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Lettre conjointe de l’ACAI, de l’ABRC, de l’ADFR et de l’AQAADI demandant à l’IRCC d’accélérer la programmation des entretiens de recevabilité et le traitement urgent et rapide des permis de travail pour les demandeurs d’asile.

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29 août 2022

 

Monsieur le Ministre Fraser,

L’Association Canadienne des Avocats en Immigration (ACAI), l’Association Canadienne des Avocats en Réfugiés (ACAR), l’Association des Avocats en Réfugiés de l’Ontario (AARO) et l’Association Québécoise des Avocats en Immigration (AQAADI) vous écrivent pour vous faire part de leur profonde inquiétude quant aux retards importants dans la planification des entrevues de recevabilité et dans la délivrance des documents et des permis de travail aux demandeurs d’asile.

Nous demandons instamment au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (i) d’accélérer la programmation des entrevues de recevabilité et (ii) de faciliter le traitement en temps opportun des documents de demandeur d’asile et des permis de travail pour les demandeurs d’asile. Les retards administratifs dans la délivrance des documents d’identité et des permis de travail aux demandeurs d’asile ne sont pas conformes à leur droit statutaire à de tels documents en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés et aux obligations du Canada en vertu de la Convention relative au statut des réfugiés [1]. L’absence de DPR peut empêcher un demandeur d’asile d’accomplir des tâches aussi élémentaires que l’ouverture d’un compte bancaire ou la location d’un appartement. De même, les retards excessifs dans la délivrance de permis de travail aux demandeurs d’asile entraînent une dépendance à l’égard de l’aide sociale, un retard dans l’intégration, un préjudice dans le développement professionnel et éducatif, un retard dans la réunification familiale avec les membres de leur famille à l’étranger, et un préjudice psychologique. Le ministre doit donner la priorité à cette situation et y remédier de toute urgence afin que les droits bien reconnus des demandeurs d’asile à des documents d’identité et à la capacité de travailler soient respectés et maintenus.

Il existe plusieurs solutions pour remédier aux retards dans la délivrance des documents d’identité et des permis de travail aux demandeurs d’asile :

  • Embaucher du personnel et assurer une formation efficace pour atteindre les objectifs fixés en matière d’entretiens d’éligibilité ;
  • Proposer des entretiens d’éligibilité virtuels et combiner les étapes d’un entretien d’éligibilité ;
  • Faciliter une communication efficace entre le demandeur et le conseil, d’une part, et IRCC et l’ASFC, d’autre part ;
  • Fournir des temps d’attente standard pour les entretiens d’éligibilité dans tout le pays ;
  • Délivrer des DCR et des permis de travail directement aux demandeurs d’asile lors des entretiens de recevabilité, lorsque cela est possible ;
  • Délivrer les DACR et les permis de travail par voie électronique, plutôt que d’envoyer des permis de travail imprimés aux demandeurs d’asile ou à leurs avocats, afin d’éviter les retards et la perte de permis de travail,
  • Délivrer un permis de travail ou une autorisation provisoire de travailler automatiquement avec la reconnaissance de la créance.

Dans l’ensemble, l’apparition du COVID-19 au Canada en mars 2020 et la mise en œuvre du portail canadien de protection des réfugiés (« portail ») ont eu un impact négatif sur le bon déroulement de la transition entre le dépôt d’une demande d’asile et la planification de l’entrevue de recevabilité et des étapes subséquentes. Avant la pandémie et la mise en œuvre du portail, les entrevues de recevabilité étaient couramment programmées deux à trois semaines après le dépôt d’une demande de statut de réfugié au Canada, toutes les étapes étant alors franchies en une seule rencontre, y compris la délivrance d’une DCR. Par la suite, les permis de travail ou d’études des demandeurs d’asile admissibles ont également été traités dans un délai raisonnable.

Actuellement, après avoir soumis leur demande de statut de réfugié via le portail, les demandeurs d’asile au pays sont laissés dans un état d’incertitude alors qu’ils attendent leur entretien de recevabilité. Ils sont d’abord convoqués pour leur rendez-vous biométrique, après quoi ils doivent revenir, généralement des mois plus tard, pour leur entretien de recevabilité. Dans certains cas, les demandeurs ont attendu plus d’un an, sans aucun mécanisme viable pour communiquer avec IRCC afin de résoudre les retards excessifs[2]. [Selon un porte-parole d’IRCC, le ralentissement du traitement des demandes de permis de travail pour les demandeurs d’asile est dû au fait que la plupart des services ont été transférés en ligne.

