Rédigé par Michael O’Rourke, avocat principal en immigration, États-Unis et Canada, Pace Law Firm.
Le Canada est depuis longtemps reconnu comme un pays qui valorise la diversité et tend une main accueillante aux réfugiés. C’est un pays qui est fier de sa compassion et de ses principes humanitaires.
Toutefois, les récents défis auxquels la société canadienne a été confrontée ont suscité des questions et des inquiétudes au sein de l’opinion publique quant à la capacité du pays à accueillir les nouveaux arrivants, y compris ceux qui fuient les persécutions. Cette préoccupation a inversé le scénario de l’identité du Canada en tant que pays qui non seulement accueille les immigrants et les réfugiés, mais qui a besoin d’eux pour prospérer et réussir.
Le boom et la récession de l’immigration
Au cours des deux dernières années, la délivrance de permis de travail ouverts aux visiteurs et autres détenteurs de visas temporaires a contribué de manière significative à la pression exercée sur le logement, les soins de santé et les services sociaux. Cela ne devrait pas être une surprise : si vous avez plus de monde, vous avez besoin de plus de choses. Et, jusqu’à très récemment, le Canada disait au monde entier qu’il voulait absolument beaucoup plus de monde.
En 2014, le Canada a accueilli 260 000 immigrants. En 2021, ce nombre était de 401 000. En 2024, le gouvernement Trudeau a déclaré que le Canada accueillerait 500 000 résidents permanents chaque année jusqu’en 2026. Le gouvernement a également déclaré qu’il puiserait une grande partie de ces personnes dans les rangs des résidents temporaires déjà présents dans le pays. Il semble que l’immigration continuera d’être le moteur de la croissance canadienne pour les années à venir.
Le plan a duré 12 mois.
Coup du lapin
La crise du logement, l’augmentation du coût de la vie et les retards du système de santé sont devenus des problèmes politiques en 2024 et l’immigration en a été la principale responsable. Du jour au lendemain, l’impression s’est répandue que l’immigration n’était pas un élément essentiel de la croissance du pays. Au contraire, l’immigration était devenue un problème pour le Canada, qu’il fallait résoudre.
Ce changement de cap pourrait vous donner des coups de fouet. À peine un an après avoir déclaré que le Canada aurait besoin de 500 000 nouveaux résidents permanents pour chacune des deux prochaines années, le Premier ministre Trudeau a annoncé que le Canada réduirait ce nombre à 395 000 en 2025, à 380 000 en 2026 et à 365 000 en 2027.
Le jeu des reproches
La réaction de l’opinion publique à l’égard des immigrés en général et des réfugiés en particulier est montée en flèche. Un sondage réalisé à la fin de l’année 2024 montre que, pour la première fois en 25 ans, une majorité de Canadiens estime que le pays accepte trop d’immigrants. Les titres des journaux de l’ époque déclarent que le Canada s’est « aigri » à l’égard de l’immigration.
Les étudiants internationaux sont rapidement devenus la principale cible du Canada pour la réduction du nombre d’immigrants, mais ils n’étaient pas les seuls. Les demandeurs d’asile et les réfugiés ont été les suivants sur la liste, le gouvernement ayant mis fin au parrainage de réfugiés par des groupes privés pour au moins l’année suivante. Un sondage réalisé en octobre 2024 montre qu’un peu plus de la moitié des Canadiens estiment que les réfugiés reçoivent « trop » de prestations et que moins de 50 % d’entre eux pensent que les réfugiés devraient être une priorité en matière d’immigration.
Mais certains réfugiés sont plus importants que d’autres. C’est du moins ce que révèle une récente enquête de la CBC. Elle met en évidence des disparités dans le traitement des demandeurs d’asile par le Canada, certains groupes étant confrontés à des taux de rejet disproportionnés, tandis que d’autres sont acceptés dans 95 % des cas. Cela souligne la nécessité pour le Canada de s’attaquer aux préjugés au sein de son système d’immigration et de maintenir sa réputation de nation juste et équitable pour tous ceux qui recherchent la sécurité.
L’héritage
Le Canada doit se souvenir de son héritage en tant que phare pour les immigrants qui contribuent à la réussite du pays et en tant que havre de paix pour ceux qui fuient la persécution et la violence. La solution au débat actuel sur l’immigration ne consiste pas à se détourner des étrangers, mais à adopter des politiques globales qui concilient les engagements humanitaires et les réalités économiques et sociales. Un gouvernement responsable doit présenter un message cohérent avec des résultats prévisibles et équitables, et tenir ses promesses.
Le Canada peut réaffirmer son rôle de leader mondial en matière d’acceptation de l’immigration et de protection des réfugiés, tout en favorisant une société inclusive. Il doit simplement décider s’il veut toujours être un leader.


