Cet article a été rédigé par Laura Schemitsch, avocate spécialisée dans l’immigration et les réfugiés, Race and Company LLP.
Pour de nombreux immigrants au Canada, la perspective d’être séparés indéfiniment de leurs parents et grands-parents est un défi malvenu. Heureusement, le programme Parents et grands-parents(PGP) permet aux citoyens canadiens et aux résidents permanents éligibles de parrainer leurs parents et grands-parents pour qu’ils viennent au Canada. Dans le cadre de ce programme, les candidats retenus deviennent des résidents permanents et peuvent rejoindre les membres de leur famille au Canada. Ce programme facilite la réalisation d’un objectif important des lois canadiennes sur l’immigration, à savoir le regroupement familial. Malheureusement, le PGP a été entaché d’incertitudes et, en raison de ses avantages économiques perçus comme limités, le nombre d’admissions a tendance à être faible, ce qui entraîne une déception constante pour de nombreuses personnes qui cherchent à faire venir les membres de leur famille immédiate au Canada.
Le PGP fonctionnait auparavant selon le principe du premier arrivé, premier servi, ce qui entraînait un retard important et prolongé en raison de l’intérêt élevé et des faibles quotas d’admission. Pour tenter de résoudre ces problèmes, le gouvernement fédéral est passé à un système de loterie en 2017.
En 2019, le gouvernement fédéral est revenu à un modèle de premier arrivé, premier servi. Les sponsors potentiels ont été invités à soumettre un formulaire d’intérêt à parrainer en ligne à une date et une heure précises. Environ 100 000 personnes ont soumis une manifestation d’intérêt. Malheureusement, seuls les 27 000 premiers formulaires ont été acceptés et le quota a été atteint en moins de 10 minutes, ce qui a suscité la déception de nombreuses personnes.
La pandémie de COVID-19 a entraîné de nouveaux défis et de nouvelles incertitudes concernant le programme. Alors que le PGP a débuté en janvier 2019, le gouvernement est revenu à un système de loterie en octobre 2020. En raison de la pandémie, le nombre de candidats admis au PGP en 2020 a été limité à un maximum de 10 000.
En 2021, la loterie du PGP s’est déroulée du 23 septembre au 4 octobre, et 30 000 invitations à présenter une demande ont été émises. Toutefois, seules les personnes ayant soumis une manifestation d’intérêt en 2020 ont été sélectionnées au hasard et invitées à présenter une demande l’année dernière, ce qui a aggravé la frustration suscitée par le programme.
Pour ajouter à l’incertitude, IRCC n’a pas encore publié les détails du PGP 2022. Tout ce que nous savons, c’est que le Canada envisage d’accueillir environ 23 500 immigrants dans le cadre du PGP 2022.
Le PGP est un programme important et, alors que le gouvernement fédéral cherche à moderniser le système d’immigration du Canada, la période actuelle est une excellente occasion de l’améliorer. Bien que le système de loterie soit censé être « équitable », il semble engendrer davantage de frustration et d’incertitude. Pour améliorer la confiance dans le programme, le PGP pourrait revenir à un modèle de demande en ligne basé sur le principe du premier arrivé, premier servi, ce qui permettrait d’attirer les candidats authentiques en fonction de la nécessité de soumettre une demande complète accompagnée des frais appropriés au cours d’une période fixe et cohérente chaque année.
Compte tenu du vif intérêt suscité par ce programme, le gouvernement fédéral devrait réévaluer le nombre de demandes d’admission afin de faciliter le regroupement familial. Le PGP offre des avantages sociaux considérables à de nombreux Canadiens. Il offre également des avantages économiques importants, tels que la gratuité des services de garde d’enfants, ce qui est particulièrement important pour les familles canadiennes qui travaillent dur, alors que le coût de la vie continue d’augmenter dans l’ensemble du pays.
En 2019, CIC News a suggéré que le gouvernement fédéral mette en place un projet pilote de capital humain pour les parents et les grands-parents. Ce projet pilote permettrait aux parents (et éventuellement aux grands-parents) qui sont plus jeunes et instruits, qui ont une expérience professionnelle et qui maîtrisent une langue officielle, d’être pris en considération pour l’immigration économique. Compte tenu de l’augmentation du nombre d ’emplois vacants au Canada, le PGP pourrait évoluer pour inclure ce volet économique tout en maintenant le volet de la catégorie familiale. Étant donné que les candidats à l’entrée express ne peuvent plus obtenir de points pour leur âge à partir de 45 ans, ce projet pilote reconnaîtrait que les personnes ayant de l’expérience et des compétences ne devraient pas être dissuadées de demander à venir au Canada pour continuer à utiliser leurs compétences tout en apportant d’immenses avantages sociaux par le biais de la réunification familiale. Ce type de flux pourrait contribuer à pourvoir des postes vacants et à apporter des avantages économiques au Canada grâce à des personnes qui ont déjà des liens étroits avec le pays.
À la lumière des défis actuels concernant l’accessibilité du PGP, le Super Visa reste une option attrayante pour réunir les parents et les grands-parents avec les citoyens canadiens et les résidents permanents, même si elle est temporaire. Heureusement, les récents changements apportés au Super Visa ont permis d’atténuer les difficultés causées par la séparation de la famille. Le 4 juillet 2022, le gouvernement fédéral a modifié le super visa pour permettre à son titulaire de rester au Canada jusqu’à cinq ans à la fois. Cette annonce a été bien accueillie, car auparavant, les détenteurs de super visa ne pouvaient rester au Canada que deux ans par entrée.
Malgré ses difficultés, le PGP reste un programme important et il faudra du temps et des efforts pour l’améliorer.


