que pour leurs avocats, tout en réduisant les démarches administratives superflues pour l’IRCC.
Le droit de la nationalité est déjà suffisamment complexe à appréhender. Les règles administratives ne devraient pas être sujettes à des changements constants.