Les demandeurs sont tenus de remettre leur passeport et autres documents d’identité lorsqu’ils déposent une demande (en recevant des copies certifiées conformes). Cependant, ils n’auront pas de document d’identité délivré par le gouvernement canadien pendant qu’ils attendent leur entretien d’éligibilité. Pendant cette période intermédiaire, qui peut durer plus d’un an, les demandeurs d’asile ont du mal à ouvrir un compte bancaire, à louer un appartement ou même à demander un permis de conduire. Ces obstacles empêchent les demandeurs d’asile d’avancer dans leur vie et de contribuer à la société canadienne.

De même, tant qu’un permis de travail n’est pas délivré, les demandeurs sont obligés de dépendre de l’aide sociale et ne peuvent pas exercer leur profession. Cette situation a un impact psychologique négatif sur les demandeurs d’asile et leurs familles et alimente les stéréotypes négatifs sur les demandeurs d’asile, sapant ainsi les efforts du Canada en matière de lutte contre le racisme. Les longs délais de délivrance des permis de travail peuvent également conduire certains demandeurs à travailler sans autorisation, éventuellement pour des employeurs peu scrupuleux et/ou dans des conditions de travail abusives.

IRCC a également invoqué la pandémie de COVID-19 pour expliquer les retards de traitement. La pandémie de COVID-19 ne peut cependant pas servir indéfiniment d’excuse pour des délais de traitement plus longs. Les décisions de la Cour fédérale telles que Bidgoly c. Canada (Citoyenneté et Immigration) [3] ont commencé à exiger davantage des représentants du gouvernement que des déclarations générales selon lesquelles la pandémie a causé des retards et des arriérés. Le système d’immigration canadien souffrait d’un manque chronique de personnel bien avant le début de la pandémie. Il ne s’agit donc pas d’un problème nouveau.
Il convient de noter que les demandeurs d’asile ont joué un rôle de premier plan dans la fourniture de services essentiels pendant la pandémie. Leur travail et leurs compétences sont extrêmement nécessaires dans tout le Canada en raison des graves pénuries de main-d’œuvre qui poussent le Canada à assouplir certaines mesures dans le cadre du programme des travailleurs étrangers temporaires (par exemple, l’Alberta a levé le refus de traiter les EIMT pour certaines professions le 1er mai 2022) et à élargir les professions en demande au Québec. La grave pénurie de main-d’œuvre a également conduit IRCC à ouvrir de nouvelles voies d’accès à la résidence permanente pour les personnes qui se trouvent actuellement au Canada et qui possèdent les compétences requises pour répondre aux besoins du marché du travail canadien.

Compte tenu de ce qui précède, nous demandons au ministre de remédier d’urgence aux retards excessifs dans la planification des entrevues d’admissibilité et dans le traitement des DCRP et des permis de travail. En donnant la priorité à ces documents et en les facilitant, IRCC ferait progresser les droits des demandeurs d’asile et des personnes à leur charge à s’intégrer et à s’adapter à la vie au Canada en temps opportun, ce qui, à son tour, favoriserait leur bien-être général.

Nous vous remercions de l’attention que vous portez à cette question importante et serions heureux de rencontrer le ministre et ses collaborateurs afin de discuter d’autres options pour y remédier.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués,

Betsy Kane, ACAI

Arghavan Gerami, L’ACAI

Aviva Basman, ABRC

Cheryl Robinson, RLA

Stéphanie Valois, AQAADI

 

Notes de bas de page :

[1] Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés, DORS/2002-227, § 206(a) ; Convention relative au statut des réfugiés, 189 U.N.T.S. 150, C.T.S. 1969/6 § Article 17 [« Les États contractants accorderont aux réfugiés résidant régulièrement sur leur territoire le traitement le plus favorable aux ressortissants d’un pays étranger se trouvant dans les mêmes circonstances, en ce qui concerne le droit d’exercer une activité salariée »]. Article 27 [« Les États contractants délivreront des pièces d’identité à tout réfugié qui se trouve sur leur territoire et qui n’est pas muni d’un titre de voyage valable »].

[Bien qu’IRCC ait fourni une adresse électronique, les réponses sont rarement reçues.

[3] Bidgoly c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2022 FC 283

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